‹ Les saints stylitesChapitre 4 sur 161 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Se DYMÉON STYLITE L'ANCIEN :

S1. Les Vies de S. Syméon.

La première impression que produit l’histoire de Syméon Stylite est celle d’un récit d'imagination fortement teinté de couleurs orientales οἱ sans attaches sérieuses avec la réalité. Et l’on est tout surpris de constater que les souvenirs de cette vie merveilleuse nous sont racontés non par quelque pieux

romancier, comme il y en eut dès les temps antiques, mais dans une série de documents historiques, qu’il faut savoir lire, sans doute, mais qui permettent de retracer avec sûreté la physionomie du personnage.

Ἡ nous est parvenu, du grand Syméon, trois biographies anciennes, dont la première en date remonte plus haut que la plupart des monuments hagiographiques les plus autorisés, puisqu'elle a été écrite du vivant même du saint. Et par une rare fortune, ce n’est pas à un écrivain obscur et peu renseigné que nous sommes redevables de ces mémoires. Théodoret, l’évêque historien, l’homme mêlé aux principaux événements

ecclésiastiques de son temps, est l’ami et le protecteur de

celui dont il écrit la vie, et son admiration est puisée dans le spectacle de cette extraordinaire existence.

Après la mort du saint furent écrites deux autres biographies, la Vie grecque, attribuée à un disciple du nom d’Antoine, et la Vie syriaque, qui, il est vrai, n’atteignent pas ce degré d’autorité, mais renferment bien des détails nouveaux garantis par de bons témoignages.

La relation de Théodoret forme le chapitre XXVI de Ja Φιλόθεος "Ἱστορία, l’histoire des ascètes syriens de l’époque ?,

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II LES SAINTS STYLITES κελάρι

Les vingt premiers chapitres sont consacrés à des solitaires qui ont déjà reçu leur récompense ; les suivants racontent les combats des athlètes encore en vie. La notice de Syméon, Συµεώνης, comme Théodoret l'appelle, se termine par ces mots : «Je ne me suis pas proposé de tout écrire, mais de montrer, par quelques traits, quelle a été la caractéristique de sa manière de vivre. D’autres, sans doute, en diront beaucoup plus, et si sa vie se prolonge, ils auront de plus grands miracles à raconter 1.» Telle est la conclusion dans la plupart des manuscrits et dans nos éditions. Quelques manuscrits la remplacent par un court chapitre où se trouve résumée la dernière partie de la carrière du stylite?. La mort est racontée en quelques phrases qui ne tranchent pas sur le style de Théodoret : ᾿Επειδὴ λοιπὸν αὐτὸν ἔδει συνεῖναι Χριστῷ καὶ τοὺς τῶν ἀμετρήτων ἀγώνων στεφάνους χοµίσασθαι, τὸ μὲν ἄνθρωπος εἶναι τῷ θανάτῳ τοῖς οὐ πιστεύουσιν ἐβεβαίωσε», ἔμεινεν δὲ καὶ μετὰ τελευτὴν ἀκλινής, καὶ τὸν μὲν οὐρανὸν ἡ φυχἠ κατειλήφει, τὸ δὲ σῶμα πεσεῖν οὐδ' οὕτως ἠνείχετο, GA ὅρθιον ἐν τῷ τῶν ἀγωνισμάτων εἰστήκει τόπῳ, ὥσπερ ἀήττητος ἀθλητὴς μηδενὶ τῶν μελῶν µέρει τῇ γῇ προσφαῦσαι φιλονεικῶν. La même main qui a écrit cet appendice doit avoir ajouté, au chapitre XVII, un passage sur une prophétie du saint. Comme ces parties sont indépendantes des autres sources qui nous sont connues, il est naturel de penser que la famille des manuscrits qui les contiennent représente une édition complétée peu après la mort de Syméon, peut-être par Théodoret lui-même ὃ, L'étude des témoins de la tradition — étude à peine commencée — mènera, semble-t-il, à cette conclusion, qu’à tout le moins, l'édition complétée remonte très haut.

Antoine, l’auteur d’une seconde Vie grecque de quelque étendue, se dit également témoin oculaire et disciple de Syméon. Jusqu'en 1907, où A. Papadopoulos-Kerameus édita

1 BHG. 1680.

3 BHG. 1681. Cette conclusion a été publiée d’après le manuscrit de Vienne, Hist. gr. 109. Gentien Hervet, le traducteur de la Φιλόθεος “Ἱστορία, l'avait également trouvée dans le sien ; de même Métaphraste, l’auteur de la Vie BHG. 1686-87.

#* L'année de la mort de Théodoret est inconnue. GENNADE, De viris illustribus, 90, dit simplement qu’il est mort sous l’empereur Léon.

S. SYMÉON STYLITE L'ANCIEN ji

cette Vic d’après un seul manuscrit 1, ila fallu se contenter de la Lire dans la traduction latine des Acta Sanctorum ?, publiée à une époque où l’imprimeur des Bollandistes n’était pas encore suffisamment outillé et pourvu de caractères grecs. Elle a été éditée par M. Lietzmann d'après neuf manuscrits : À (Paris. gr. 1468), B (Paris. gr. 1506), C (Vatic. gr. 1673), D (Vatic. gr. 1631), E (Petropolit. gr. 213), F (Paris. gr. 1454), G (Vatic. Barb. 517), X (Vatic. gr. 797), Y (Vatic. Ottob. 1). L'éditeur s’est heurté aux difficultés ordinaires de la tradition manuscrite des textes hagiographiques, compliquée comme à plaisir, par des remaniements et des retouches successives, qui rendent la plupart du temps impraticable la reconstitution de la forme primitive. Deux groupes ont été reconnus : l’un formé des manuscrits ABCDEFG, l’autre de ΧΥ. Les textes représentés par ces groupes ont été imprimés intégralement. Dans l'impossibilité de collationner les manuscrits du premier groupe sur un quelconque d’entre eux, l’éditeur s’en est tenu à A, B, en ajoutant un choix de variantes des autres. :

Une vieille traduction latine *, dont deux manuscrits ont été collationnés, L (Paris. lat. 2289), M (Paris. lat. 3793), a été également imprimée et mist à contribution. Elle est, en bien des endroits, abrégée. M. Lietzmann 4 met toutes les coupures au compte du traducteur. Il ne nous paraît pas certain que celui-ci n’ait pas simplement suivi un exemplaire grec ayant subi des entailles, comme il arrive si souvent aux copistes d’en pratiquer dans les Vies des saints. La recension grecque dont il s’est servi se découvrira peut-être un jour, et elle pourrait aider à retrouver la rédaction primitive de certains chapitres, dont il semble que nous n’ayons que des remaniements. Voici un exemple. ;

Nos textes grecs racontent (ch. 14) que la mère de Syméon, après avoir perdu sa trace pendant vingt (ou vingt-sept) ans, apprend enfin quel es’ le lieu de sa retraite, CE rend aussitôt. Mais elle n’est pas admise à voir son fils. Elle essaie alors

1 BHG. 1684.

2 Act. SS., lan. t. I, p. 264-68.

3 BHL. 7956. s , CIE € Q) 17 “ Das Leben des heiligen Symeon Stylites (Leipzig, 1908), p. 201.

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sente dans des conditions analogues. On en signale deux manuscrits. Le Vaticanus Syr. 117 (A) remonteraït au Ve siècle, et serait donc postérieur de quelques dizaines d'années à Syméon lui-même. Le texte a été publié très défectueusement et paraphrasé, plutôt que traduit par Ét. Év. Assemani !. Le manuscrit du British Museum Add. 14484 (B), qui est du VIe siècle, a été employé par Bedjan 3. Le nombre des variantes est très considérable. L'ordre des parties, qui semble normal dans B,est bouleversé dans A. Ce dernier comprend bien quelques parties propres ; mais il est, en général, moins complet.

Qu'il ne puisse être question de retrouver la forme originale, il est à peine besoin de le dire. Mais on ne saurait nier que l’antiquité des témoins suffit à leur assurer une certaine considération 1ὰ où ils sont d'accord, ce qui est le cas le plus fréquent. M. H. Hilgenfeld a publié, dans le recueil de Lietzmann ὃ, une traduction du texte B, avec quelques variantes choisies de A. :

Dans ce dernier manuscrit la biographie est suivie d’une lettre du prêtre Cosmas à Syméon et d'une note où sont nommés les auteurs de la Vie syriaque, Syméon Bar Apollon et Bar Hatar Bar Udan “. Le manuscrit B a aussi son appendice. C’est la pièce intitulée : Préceptes et avis du bienheureux Syméon ÿ.

La principale question à résoudre est celle de la valeur historiqw, et subsidiairement, de la dépendance mutuelle des trois Vies de Syméon.

Théodoret, qui a été le confident de Syméon, souvent spectateur et parfois acteur des scènes qu’il décrit, a puisé aux meilleures sources les détails qui complètent son expérience personnelle, Sur le séjour du saint à Téléda, il a interrogé l'abbé du monastère, dont il a aussi connu un prédécesseur, l’abbé Héliodore, et il a eu bien des occasions, On le conçoit, de s’enquérir de certains détails auprès des disciples du saint.

De cette source de premier ordre il faut d’abord rapprocher la Vie syriaque. Cette longue pièce se recommande,

1 BHO. 1124 3 BHO. 1121 ME . ; . « Ce, p. 80-180.

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