‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 587 sur 724 · SAINTE ODILE (OTHILIA), VIERGE, PATRONNE DE L’ALSACE · texte numérisé non relu

SAINTE ODILE (OTHILIA), VIERGE, PATRONNE DE L’ALSACE

Invoquée pour la Protection de la tête, contre les Maux de tête

et les Maux d’yeux.

Odile, fille d’Adalvie, duc d’Alsace et de Bereswinde, était née aveugle. Son père, qui avait conçu l’espoir de voir naître un fils auquel il aurait pu transmettre son nom, entra dans une étrange colère et, dans sa première fureur, ordonna qu on mit à mort cette pauvie enfant , mais sa mère la confia aux soins d’une nourrice qui lui était très attachée. Plus tard, pour la dérober entièrement aux regards de son père, elle l’envoya au monastère de Baume-les-Dames, dont 1 abbesse était sa

Quand Odile eut atteint l’âge de douze ans, Erhard, évêque de Ratisbonne en Bavière, eut une vision dans laquelle Dieu lui disait de se rendre aussitôt au monastère de Baume, pour y baptiser une aveugle de naissance à laquelle il donnerait le nom d 'Odile, c’est-à-dire Fille de lumière Erhard passa par les Vosges et emmena avec lui son fière Hidulohe ancien évêque de Trêves, qui s’était retiré à l’abbaye de Moyen- Moutier. Il baptisa la fille d’Adalric, ce fut Hidulphe qui la tint sur les T?«r,to pi lni servit de parrain. Avec la grâce du baptême, l’enfant reçut

passées et céda à sa fille son

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du soir et parcourent les rues du village, avec une clochette, en criant :

« Les petits enfants sont-ils couchés? saint Nicolas va passer! »

Avant de se coucher, les enfants ne manquent pas de placer, dans la cheminée, un sabot qu’ils retrouvent le lendemain plein de bonbons, de gâteaux, de jouets. (Nozot, Rev. des soc. sav. Juillet-Août 1872, p. 124.)

Si l’on en croit la Revue Britannique (12e vol., vn° série, p. 422), les Enfants de chœur avaient saint Nicolas pour patron, et, le 6 décembre, les Enfants de chœur des cathédrales et des collégiales élisaient un d’entre eux pour évêque. L’élu, revêtu d’une riche chape, mitre en tête, la crosse à la main, escorté de deux diacres du même âge, prenait solennellement possession de l’église où, excepté la messe, il accomplissait tous les offices et toutes les cérémonies épiscopales. Pendant un mois, jusqu’au jour des Rois, il était reconnu évêque. S’il venait à mourir dans cet intervalle, il était enseveli avec tous les honneurs dus à la prélature. D’après un des actes capitulaires de la cathédrale d’Yorck, l’enfant évêque devait être non seulement le plus sage, le plus pieux et le plus zélé, mais encore, autant que possible, le plus beau des enfants de chœur.

Un cantique castillan (Gozos) s’exprime ainsi sur le patronage des Ecoliers :

Protecteur des Ecoles.

Tout enfant de l’école vous prie avec une profonde humiliation ; saint évêque Nicolas, soyez auprès de Dieu notre avocat.

Proieclor de las Escuelas Todo Nwo de la Escuela Te ruega muy humillado.

Sanlo Obispo Nicolas Ved con Dios nueslro abogada.

Le patronage des Maîtres d’écriture et de calcul suivit naturellement celui des Ecoliers.

Après la mort de ses parents, Nicolas, voulant se conformer au passage de l’Ecriture : « Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous possédez et donnez-en le prix aux pauvres, » commença à distribuer tous les biens dont il avait hérité. Un de ses voisins, noble mais fort pauvre, allait être forcé de prostituer trois filles qu’il avait, afin de vivre du profit de leur infamie. En ayant été instruit, Nicolas, pendant la nuit lui jeta une bourse pleine d’or, qui devait être la dot de l’aînée des jeunes filles, et après que celle-ci fut mariée, il agit de même pour les deux autres, et de cette manière, elles échappèrent à la honte qui leur était destinée. C’est là l’origine de l’invocation qui est adressée au Saint par les jeunes filles a marier.

L archevêque de Myre était l’oncle de Nicolas. Ce saint prélat, admiran de plus en plus la vertu et la sainteté de son neveu, l’avait ordonné

îvîïwï? supérieur d’un monastère, appelé la Sainte-Sion, qu’il avait fait bâtir près de la ville métropolitaine.

hi?m?!9cUeS anné^ apièS’ Nicolas ’ voulant visiter les lieux saints, s’em-

averth lp^ilîvtp vai^seau, fiui ^llait en Egypte. Pendant la traversée, il avertit le pilote qu une horrible tempête, excitée par le démon, ne tarderait pas a éclater ; en effet, elle fut si furieuse que tous les passagers

rEfintrfaV01r attemt ,leur dernier j°ur ; mais le Saint ayant prié chassa le démon qui voulait les faire périr et rendit le calmeà la mer’

«111 a fait encore plusieurs fois, dit le Père Giry, tant durant sa vie

? c Pief Sa mo1rt’ et c’esl Pour cela <îue les Nautonniers le prennent pour leur patron et leur protecteur, et qu'ils l’invoquent singulièrement dans f. Il

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tous leurs voyages. » D’après l’Allemand Henri Alt, ce patronage viendrait de la ressemblance de son nom avec Nichus, dieu des eaux de la vieille Germanie, et le patron de l’eau et de tous ceux qui naviguent. Quelle qu’en soit l’origine, le pouvoir de saint Nicolas sur la mer est universellement reconnu. Aussi est-il invoqué contre les périls de la mer, contre les désastres causés par l’eau, contre les orages. Puis vient le patronage des Marins, Mariniers , Navigateurs, Voyageurs, Pèlerins, Bateliers, Pêcheurs , Poissonniers, Débardeurs (qui tirent du bois de dessus les bateaux), Passeurs, Planchcyeurs (officiers de ville chargés de veiller aux ponts de planchesj, Metteurs h port (qui débarquent les marchandises sur le port), Jaugeurs (qui mesurent avec la jauge la capacité d’un bateau ou d’un navire), Dèchireurs de bateaux (qui achètent des bateaux pour les dépecer et les vendre), et enfin tous ceux qui embarquent, emballent sur l’eau et débarquent certaines marchandises, les Emouleurs , les Porteurs de charbon , les Routeurs de vin, les Tonneliers.

Dans les anciens missels, on trouve la prose citée par le Père Cahier (p. 784) : Congaudentes exulte mus , qui a trait au patronage des Marins.

O beate Nicolœ

Nos ad maris porlum trahe

De moutis angustia

O bienheureux Nicolas,

Des angoisses de la mort Conduisez- nous au port de la mer

Statim aura datur grata Et tempestas fit sedata Quieverunt maria, etc.

Aussitôt s'élève un vent favorable, La tempête ést apaisée,

La mer est devenue calme.

Après la mort de l’archevêque de Myre, les évêques de la région se réunirent pour lui nommer un successeur, et il en était un parmi eux sur qui le choix paraissait devoir se porter ; mais celui-ci prit la parole et engagea ses collègues a se livrer auparavant au jeûne et à lapiièie. La nuit suivante, il entendit une voix qui lui recommandait de se tenir à la porte de l’église à l’heure de Matines, et de sacrer évêque la première personne, du nom de Nicolas, qui se présenterait. Il fit part de cette révélation aux autres évêques et il les engagea à se mettre tous en oraison pendant qu’il garderait les portes. Poussé par un mouvement de Dieu, Nicolas arriva le premier et fut élevé sur le trône pontifical, bien au’il se défendît d’accepter cette haute dignité.

A la sortie de la messe pontificale, une femme lui présenta son enfant mii était tombé dans un brasier ardent , où il avait trouvé la mort. Nicolas lit sur lui un signe de croix et le ressuscita. « Il a montré encore depuis, lit le Père Giry (vol. iv, p. 549), sa puissance sur les flammes, et c est de là au’est venue la dévotion particulière d’invoquer saint Nicolas dans les accidents du feu. » C’est également là qu’il faut chercher 1 origine du

PaAMttgeeépoquemffi\Slé vint à manquer dans la province de Lycie et dans la ville de Myre, à la suite de mauvaises récoltes ; Nicolas connut, rnr révélation qu’un riche marchand en avait plusieurs vaisseaux chL-"és dans un port de Sicile. Il lui apparut eu songe, l'avertit de faire voïe à Myre, qu’à cause de l'extrême disette, il y vendrait son grain oui ce qu'il voudrait, et lui mit dans la main trois pièces d or qu il TIZX son réveil Convaincu de la réalité de cette vision, le mar- ^ïnê fit voile vers Myre, vendit son blé à très haut prix, et, de cette r délivra les habitants de la famine. Nicolas multiplia ensuite ceble

S' foçoù si merveilleuse que ce qui aurait à peine suffi à la nourriture

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de son peuple pendant quelques jours, put le (nourrir pendant plus de deux années. Gomme patron de l’eau, Accolas était déjà patron desMarchands qui y conduisent leurs marchandises. Ce dernier miracle a été l’origine du patronage spécial des Marchands de blé, des Grainiers, des Grainetiers, des Mesureurs de grains, et par suite des Meuniers.

Jusqu’à l’arrivée de l’homme de Dieu, le pays était adonné au culte des idoles : les paysans, accomplissant les rites du paganisme, se réunissaient sous un arbre consacré à Diane, que Nicolas avait fait couper. Le diable furieux résolut de se venger. Sous la figure d’une vieille et pieuse dame, il alla dans une barque au-devant des pèlerins qui se rendaient auprès du saint évêque, et leur persuada de oindre sa demeure avec une certaine huile qu’il leur donna. En ce moment même, dans une embarcation où se trouvaient de pieuses personnes, ils crurent reconnaître saint Nicolas, et lui racontèrent ce qui venait de se passer. Le Saint leur dit de jeter cette huile dans la mer, et à l’instant ils virent des flammes ardentes sillonner les flots et brûler longtemps dans les eaux. Alors ils se pressèrent autour du Saint et le remercièrent de les avoir délivrés des pièges du diable. Le pouvoir de saint Nicolas contre l’Esprit malin éclata dans plusieurs autres circonstances ; aussi est-il invoqué contre les puissances de l’enfer.

Dans un livre d 'Heures manuscrites, sous le numéro 83 de la Bibliothèque de Moulins (Allier) (p. 12), on trouve cette oraison :

Deus qui beatum Nicoladm pontifeem luum innumeris decorasti miraculis, Iribue nobis, quœsumus, ut ejus meritis et precibus a gehenn.e incendiis liberemur. Per, etc.

Dieu qui avez illustré saint Nicolas votre pontife par d’innomiirables miracles, faites, nous vous en prions, que par ses mérites et par ses prières, nous soyions délivrés des feux de l'enfer.

L’oraison du missel romain est dans les mêmes termes.

Trois mestres de camp, qui avaient très bien servi l’empereur romain en Phrygie, avaient été accusés faussement du crime de lèse-majesté par des personnes qui voulaient s’emparer de leurs biens. Le préfet de Rome avait été circonvenu par des calomnies et des présents auprès de l’empereur qui, entrant dans une violente colère, avait donné l’ordre d incaicérer les trois accusés et, sans autre information, de les mettre à mort dans la nuit. Ceux-ci, dans ce péril extrême, eurent l’idée d’invoquer saint Nicolas. Le Saint apparut successivement à l’empereur et au préfet, et les terrifia de telle manière qu’après s’être communiqué leur vision, ils révoquèrent la sentence prononcée contre les trois mestres de camp. C’est à cause de ce miracle que saint Nicolas est invoqué contre la calomnie et en faveur des Maljugès.

L oraison suivante, qui se trouve dans le deuxième volume in-32 de Daniel Papebrock, signale cette invocation en rappelant celle pour les jeunes filles à marier, ainsi que celle dirigée contre les flammes de l’enfer.

1NNOCENTIUM PROTECTIO

Deus, qui B. Nicolaum innocentée peiiiclitantis, dum viveret, vindicem, miraculis innumeris morluum decorasti, Iribue ut ejus meritis a calumniis vivi, et morlui à ueiien- N/E incendiis liberemur.

Ora pro calumniam patientibüs.

photection des innocents

Dieu qui avez illustré par de nombreux miracles, après sa mort, saint Nicolas, prolectour pendant sa vie de l'innocence en danger, faites que, par ses mérites, nous soyions délivrés de la calomnie pendant notre vie, et après notre mort des flammes de l’enfer.

Priez pour ceux qui soudrent de la calomnie.

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De sa tombe sort une huile

Qui ne connaît point l’olive pour mère,

Que la nature n’a point produite,

Que donne le marbre en suant.

Mais l’heure de saint Nicolas avait sonné ; ayant été saisi par une petite fièvre, il reçut les sacrements, puis il monta au ciel au milieu des archanges, des anges et des saints patriarches, qui se rendirent visibles dans sa chambre, selon le témoignage de saint Michel l’Archimandrite, abbé du même lieu. Son corps fut enterré dans l’église de son monastère, dans une sépulture de marbre, et il commença à en couler une huile miraculeuse et odorante , qui a donné lieu au patronage des Parfumeurs. D’après le témoignage du Père Cahier (p. 660), on trouve dans un vieux bréviaire d’Amiens (1554 in- 16), cette strophe de l’hymne des premières vêpres :

Cujus lumba ferl oleum Malris olivœ nescium ;

Quod natura non prolulit,

Marmor sudando parturit.

Le corps de saint Nicolas demeura à Myre jusqu’à l’année 1087. A celte époque, comme la ville de Myre était tombée au pouvoir des Turcs, des marchands de Bari, port du royaunie de Naples, dans l’Adriatique, furent assez heureux pour enlever les saintes reliques et les apportèrent à Bari, où les habitants leur firent bâtir une église magnifique. La liqueur miraculeuse (disent les petits Bollandisles, p. 91, 14e vol.) qui continue de couler des ossements du serviteur de Dieu, est distribuée par toute la terre pour le soulagement des malades et est appelée la

Manne de saint Nicolas. . . .

Saint Nicolas , d’après Dom Martenne [de Antiquis ntibus ecclesix (4 vol in-folio), 2° vol., p. 334, ex Ms. monasterii S. Theodonci, prope Rcmos annorum circiter 800), était invoqué, ad furtum repenendum, pour découvrir le vol et aussi le voleur.

« Primo canenda nussa de inventione On chante d’abord la messe de l’invention

« S Crucis cum omni devotwne cordis et de la Sainte-Croix, avec toute la dévotion du « post .Vissa S. Nicolas episcopi et confes- cœur, et après, celle de saml Nicolas, evêque « soris. • et confesseur.

La Revue Britannique (p. 94, Ve vol., vu8 série) explique ainsi l’origine

de cette invocation : . . , .

Un juif, qui avait entendu parler du pouvoir surnaturel de saint

Nicolas, s’était procuré une image du Saint, et lorsqu’il sortait, il laissait tout ce qu’il possédait sous sa protection, le menaçant de sa colère, s’il ne faisait pas bonne garde. Un jour, pendant son absence, des voleurs le dépouillèrent entièrement. A son retour, il s emporta en injures contre saint Nicolas et lacera son image. La meme nuit, sam Nicolas apparut aux voleurs qui, terrifiés, coururent chez le jmi et lui rendirent les objets volés. Touché par ce miracle, le juif demanda e baptême « C’est là, continue la môme revue, l’origine des invocations qui lui sont adressées pour retrouver les objets dérobés, cl consUtue sainf Nicolas comme le patron de la propriété. Ce ; miracle qm avait opéré la conversion du juif, avait dû également contribuer a 1 amclioiation voleurs qui, en Angleterre, ont pris saint Nicolas pour patron. »

La légende qui va suivre, a trait en meme temps a 1 stérilité conjugale et à celle pour la délivrance des captif Uu tacto race noble, qui n’avait pas d'enfant de son mariage, avait ’ ^nu un Mntrp-Semneur nar l’intercession de saint Nicolas, et avait consacic, en Su ch!tea“uneP?hapellc en l’honneur du Saint; quand .1 (ut grand,

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l'enfant tomba au pouvoir des païens, fut vendu comme esclave et devint échanson du roi. Un jour que ce pauvre enfant remplissait la coupe de son maître, il se ressouvint tout à coup que c’était le jour de la fête de saint Nicolas , et ses larmes coulaient en abondance. « Pourquoi « pleures-tu? lui dit le roi.— C’est aujourd’hui la Saint-Nicolas, répondit « le jeune homme; tous mes parents sont réunis pour sa fête, et moi je « suis captif. — Si puissant que soit saint Nicolas, il ne pourra jamais « te tirer de mes mains. » A peine eut-il proféré ces mots, qu un grand vent ébranla le palais et saint Nicolas , saisissant le captif par les cheveux, l’enleva dans les airs avec la coupe et le déposa devant la porte de l’église où ses parents célébraient la fête du Saint.

Sans pouvoir en pénétrer le motif, saint Nicolas (Le Pèlerin, n° 106), était patron des Grossiers, Merciers , Boutonniers, Filtiers, Galonniers, Dentellières. On célébrait sa fête d’hiver le 6 décembre. Quant à celle d’été, elle avait lieu le 9 mai et s’appelait la fête du Broquelet (petite broche), en mémoire des broches qui servent, dans la fabrication, à enrouler le fil, le coton et la lame. Cette fête s’était amoindrie peu à peu. et on n’en avait plus conservé que le chômage des deux journées du Broquelet. En 1877, des ouvriers chrétiens des cercles catholiques de Lille, conçurent le projet de rétablir, en la solennité dite du Broquelet, la messe de saint Nicolas ; ils la firent célébrer le 14 mai, dans l’église de Notre-Dame de la Treille. L’appel fut entendu au-delà de toute espérance, et la fête du Saint continue à être célébrée chaque année avec un empressement toujours croissant.

Autrefois, les Avocats faisaient partie d’une confrérie dite de Saint- Nicolas, qui est indiquée sur le Calendrier de toutes les confréries de Paris (1621). Comme le chef de cette confrérie portait, dans les cérémonies, le bâton du Saint, on a fini par lui donner le titre de Bâtonnier. Bien que dans tous les barreaux de France, le nom de saint Nicolas soit tombé en oubli, à travers toutes nos révolutions, néanmoins ce titre de Bâtonnier est resté à celui qui préside chacun d’eux.

Dans le recueil des chants populaires de la Bretagne, par de la Villemarqué, saint Nicolas est indiqué comme le patron des Amoureux. « Ceux- « ci, dit l’auteur, lui font mille neuvaines pour qu’il les exauce ; ils lui « enfoncent aussi, par dévotion, des épingles sans nombre dans les « pieds, et ils ont l’habitude d’en remplir sa fontaine. »

A travers toutes les légendes sur lesquelles nous avons essayé d’établir l’origine des invocations et des patronages attribués à saint Nicolas, nous avons réservé, pour la dernière, celle de la résurrection des trois enfants coupés en morceaux et cachés dans un saloir.

Il ^est presque impossible de préciser à quelle époque a commencé de paraître ce récit, qui a été surtout célèbre en Occident, et dont la représentation se trouve encore dans un grand nombre de nos sanctuaires. Cette légende a surtout trait au patronage des écoliers et des jeunes gens, dont il a déjà été question. Saint Bonaventure parle seulement de deux jeunes écoliers ressuscités parle Saint dans les circonstances suivantes, au lieu de trois cités par tous les auteurs.

Trois jeunes gens, de bonne famille, qui se rendaient à Athènes pour achever leurs études, en passant par Myre, avaient demandé l’hospitalité à un vieillard. Celui-ci, pour s’approprier leur argent, de concert avec sa femme, les assassina pendant leur sommeil et, pour cacher son crime,

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déposa leurs corps dans un saloir, après les avoir coupés en morceaux. Au milieu de la nuit, saint Nicolas , sous la figure d’un voyageur, se présenta demandant l’hospitalité et de la viande pour nourriture. Gomme la femme, sous le coup du crime qu’elle venait de commettre avec son mari, essayait de balbutier quelques excuses, le Saint, d’une voix menaçante, leur dit qu’il y avait de la chair fraîche dans la maison, et en môme temps leur dévoila leur crime. Ceux-ci, atterrés, se précipitèrent à genoux, implorant la miséricorde de saint Nicolas , et le Saint, conduit devant le saloir, rappela à la vie les trois jeunes gens, en faisant sur eux le signe de la croix.

Dans le récit populaire de cette légende, la scène se passe chez un boucher , et c’est là, suivant toute probabilité, l’origine du patronage de ce corps d’état.

Nous le reproduisons d’après Arthur Forgeais (p. 176. 4e série), qui l’avait lui-même emprunté au Petit Journal.

Il était trois petits enfants

Qui s’en allaient glaner aux champs.

S'en vont un soir chez un boucher.

— Boucher, voudrais-tu nous loger ?

— Entrez, entrez, petits enfants,

Il y a d’là place assurément.

Ils n’étaient pas sitôt entrés Que le boucher les a tués ;

Les a coupés en p’tits morceaux,

Mis au saloir comme pourceaux.

Saint Nicolas, au bout d’ sept ans, Saint Nicolas vint dans ce champ ;

Il s’en alla chez le boucher :

— Boucher, voudrais-tu me loger ?

— Entrez, entrez, saint Nicolas ;

Il y a d’là place, il n'en manqu’ pas.

Il n’était pas sitôt entré

Qu’il a demandé à souper.

— Voulcz-vous un morceau d’jambon ?

— Je n’en veux pas, il n’est pas bon.

— Voulez-vous un morceau de veau?

— Je n’en veux pas, il n’est pas beau.

Du p’tit salé, je veux avoir

Qu’il y a sept ans qu’est dans l’saloir.

Quand l’boucher entendit cela.

Hors de la porte il s’enfuya.

— Boucher, boucher, ne t’enfuis pas ; Repens-toi, Dieu t'pardonnera.

Saint Nicolas posa trois doigts Dessus le bord de ce saloir.

Le premier dit : J’ai bien dormi 1 Le second dit : et moi aussi;

Et le troisième répondit :

Je croyais être en Paradis.

Avant de terminer, n’oublions pas les grands combats que cet évêque incomparable eut à soutenir contre les païens et les hérétiques. Avant que Licinius eût été vaincu par Constantin, il fut emprisonné, et il eût été mis à mort, si l’on n’avait pas appréhendé le soulèvement du peuple. Après la victoire de Constantin, il combattit énergiquement les doctrines d’Arius et fut un des trois cent dix-huit évêques qui condamnèrent cet impie, au premier concile de Nicée, en présence de Constantin le Grand.

Saint Nicolas est représenté ordinairement en costume épiscopal, devant le saloir, duquel surgissent les trois enfants qu’il vient de ressusciter. On le montre également jetant dans leurs chambres les dots des trois jeunes fdles qui furent ainsi préservées de la prostitution. On le voit aussi avec trois boules, tantôt placées sur un livre, tantôt posées sur ses genoux, tantôt comme ornement de sa crosse. Ces trois boules sont diversement interprétées : les uns y voient les trois bourses des jeunes filles, les autres trois pains, souvenirs de la famine pendant laquelle il nourrit les habitants de Myre.

Le culte de saint Nicolas se répandit partout en Europe, particulièrement en Touraine, en Normandie, en Picardie, dans l’Ile-de-France, la Champagne, le Nivernais et toutes les provinces austrasicnncs. Au

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XII' siècle, pendant les croisades, nn chevalier qui habitait, près de Nancy, un bourg nommé le Pont, fut fait prisonnier par les Sarrasins. S'étant souvenu d’an oratoire dédié à saint Nicolas, près de son village, 3 lui adressa une prière fervente, et le lendemain il était transporte miraculeusement devant sa demeure. Les habitants, unissant leuis actions de grâces à celles du chevalier, ne tardèrent pas a donner le

nom de Saint-Nicolas à leur commune.

Bientôt la Lorraine entière, s’associant à ce mouvement de piete, eleva. à Saint-Nicolas-du-Pont, une des plus belles églises qui aient été dédiees

prière de la fin du XIIIe siècle, écrite sur les 82 de Trinity Coll, Oxford, poésies anglodans le volume de Romania (1875,

au saint évêque de Myre.

Nous terminons par une derniers feuillets du manuscrit normandes, publiées par P. Meyer, p. 174),

Oracio de sanclo Nicolao

Seint Nicholas, serf Jhesu Grist,

Ki par sa grâce vus eslisl,

E a eveske sacrer vus fist,

Par voiz del cel qu’il tremist,

Pur moi priez nostre Seinur,

Ki à vus fist si graunt honnur,

Que il me doint la sue amur Et me defende de deshonur.

Seint Nicholas, par cui aie,

Les treis clercs hunt reçu la vie,

Qu'uns mascecrers par felunie Oscist nutantre en sa bailie Deliveret moi de vain penser.

De males ovres, de fol parler,

Ke diable par uncumbrer N’eint en moi que ellecier.

Seinl Nicholas ki marias Les treis puceles, kis relevas,

De graunt poverté tus jetas Par peces de hor ke lur donas,

Nostre Senur priez pur moi Qu’il me doint verraye fey,

E si garder la sue ley Cum mester est e cum ge dei

Seint Nicholas ki a Getrum Sun fiz rendis, que li larun Menèrent en autre regiun,

Dunt tull remenas sanz rançun,

Jhesu fiz Deu deinner requere,

Ki tut governe, Cel e terre,

K’il me doint sun pleysir fere,

Vices, fuir, a vertus trere.

E miles overs me doint guerpir,

E tute ma vie lui servir,

Par ki je puse, al départir De ceste vie, a li venir.

Oraison de saint Nicolas

Saint Nicolas, serviteur de Jésus-Christ, Qui par sa grâce vous élit Et vous fit sacrer évêque,

Par la voix du ciel qu’il transmit,

Pour moi priez Notre-Seigneur,

Qui vous fit si grand honneur,

Qu’il me donne son amour Et me préserve du déshonneur.

Saint Nicolas, avec l’aide duquel Les trois clercs on tété rappelés à la vie, Qu’un boucher, par félonie,

Occit la nuit dans sa maison.

Préservez-moi de vaines pensées.

De mauvaises œuvres, de folles paroles ; Que le diable par malencontre N'ait pas en moi de quoi se réjouir.

Saint Nicolas, qui mariâtes

Les trois Jeunes filles que vous relevâtes

De grande pauvreté en leur jetant

Des pièces d’or que vous leur donnâtes,

Priez pour moi Notre-Seigneur

Qu’il me donne la vraie foi,

Et que je garde sa loi

Comme il est nécessaire et comme je le dois.

Saint Nicolas, qui à Getrun Rendit son fils que des voleurs Avaient emmené dans une autre région, D’où vous le ramenâtes sans rançon, Daignez supplier Jésus, le fils de Dieu,

Qui gouverne tout, ciel et terre, [plaisir] Afinlqu’il m’accorde d’agir selon son bon De fuir le vice, de pratiquer la vertu. D’éviter les mauvaises œuvres,

De le servir toute ma vie,

Et par lui de pouvoir, en quittant Cette vie, aller à lui I

[Légende Dorée. — Ribadaneira. — Le P. Giry. — Les Petits Bollan distes. — Le Pèlerin.)

DICTONS SUR SAINT NICOLAS Saint Nicolas, qui marie les filles avec les gars.

[Revue des Sociétés savantes, noy. 1860, p. 560,)

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