‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 86 sur 724 · SAINTE MARIE MADELEINE · texte numérisé non relu

SAINTE MARIE MADELEINE

l"r SIÈCLE.

Patronne des Repenties, Pénitentes, Parfumeurs, Gantiers, Poudriers, Boursiers, Gainiers, Mégissiers, Oardeurs, Jardiniers, Femmes mariées, Vignerons, Tonneliers, Marchands de vin, Etaimiers, Plombiers. — Invoquée contre la Peste, pour les Enfants tardant à marcher.

uelques novateurs du XVI8 siècle et les faux savants qui vinrent après eux, avaient imaginé de faire de Marie Madeleine trois femmes distinctes : Marie de Magdalon, la Pécheresse, et Marie de Béthanie. Les travaux modernes et principalement le beau livre de l’abbé Faillon (2) ont solidement établi qu’il n’en a existé qu’une seule qui est Marie Madeleine, la pécheresse de l’Evangile. L’erreur, néanmoins, s’est propagée jusqu’à nos jours et ce n’est qu’en 1863 que Son Eminence le cardinal de Donald a supprimé, dans le diocèse de Lyon, la fête de sainte Marie de Béthanie, établie au XVIII0 siècle afin d’introduire la

(1) La Sainteté chrétienne p. 45, V8 vol. 1637.

(2) Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie M adeleine en Provence et sur les autres apôtres de celte contrée, etc. 2 vol. in-4°. Paris, Migne.

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déplorable distinction préconisée par Lefèvre d’Etaple (1). Suivant Catherine Emmerich dont les paroles ne sont pas articles de foi Marie de Béthanie ou Marie la Silencieuse était une troisième sœur deLazare morte jeune, mais qui ne doit pas être confondue avec Marie Madeleine'.

Marie, comme son frère et sa sœur Marthe, était née à Béthanie de Judée. Elle perdit sa mère dès ses plus jeunes années, et, lorsqu’on fit le partage des biens de sa famille, elle eut dans son lot le château de Magdalon, très belle habitation de plaisance d’où lui vient son nom de Madeleine ( Magdalena ). Raban Maur, archevêque de Mayence, son histouen au IX siècle, trace de Madeleine un portrait délicieux qui se termine ainsi :

Enfin elle brilla tant par les grâces de la forme et de la beauté qu’elle était considérée comme une œuvre admirable et exceptionnelle sortie de la main de Dieu.

Formes déni pie et pulcliriludinis gratiâtantâresplenduit, utsingulareatque mirificum opificit Dei dicerelur figmmtum.

(Radan, de vita, II).

« Ce fut dans son chateau de Magdalon qu’elle abusa de sa jeunesse et de sa beauté pour pécher avec plus d’empressement, dit l’Abbé Sagette, et faire pécher les autres avec de plus irrésistibles séductions. » C’est là que, par le désordre et la honte d’une vie de courtisane, elle mérita d’être désignée dans l’Evangile par ce mot caractéristique de Peccatrix in cibitate, pécheresse publique, diffamée dans toute la contrée. Cette vie de péché dura environ quatorze ans, et elle était déjà dans sa vingtcinquième année, lorsqu’elle se convertit. D’aprè6 l’Evangile, Jésus délivra Madeleine de la possession de sept démons, véritables incarnations des sept péchés capitaux. Aprèsavoir été ainsi purifiée, ayant appris que Jésus s était mis à table dans la maison de Simon le Pharisien, elle apporta un vase d’albâtre plein de parfums et, se tenant en arrière près des pieds du Sauveur, elle les arrosa de ses larmes, les essuya avec ses cheveux, les baisa et les oignit de parfums. Ce fut alors que Jésus, touché des marques de repentir et de conversion, de douleur et d’amour

que la pécheresse faisait éclater publiquement, lui dit: <« Tes péchés te sont remis. »

Depuis ce jour, elle se met à la suite du divin Maître et elle est introduite parmi ses disciples. On la retrouve à Béthanie chez Lazare, où Jésus étant venu, fit cette réponse significative aux plaintes formulées par sa sœur Marthe : « Marie a choisi la meilleure part qui ne lui sera a pas ôtée. » C’est elle qui, encore à Béthanie, obtint de Jésus la résurrection de son frère Lazare.

Six jours avant la Pâques, toujours à Béthanie, nous la voyons dans l’impatience de sa tendresse brisant le vase au col étroit contenant le nard le plus précieux et le versant non seulement sur les pieds de Jésus, mais encore sur sa tête, au grand scandale de Judas qui lui reprocha aigrement sa prodigalité. Notre Seigneur, prenant sa défense, dit alors qu’elle l’avait oint par avance en prévision de sa mort et que, partout où cet Evangile serait enseigné, il serait parlé de ce qu’elle avait fait.

Dès ce moment, Madeleine ne quittera plus Jésus. Dans le groupe des saintes femmes, elle assiste à toutes les angoisses de sa Passion.

Son cœur, embrasé d’amour et brisé par la douleur, ressent une à une toutes les tortures que l'on inflige à son adorable Maître. Elle se tient

(1) Voir le journal Le Monde, 6 octobre 1863.

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constamment aux pieds de la croix et apporte des parfums pourembaumei son corps. Le jour de la Résurrection, elle est la première, (c est-a-dire la première femme pécheresse, car l’Eglise et la tradition disent qu il avait déjà apparu à sa Sainte Mère), dom Guéranger l’affirme, à laquelle Notre Seigneur apparut sous la figure d’un Jardinier et, pendant que prosternée à ses genoux elle embrasse ses pieds sacrés, Jésus prononce ces paroles : Nolimetangere, en touchant le front de Madeleine avec deux doigts de sa main droite dont l’empreinte marquée par une petite portion de chair qui s’est conservée revêtue de la peau, se voit encore aujourd’hui au côté gauche de sa tête.

Après l’Ascension, Madeleine , toujours attachée aux pas de la divine mère de Jésus, suivit les apôtres et la petite communauté chrétienne (1). Ce fut seulement après que saint Etienne eût été lapidé que ceux-ci se dispersèrent en tous lieux pour y prêcher la parole de Dieu, et alors, d’après la tradition provençale qui a été conservée, non seulement par la liturgie de l’Eglise latine, mais encore par les Bréviaires d’un grand nombre d’églises et par celui de l’ordre de Saint-Dominique en particulier, Lazare, ses deux sœurs, Marthe et Marie ; Maximin, l’un des soixante-douze disciples ; Marcelle, suivante de Marthe; Gédon, l’homme aveugle que Jésus-Christ avait guéri, furent embarqués sur un vieux navire désemparé, sans voiles et sans gouvernail et qui devait s’ouvrir au premier choc des vagues; toutefois, avec l’assistance de Dieu, ils n’en abordèrent pas moins (2) sur la plage où se trouve aujourd’hui un hameau appelé indifféremment les Saintes-Maries, les Trois Maries ou Notre- Dame de la Mer. Le village est situé à l’extrémité occidentale de la Camargue, près de l’embouchure du Grau d’Orgon, à deux kilomètres environ de la rive gauche du Rhône. Maximin se dirigea vers Aix, Lazare se rendit à Marseille, Marthe à Tarascon, Marie Madeleine à la Sainte-Baume, les deux autres Marie avec leur servante Sara restèrent seules sur cette plage. Tous ces faits sont parfaitement établis par les magnifiques travaux de l’Abbé Faillou ; mais la science moderne ne s’est pas tenue pour battue, et M. Ernest Desjardins a cherché à établir dans son livre (3) que la zone littorale de la Camargue ne daterait que du quatrième siècle, et, comme le territoire des Saintes-Maries en fait partie, naturellement toute la tradition du campement de la famille de Béthanie se trouvait supprimée. M. Lentheric, par l’étude géologique et hydrographique des variations du littoral de la Camargue, démontre de la manière la plus nette que cette partie du littoral recule d’une manière lente et continue, et que ce régime est établi depuis plus de vingt siècles : ce qui renverse de fond en comble l’échafaudage élevé par M. Desjardins, et prouve sans réplique que les Trois Maries ont pu aborder cette partie de la plage l’an quarante de notre ère.

On croit qu'avant de se retirer à la Sainte-Baume, Madeleine, saint Maximin et ses compagnons de voyage évangélisèrent la contrée d’Aix et de Marseille. Sur les vitraux de la cathédrale de Moulins, on la voit administrant le baptême dans une grande cuve. Elle est entourée de

(1) Abbé Sagette.

(2) Les villes mortes du golfe de Lyon, par Charles Lentheric, ingénieur dus Ponls-ot-Chaussées. Paris, 1870.

(3) Aperçus historiques sur les embouchures du Rhône. Paris 1866.

néophytes qui attendent leur tour ; mais bientôt Madeleine, entraînée par son désir de se livrer à la contemplation et à la pénitence, se retira dans une grotte qui a reçu le nom de Sainte-Baume, en provençal (Sainte-Caverne) . Ce lieu est encore un lieu de pèlerinage et estsitué au bord d un affreux précipice. Au-dessus de la grotte habitée par la Sainte on voit le Mont Pilon, un pic de neuf cent quatre vingt dix-neuf mètres au-dessus duquel elle s’élevait sept fois par jour avec le secours des Anges (1).

Pendant les trente années passées dans le désert, elle ne communiqua avec aucun être humain, et elle n’avait pour vêtement que ses longs cheveux. Ce qui est exprimé d’une façon très originale et très pratique par des vers de Balthasar de la Barle, poète provençal, valet de chambre du cardinal de Bourbon :

Jamay per mauvais temps quejessa, ni f redura Aultre abit non avia que la son cabellura Que commo un mantel d’or, tant trains bels

[et blonds

La combria de la testa fine al bas des talions.

Jamais ni par mauvais temps ni par froidure. Elle n avait d autre habit que sa chevelure, Qui, comme un manteau d’or, tant ses cheveux [étaient beaux et blonds, La couvrait de la tête jusqu’au bas des talons.

Saint François de Sales (2), en son Traité de l’âme divine , s’exprime ainsi sur les ravissements et la mort de la Sainte :

a Sain te Madeleine ayant, l’espace de trente ans, demeuré en la grotte « que l’on voit en Provence, ravie tous les jours sept fois, et élevée en « l’air par les Anges, comme pour aller chanter les sept heures « canoniques à leur chœur ; enfin, elle vint à l’église en laquelle son « cher évêque, saint Maximin, la trouvant en contemplation les yeux « pleins de larmes et les bras élevés, il la communia, et tôt après, elle « rendit son bienheureux esprit qui, de rechef, alla pour jamais aux « pieds de son Sauveur, jouir de la meilleure part qu’elle avait déjà. « choisie en ce monde. »

Maximin embauma le très saint corps et le plaça dans un mausolée de marbre blanc que l’on montre encore aujourd’hui. Au VIII0 siècle, les religieux Cassiamistes chargés de la garde du tombeau, craignant une irruption des Sarrasins, retirèrent furtivement le corps de Madeleine et le déposèrent dans un autre tombeau enfoncé dans la terre. Il resta ainsi caché pendant cinq siècles. Charles d’Anjou, prince de Salerne, plus tard Charles II roi de Sicile et . comte de Provence, fils de Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, divinement inspiré, fit opérer des fouilles auxquelles le prince lui-même mit ses royales mains, et, le neuf décembre mil deux cent soixante-douze, le corps de la Sainte fut mis à découvert ainsi que son chef, où Bon vit nettement l’empreinte des deux doigts de la main droite du Sauveur et la langue conservée sans corruption qui portait une tige de fenouil verte, bien qu’on fût au neuf ou dix-huit décembre. « C’est cette langue, dit l’Abbé Faillon, qui avait annoncé la « première au Monde la résurrection du Sauveur. »

Il manquait à ce chef la mâchoire inférieure que Boniface VII fit apporter de Rome, et, comme elle s’adaptait parfaitement à la tête de la Sainte, ilia donna à Charles II. A cette époque, la garde des reliques fut confiée aux Dominicains et, depuis ce temps, se succéda sans inter-

(1) Voir les vitraux d’Auxerre, de Sablé et de Moulins.

(2) VH» vol. tom. II.

ruption au tombeau de Sainte Madeleine une foule innombrable composée de souverains, de grands personnages et de gens du peuple. Depuis Louis XI, tous nos rois tinrent à honneur d’y venir en pèlerinage et prodiguèrent leurs dons pour la construction du sanctuaiie de Sainte- Baume et de la grande église de Saint-Maximin, à laquelle les princes de la'maison d’Anjou travaillèrent pendant deux cents ans. Pendant le règne de la Terreur, le sacristain, Bastide, sauva de la profanation le chef de la Sainte, un os du bras et cette partie de chair aujourd’hui desséchée que la main de Jésus a préservée de la corruption. Quelques pauvres cultivateurs se cotisèrent pour se procurer une modeste châsse en bois doré, et c’est après que le chef eût reposé pendant cinquantesix ans dans cet humble asile, que Monseigneur Jordany, évêque de Toulon et de Fréjus, assisté de plusieurs autres archevêques ou évêques, le plaça dans un riche reliquaire de bronze et d’or, le vingt mai 1860..

Les Repenties et les Pénitentes devaient naturellement choisir sainte Madeleine pour leur Patronne. -Saint Magdalve, évêque de Verdun, vers le milieu du VIII0 siècle, fit construire une chapelle dédiée à sainte Madeleine et, tout autour, de petites cellules où les femmes pécheresses demeuraient pour y faire pénitence. En Allemagne et aussi à Metz, on établit des Religieux de Sainte-Madeleine et des Religieuses Madelonnettes. Au XIIIe siècle, le B. Bertrand de Marseille fonda les Religieux et les Religieuses de l’ordre de Sainte-Madeleine, on les appelait les Frères sachets et Religieuses sachettes, à cause de la forme de leurs habits qui ressemblait à un sac. En 1618, Louis XIII établit à Paris, sous le' nom de Madelonnettes, un asile de Filles repenties.

Dans le Manuscrit du XVe siècle, n° 102, de la bibliothèque de Lille, on trouve ce passage bien curieux : (1)

« Gomment sainte Madeleine vient au secours de ceux et de celles qui n’osent révéler leurs péchés. — On list que une créature fut quy, de honte ses péchiers confesser n’osait, mes en escript les mit, et puis, sur l’amtel de la Magdeleine, desoubz le nappe les bouta dévotement, priant la Magdeleine qui viers Dieu grâce de remission luy empetrats (lui obtienne) : lors celle créature vit cette cédule en l’air hault lever, et tantos requier, (et un moment après, l’ayant demandé) dont les prist, et dedens regarda, et toute planée le trouva (2) : et ensiueuvant (ensuite) entendi que grâce de Dieu lui estait fete. »

Celle que Raban Maur appelait : La Dévote parfumeuse de Jésus-Christ , avait trop de droits à être réclamée par les Parfumeurs pour qu’il soit nécessaire d’expliquer ce patronage. Aux Parfumeurs se sont joints les fabricants des produits qui se vendent ordinairement dans les parfumeries, les Gantiers , les Poudriers , les Boursiers, puis les Gaîniers qui confectionnent les étuis pour renfermer ces objets et enfin les Mégissiers qui préparent les peaux pour les Gantiers et pour les Gaîniers.

Gabriel Peignot, dans sa notice sur les saints Patrons (3), explique

(1) Recueilli par M. le baron de la Fons-Mblicocq. — Annales archéologiques, tom XVII0 p. 176.

(2) Ce passage prouve qu’au XVe siècle, les tablettes enduites de cire étaient encore fort en usage.

(3) Voir Calendrier des Confréries de Paris. Paris, 1875, Appendice, p. 143.

ainsi le patronage des Cardeurs : « Sans doute, dit-il, à cause de leurs amas de laine. » C’est un affreux calembour ; mais il y a bien d’autres patronages qui ne sauraient être expliqués autrement.

Celui des Jardiniers est un souvenir de l’apparition de Notre Seigneur a Madeleine le jour de sa résurrection.

Quant aux Femmes mariées , sainte Madeleine paraît leur avoir toujours prêté son assistance. Nous n’en citerons que deux exemples recueillis ci environ seize siècles de distance. Le premier est puisé dans une légende (1) qui se trouve dans la Légende dorée, qui a été citée par d autres auteurs, que Giotto a représentée à la fresque sur les murs du Bargello à Floience et qu on trouve également sur les vitraux d’Auxerre.

Lorsque Madeleine évangélisait à Marseille, un prince du pays et sa femme refusaient de lui donner l’hospitalité ainsi qu’à ses compagnes. Madeleine leur apparut pendant la nuit et les menaça delà vengeance du ciel; s ils persévéraient plus longtemps dans leur dureté. Ils se décidèrent enfin à loger les apôtres. Le prince qui refusait de croire à la doctrine chrétienne et qui n avait pas d’enfant, dit à la Sainte qu’il croirait en Dieu si elle lui en obtenait un par son intercession près de lui. La princesse devint enceinte.

Le prince forma le projet d’aller trouver saint Pierre, à Rome, pour savoir si tout ce que lui racontait Madeleine était véritable. Dans la traversée, la princesse accoucha d’un fils et mourut après sa délivrance. Le prince fit transporter le corps de sa femme enveloppé de son manteau sur une petite île déserte et, ayant imploré sainte Madeleine , il y déposa aussi 1 enfant pour n’avoir pas la douleur de le voir périr dans le navire faute de moyens pour le faire allaiter. Arrivé à Rome, le prince vit saint Pierre qui le conduisit à Jérusalem et lui fit visiter tous les lieux saints. Après deux ans de séjour dans ces contrées, le prince fit voile vers Marseille et, en passant devant l’île déserte, il fut bien surpris de retrouver sa femme vivante ainsi que son fils. Elle lui raconta que sainte Madeleine avait toujours veillé sur elle et qu’elle lui avait même fait visiter la Palestine, tandis que saint Pierre la lui faisait visiter à lui-même. Ils remontèrent l’un et Pautre sur le vaisseau avec l’enfant et arrivèrent comblés de joie à Marseille où ils se firent baptiser.

Le deuxième exemple est puisé dans les lettres patentes du quatre février mil six cent vingt-quatre par lesquelles « Louis XIII voulant « seconder la piété de Marie de Médicis et celle d’Anne d’Autriche qui « invoquaient particulièrement Sainte-Madeleine pour obtenir du ciel la « naissance d’un Dauphin (qui fut Louis XIV) permit à ces reines de « faire ouvrir les châsses de sainte Madeleine et d’en retirer des reli- « ques. »

Sainte Madeleine est certainement la plus populaire de toutes les saintes et il n’eut pas été étonnant que les Vignerons des contrées du Midi l’eussent choisie pour Patronne ; mais nous croyons qu’il faut attribuer à ce patronage une origine plus directe. On connaît un cépage très précoce, que les Méridionaux, d’après l’Abbé Faillon, appellent Magdaleneus et que, dans le Centre, nous désignons tout simplement par le nom de Madeleine. Il produit un raisin qui est mûr à la fin de juillet et le plus souvent le vingt-deux de 'ce mois, jour de la fête de notre

(1) L’Abbé Faillon refuse de l’admettre.

Sainte ; pour ce motif, on lui a donné son nom. C’est évidemment cette circonstance qui a déterminé les Vignerons et, à leur suite, les Tonnelliers et les Marchands de vin à réclamerla protection de sainte Madeleine.

Le motif du patronage des Etaimiers et des Plombiers n’est pas facile à préciser. D’après l’abbé Faillon, René de Savoie, grand Sénéchal de Provence et lieutenant pour le Roi dans ce pays, se chargea de faire exécuter à ses frais tous les vitraux de l’église de Saint-Maximin, et à cet effet, comme c’était apparemment dans la Lorraine qn’on fabriquait alors les plus beaux verres de couleur, envoya, en mil cinq cent vingtet-un, dans cette province, le sieur Didier de la Porte, painctre et verrier, pour y acheter les verres, plomb et esteing nécessaires pour les verreries de Saint-Maximin.

De nombreux ouvriers Etaimiers et Plombiers durent séjourner un certain temps dans le pays pour organiser les importantes verreries de la grande église. Ne pourrait-on pas supposer qu’enthousiasmés par les récits merveilleux de sainte Madeleine, ils aient désiré la prendre pour Patronne et en outre aient préconisé son patronage dans d’autres contrées ?

A Saint-Paul-en-Cornillon, canton de Chambon, arrondissement de Saint-Etienne (Loire), on fait toute l’année un pèlerinage à sainte Madeleine pour les petits Enfants malades.

D’après les Esquisses marchaises (p. 62 et 64), dans la commune de Parsac se trouve unefontaine appelée la fontaine de la Madeleine : Naguère encore on y plongeait les petits Enfants pour leur donner de la force aux jambes.

Dans la commune d’Alleyrat (arrondissement et canton d’Aubusson), au village de la Salesse , existe un petit oratoire en plein air dédié à sainte Madeleine, dont l’origine paraît fort ancienne, on le trouve mentionné sous le nom de la Chapelle de la Salesse dans un acte du XVe siècle. Près de cet oratoire et au pied même du monticule sur lequel il est bâti, coule une source dont les eaux fraîches et limpides ne tarissent jamais. Ses eaux guérissent de la Fièvre.

Dans le Calendrier de Sarragosse, sainte Madeleine estqualiüée : Abogado de la Peste, avocate contre la Peste. En outre, un cantique catalan (goigs) indique qu’elle est invoquée contre la Lèpre :

Quant Cerrera dels Leprosos Patrona ne feu pensaria Que en voi remei trobaria La Lepra dels viciosos :

Per mes sia cangrenosa Curaula per vostre amor.

Quand Cerrera (ville de Catalogne) Vous prit pour patronne des Lépreux Elle crut trouver en vous un remède Contre la Lèpre des vicieux :

Quelque gangreneuse qu’elle soit Guérissez-la par votre amour.

Sous Louis XY, d’après l’abbé Faillon, la Peste, ayant éclaté à Marseille, se répandit bientôt jusqu’aux portes de Saint-Maximin sans attaquer cependant cette ville. Touchés d’une protection si visible du ciel, les habitants de Saint-Maximin résolurent de s’engager alors par un vœu solennel, si Dieu les préservait jusqu’à la fin de la contagion, à faire chaque année une procession générale à laquelle on porterait les saintes reliques et à aller processionnelleinent à la Sainte-Baume. Après la cessation du fléau, le prieur et les religieux approuvèrent le projet de ce vœu par délibération du cinq février mil sept cent vingt-et-un ; mais, comme on craignait d’être obligé de demander chaque année aux religieux leur agrément, la ville ne fit point le vœu, malgré le désir qu’elle en avait.

La date du vingt-deux juillet, sous le nom de la Madeleine, est encore, dans le Midi el dans le Centre/ un terme assigné pour le paiement des baux et des locations.

Sainte Madeleine est représentée ordinairement tenant à la main un vase de parfum. L’abbé Méry, d’après la Revue Britannique, se récriait, avec une pieuse indignation, contre cet air de galanterie par lequel les peintres de son temps croyaient devoir caractériser Marie- Madeleine. D’après cette môme Revue, « les figures isolées de cette Sainte sont presque toujours mauvaises d’expression. Celles de l’école de Venise ressemblent à des courtisanes ; celles de l’école Florentine, à des amantes délaissées; les peintres Bolonais en font une Niobé sentimentale et les Français, une femme moitié galante. »

Il est certain qu’en voulant représenter sainte Marie-Madeleine, les artistes ne se sont souvenus que de la première période de sa vie pécheresse et qu’ils ont complètement négligé ce caractère de pénitence et de repentir qui devait être la véritable auréole de la seconde période.

Ordre de] Sainte -Madeleine. — Un gentilhomme breton, Jean Chesnel, proposa l’institution de cet ordre au roi, Louis XIII, en l’année mil six cent quatorze. Il était destiné à empêcher les duels et les querelles parmi la noblesse. La marque de cet ordre est une croix fleurdelisée dont la branche inférieure est terminée par un croissant. Cette croix est contournée de palmes disposées en cercle, naissantes des fleurs de lis. Au milieu, l’image de sainte Madeleine. Le collier est formé avec des lacs d’amour divin, entremêles des lettres LAM, Louis xm, Anne d’Autriche, Madeleine. La devise de l’ordre était : L’amour de Dieu est pacifique.

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