‹ Les Saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoques dans les maladies et dans les circonstances critique de la vieChapitre 96 sur 724 · VIERGE · texte numérisé non relu

VIERGE

Xll« ET XIU» SIÈCLE.

Invoquée pour la Conversion des Pécheurs, la Eonne Mort, la Délivrance des Ames du Purgatoire, dans les Affaires difficiles et douteuses tant au temporel qu’au spirituel; contre les Maladies du Bétaü, les Malaaies contagieuses et les Maux incurables.

Christine naquit en 1150 à Saint-Trond, ville de l’évêché de Liège. Elle fut élevée dès l’âge le plus tendre dans la crainte et l’amour du Seigneur. Après la mort de ses parents, Christine et ses deux sœurs gérèrent en commun le domaine paternel et elle fut affectée à la garde des Troupeaux. Quelque méprisées que soient ces humbles fonctions, elle ne les exerça pas moins pendant dix-sept années, sans jamais proférer une plainte ni témoigner le plus petit signe de mécontentement. Placée toujours en face des œuvres de Dieu, son âme s’élevait chaque jour de plus en plus par la contemplation vers le créateur de tant de mei veilles. Elle priait sans cesse, et si elle se rattachait encore aux choses de ce monde, c’était seulement pour se préoccuper des pauvres, des infortunés, surtout des Ames du Purgatoire et des malheureux Pécheurs.

Mais bientôt elle tomba malade et mourut à trente-deux ans. Son corps fut porté le lendemain à l’église de Notre-Dame de Saint-Trond au milieu d’une foule immense. Au moment où le prêtre achevait YAgnus Dei, la morte commença à se mouvoir et, se dressant tout à coup, elle s’éleva avec rapidité, vint se poser sur une des poutres transversales de l’église, où les yeux de l’assistance la suivirent, frappée de si grande terreur que tout le monde se précipita hors de l’église, excepté la sœur aînée de Christine et le prêtre officiant. Celui-ci, aussitôt la messe terminée, lui ordonna au nom du Dieu vivant de descendre ; elle obéit à l’instant et parla.

D’après ce qu’elle raconta à ses parents, à peine son âme eùt-elle quitté son corps que les Anges la transportèrent dans un lieu de ténèbres et d’horreur, où une quantité innombrable d’âmes enduraient des supplices terribles. C’était le Purgatoire... Elle fut alors transportée devant le trône de Dieu. Il lui proposa, ou de jouir immédiatement dans son sein de la béatitude éternelle, ou de retourner dans son corps sur la terre, d’y souffrir les peines d’une âme immortelle dans un corps mortel, que les souffrances ne pourront cependant pas détruire , dans le but unique de délivrer par ce supplice toutes les âmes du Purgatoire qui venaient de lui inspirer une compassion si douloureuse. En outre, Dieu promettait que, par le spectacle de sa vie sainte et souffrante, elle détournerait du mal les âmes encore vivantes et les ramènerait à lui. Sans balancer un instant, elle choisit le douloureux retour sur la terre et, à peine futelle revenue qu’elle embrassa la plus austère vie possible; elle se préoccupa uniquement de réaliser sur son propre corps les souffrances qui pouvaient racheter un si grand nombre d’âmes. Ses nuits se passèrent en prières et en mortifications expiatoires. On l’entendait très souvent pousser des soupirs qui fendaient le cœur et des flots de larmes amères

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coulaient continuellement de ses yeux. Elle ne vivait que d’aumônes qu’elle allait elle-même mendier de porte en porte. Elle établissait sa demeure dans les lieux les plus écartés, dans les bois les plus inaccessibles. Souvent elle se plaçait sur les arbres les plus eleves, sur le sommet des tours, sur les toits des églises, quand elle voulait se plonger dans les méditations célestes. Son corps avait alors 1 agilité et la souplesse de l’oiseau. Elle n’était évidemment plus un corps dans les conditions ordinaires. . ... , . , n ~

Un des supplices habituels qu’elle lui infligeait était celui du feu, afin d’être plus semblable aux âmes du Purgatoire. On la voyait entrer souvent dans des fours brûlants destinés à la cuisson du pain, ou bien elle se jetait dans le foyer allumé d'une habitation ; elle y maintenait ses bras ou ses jambes, ses mains ou ses pieds assez longtemps poui les réduire en cendres. D’autres fois, elle se précipitait dans des chaudièies en ébullition. Elle souffrait ainsi des douleurs inouïes ; mais, selon la promesse de Dieu, son corps se retrouvait sain et intact en en sortant. De même pendant les froids les plus rigoureux, elle restait plongée, des nuits et des jours entiers, dans les eaux glacées des étangs et des rivières. Elle allait se placer sous les roues des moulins à eau ; l’eau et les glaçons tombaient avec violence sur sa tête et sur tous ses membres , non contente de cela, elle se jetait dans le courant qui l’emportait jusqu’aux roues par lesquelles elle était entraînée circulairement, comme broyée, mutilée. On entendait ses cris de douleur, et cependant ce n était pas encore assez, caron la trouvait ensuite fréquemment suspendue aux potences où les voleurs et les brigands souffraient, pendant un ou deux jours, les angoisses effrayantes de l’agonie produite par la strangulation. Elle trouvait ailleurs, dans les cimetières, un autre mode d’expiation, en passant des journées entières couchée avec les cadavres en pourriture. Tout cela, tellement contre nature, frappait le peuple de stupeur. Le bruit courut bientôt que Christine était possédée de plusieurs démons et que toutes les merveilles opérées par elle, étaient les œuvres du Diable. Ses amis et ses sœurs même subirent l’influence générale. Celles-ci, pour mettre fin à un état de choses qu’elles déploraient profondément, s’emparèrent de sa personne et l’attachèrent à un billot avec de lourdes chaînes ; mais une nuit, les chaînes se rompirent tout à coup. Christine , ayant recouvré sa liberté, s’enfuit au fond des bois les plus épais et vécut sur les arbres de la vie sauvage des oiseaux. Elle y subit toutes les tortures de la faim. Dieu vint à son secours ; il la nourrit miraculeusement. Ses parents, après neuf semaines de recherches, la retrouvèrent, la saisirent et l’enchaînèrent étroitement ; mais Dieu brisa de nouveau ses fers ; elle gagna la ville de Liège. Ses sœurs, ayant appris le lieu de sa retraite, lancèrent contre elle un homme dur et impitoyable. Ce furieux, dans l’espoir d’une riche récompense, la poursuivit de retraite en retraite et, étant parvenu à la rencontrer, lui brisa une jambe avec une lourde massue. Dans cet état, elle fut liée sur une charrette et ramenée à ses sœurs. Gomme on connaissait sa force extraordinaire, on l’enferma dans une chambre solidement maçonnée en l’attachant à la muraille avec des chaînes ; Dieu la guérit, la délivra encore cette fois miraculeusement et elle en sortit.

Alors, de guerre lasse, ses sœurs la laissèrent vivre désormais selon ses. inspirations, sans comprendre qu’elle travaillait et souffrait pour la

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Conversion des Pécheurs et la Délivrance des âmes du Purgatoire Elles auraient pu s’en rendre compte, car dès que Christine apprenait qu'un Pécheur était atteint dune maladie mortelle, elle redoublait à l’instant ses pénitences et ses tortures, les olfrant à Dieu pour obtenir sa conversion. En outre, elle allait le trouver, lui mettait sous les yeux ses tautes les plus secrètes, ses crimes les plus cachés, lui parlait surtout des souffrances incompréhensible de l’Enfer, et le malade, au milieu de ses angoisses, réclamait un confesseur avec une ardente impatience. Enfin, après quarante et un ans de martyres inouïs , de merveilles incompréhensibles, d actes de charité les plus héroïques, Christine rendit son ame à Dieu dans le couvent des religieuses Bénédictines.

Des miracles sans nombre se produisirent à son tombeau. En 1231, les Bénédictines, ayant quitté leur couvent de Saint-Trond, allèrent habiter le cloître de Milen, plus vaste et plus isolé. En 1249, à la suite d un avertissement céleste, le corps fut exhumé et placé en un lieu élevé tout près de l’autel. Plus tard, elles firent bâtir en son honneur une jolie chapelle où elles déposèrent ses reliques dans une châsse de cuivre, puis elles obtinrent de l’autorité ecclésiastique la permission de célébrer tous les ans la tête de sainte Christine le 24 juillet. Ce jour-là, les chemins qui conduisaient au cloître de Milen, étaient littéralement encombrés par les pèlerins qui venaient invoquer la Sainte pour leurs affaires spirituelles et temporelles.

Pendant la Révolution, les Bénédictines furent obligées d’émigrer, emportant avec elles les reliques de sainte Christine. A leur retour, ayant trouvé leur couvent détruit en partie, elles se réfugièrent dans une petite campagne à Nieuwerkerken, à environ une lieue de Saint- Trond. En 1833, il ne restait dans cette maison qu’une seule habitante qui, en mourant, remit le corps de sa bien-aimée patronne aux Rédemptoristes de Saint-Trond. L’Office de sainte Christine l’ Admirable ayant été approuvé par Sa Sainteté Pie IX, Monseigneur de Montpellier, évêque de Liège, procéda, le 1er juin 1863, à la reconnaissance solennelle des reliques et constata leur identité.

L’invocation adressée à sainte Christine contre les Maladies du Bétail a trait à l’époque où elle gardait les troupeaux de la famille. Quanta celles pour la Conversiondes Pécheurs , pour la Bonne Mort, pour la Délivrance des Ames du Purgatoire , on doit attribuer leur origine aux préoccupations uniques et constantes qui dirigèrent la vie tout entière de l 'admirable Sainte.

Les actes inouïs de sainte Christine se présentent sous un aspect tellement extraordinaire qu’on a dû lui supposer un pouvoir capable de dénouer toutes les difficultés et de surmonter tous les obstacles ; c’est pourquoi on l’invoque dans les Maladies incurables, dans les Maladies contagieuses et enfin dans les Affaires difficiles et douteuses tant au temporel qu’au spirituel.

A cause de la facilité qu’elle possédait pour s’élever et aller se placer sur des arbres, sur des clochers et autres points culminants, on la nommait habituellement la Sainte Volante, et aussi la représente-t-on avec des ailes.

(Petits Bollandistes,d’ après une traduction duFlamand, (R. P . Henckens, rèdemplorisle,) par A. Giron père. Bruxelles, 1866). — Supplément du 9e volume).

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