SAINTE EUGÉNIE, VIERGE ET MARTYRE
m» SIÈCLE.
Invoquée contre les Possessions du démon.
légende de cette sainte avait cours dès le cinquième siècle. D’après les A des des martyrs, récemment publiés par les RR. PP. Bénédictins de Solesmes,sa rédaction et peut-être sa traduction doit être attribuée à Rufin,, prêtre d’Aquilée, contemporain de saint Jérôme.
Eugénie naquit à Rome de parents païens, vers 183. Son pere Philippe, noble romain, avait été nommé préfet d’Alexandrie, sous le règne de Gallien et Valérien et avait amené avec lui, dans cette résidence, sa femme Claudia, ses deux fils Avitus et Sergius et sa fille Eugénie. Dès l’âge le plus tendre, Eugénie avait étudié les arts libéraux avec deux jeunes eunuques Protus etHyacinthus ; grâce à la lecture des épi très du bienheureux apôtre Paul, non seulement elle s’était convertie à la foi chrétienne, mais bientôt elle avait gagné Protus et Hyacinthus par son exemple.
A l’âge de quinze ans, elle fut demandée pour épouse par le fils du consul Aquilius ; comme elle avait promis dans son cœur de se consacrer tout entière au Seigneur, elle s’enfuit avec les deux eunuques, après avoir pris des habits d’homme, et se réfugia dans un couvent dé moines qui était près de la ville d’Alexandrie. L’abbé Helenus, bien qu’il connût par révélation le sexe d'Eugénie, la reçut parmi ses religieux sous le nom d'Eugenius. Eugenius se distingua par tant de vertus qu 'après la mort d’IIelenus, il fut appelé à la direction du monastère. Bientôt la sainteté qu’avait acquise le nouvel abbé, s’étendit au-delà des murs du couvent et Mélanthie, noble dame d’Alexandrie, entendant parler des prodiges opérés par lui, vint le consulter pour une fièvre quarte qui la tourmentait depuis plus d’une année. Eugenius fit sur elle une onction d’huile et aussitôt la malade fut guérie. Mélanthie, croyant d’abord ne céder qu’à un sentiment de reconnaissance, conçut bientôt une passion coupable pour Eugenius, dont elle ignorait le sexe ; elle lui fit des propositions qu’il repoussa avec indignation. Mélanthie, craignant qu 'Eugenius ne prît les devants et ne révélât son crime, l’accusa devant le préfet d’Alexandrie ; Eugènius ne voulant pas laisser planer plus longtemps d’aussi indignes soupçons sur le nom chrétien, découvrit sa poitrine devant son père qui la reconnut et la reçut dans ses bras. Au même instant, la foudre écrasa Mélanthie avec tous ceux qui s’étaient faits complices de sa calomnie. Les parents et les frères d’Eugénie se convertirent immédiatement. Quelque temps après, Philippe abandonnant son commandement, fut élu évêque d’Alexandrie par les chrétiens. Perennus qui lui avait succédé dans le commandement de la province, irrité de l’affection que les habitants avaient conservée pour son prédécesseur, le fit assassiner pendant qu’il célébrait le saint sacrifice de la messe.
Après le martyre de Philippe, Eugénie revint à Rome avec sa mère Claudia vers l’an 204. Elle avait accompli sa vingtième année. Là, pendant cinquante-trois ans, comme à Alexandrie, elle convertit un grand
VINGT-CINQ DÉCEMBRE, SAINTE EUGÉNIE
nombre de païens. Le bruit en vint aux oreilles de Gallien qui ordonna cra Eugénie sacrifiât dans le temple de Diane; mais, pendant quelle priait à genoux, le temple fut renversé avec son idole. Alors, Gallien prescrivit que l’on attachât la vierge à une grosse pierre et qu on la précipitât dans le Tibre ; mais la bienheureuse martyre, soutenue par une main divine, restait assise sur les eaux qui l’emportaient doucement.
On la retira du fleuve, pour la jeter dans les fourneaux des Thermes de Sévère qui s’éteignirent à l’instant. Elle fut ensuite enfermee, pendant dix jours, dans un cachot obscur et privée entièrement de nourriture ; mais Jésus-Christ illuminant sa prison, lui apportait le pain qui devait la réconforter. Enfin, le jour de la naissance du Sauveur, un
bourreau lui trancha la tête. ,
Une basilique, qui existait encore au VIIIe siècle, fut élevée a Rome, sur la voie latine, pour abriter les reliques de mainte Eugénie. Au Xe siècle, le pape Jean X en donna une grande partie à Gaudry, quarantetroisième évêque d’Auxerre qui, après en avoir réservé pour sa cathédrale et pour l’abbaye de Saint-Germain, en attribua une portion considérable à la ville de Varzy, où on peut encore les vénérer.
L’église d’Espagne revendique aussi pour elle des reliques de sainte Eugénie. Salazar parle d’une translation qui aurait été faite dans le milieu du XIe siècle. Des cantiques catalans (Goigs) en font mention et signalent l’invocation qui était adressée à la Sainte contre les possessions du démon :
Vostres reliquicis sagradas veneradas
son dels dimonis espant als pocessos des lliurant aplicadas.
Fugiut élis estos diixant quant sa vir-
tut poderosa sels oposa.
Vos reliques sacrées et vénérées sont la
terreur des démons et elles délivrent les possédés quand on les leur fait toucher.
Les démons fuient abandonnant les
possédés, lorsque votre vertu puissante leur est opposée.
Le souvenir de Mèlanthie , dont il a été question plus haut et qui était bien réellement possédée du démon, doit avoir présidé à l’origine de cette invocation.
Une mosaïque du sixième siècle montre Eugénie parmi les palmiers célestes, la couronne de l’épouse à la main.
La légende, rapportée plus haut, se trouve reproduite sur un tryptique très remarquable dans l’église de Varzy (Nièvre) du XVIe siècle, elle est complétée par des fresques qui datent de la fin du douzième siècle et qui, malgré leurs détériorations, s’aperçoivent encore dans la cathédrale de Nevers, sur le mur à droite, en entrant par la petite porte de Saint Jean.
(Actes des Martyrs, publiés par les Bénédictins de Solesme, 1856-1863.)
VINGT-SIX DÉCEMBRE, SAINT ÉTIENNE