SAINTE JULIE OU JULE, VIERGE & MARTYRE A TROYES
Invoquée contre la Fièvre, la Peste, dans les Calamités publiques.
Julie, née à. Troyes, avait été élevée avec soin par ses parents dans la crainte de Dieu et la religion de Jésus-Christ. A dix ans. elle avait pris la resolution de garder sa virginité et de ne servir que Dieu seul. Huit ans plus tard, des Allemands, sous la conduite de Claude, leur chef, s emparèrent de Troyes et emmenèrent plusieurs captifs et entre autres ■ u lie qui avait atteint sa dix-huitième année. Elle était remarquable par .a beauté de sa figure et la grâce de toute sa personne. Claude en fut tellement frappé qu il résolut de l’épouser ; mais elle lui répondit qu’elle avait pris Jésus-Christ pour époux et qu’elle était chrétienne. Cette i épouse pénétra Claude de respect et de crainte et il lui fit préparer, dans son palais, un appartement avec un oratoire, afin qu’elle pût vaquer librement à ses pieuses pratiques. Il lui donna en outre pour compagii es plusieurs jeunes filles de haute naissance.
Attaqué par ses ennemis qui débordaient de toutes parts sur ses terres, Claude demanda à Julie d’implorer pour la prospérité de ses armes le Dieu qu’elle servait. Julie se mit en prières et Claude tailla en pièces tous ses ennemis, autant de fois qu’ils eurent la témérité de l’attaquer.
Vingt-huit ans se passèrent ainsi, quand Dieu, par une révélation, fit savoir à Julie qu’il désirait son retour à Troyes, afin qu’à la couronne de la virginité elle joignît encore la palme du martyre.
Julie, bien déterminée à obéir, fit part de son projet au prince, en l’invitant à venir avec elle.
Aussitôt Claude, abandonnant sa maison, sa femme, ses enfants et ses nombreuses possessions, se mit en route pour accompagner la servante de Dieu. Ils arrivèrent à Troyes au moment où la persécution d’Aurélien sévissait avec une extrême violence.
Quelques jours après, Julie fut amenée devant le président Elidius qui la fit étendre sur un chevalet et fit charger son dos de charbons ardents ; à l’instant même où ils agissaient ainsi, ses bourreaux furent frappés d’aveuglement, Aurélieri lui fit trancher la tête.
Claude en fut instruit, il vint alors trouver l’empereur Aurélien et lui fit entendre sa profession de foi toute chrétienne, bien qu’il ne fût pas baptisé. Aurélien le fit également décapiter.
Les précieuses dépouilles de Julie et de Claude furent mises dans un sépulcre de pierre. Au XIIe siècle, on voyait à côté de ces tombeaux ud. monastère dont les religieuses, appelées les Filles-Dieu, s’étaient vouées à la garde de ces reliques sacrées. A la suite de guerres fréquentes qui
VINGT-DEUX JUILLET, SAINTE MARIE MADELEINE. D
ravageaient le pays, elles les transportèrent vers 1233 dans le monastère de Jouarre au diocèse de Meaux.
Là, on invoque sainte Julie dans les Calamités publiques surtout en temps de contagion. Des Guerrois (1) s’exprime ainsi à ce sujet .
« Quant à sainte Julie , elle est dignement réverrée en ce lieu et « monastère de Jouarre, on en fait la fête solemnelle et chommante des « œuvres serviles avec octave entière : elle y est réclamée pour les Nèces- « sités du temps, signamment pour le mal contagieux comme elle fist ce « beau miracle, il y a quatre ans, vers mil six cent vingt-huit. Sur ce « mal dangereux, car j’ai appris de la bouche delà R. Mère et abbesse, « l’illustrissime princesse Jehanne de Lorraine, sœur du duc de Guise, « y étant en cet an mil sept cent trente-deux, le vingt-deux août, que « la Peste y estant dans ce monastère, deux religieuses en moururent : « au même instant, on porta la chasse de sainte Julie en procession « solemnelle parmy le cloistre, et soudain tout le mal contagieux cessa, « personne ne se trouvant intéressé, encore qu’ils communicassent avec « ces deux religieuses décédées, ce qui me fut confirmé par les chanoi- « nés du même lieu- »
A Troyes, une source d’eau vive avait jailli de terre à l’endroit même où le sang de la martyre avait coulé : on l’appelait Puits de Sainte- Julie. Les personnes atteintes delà Fièvre obtenaient souvent leur guérison en buvant de son eau. Ce puits existait encore en mil six cent soixante-dix. Aujourd'hui il a disparu. C'est presque sur son emplacement que s’élève la chapelle actuelle du Lycée.
(Vie des Saints du diocèse de Troyes par l’Abbè E. Defer^.