LA VIE DE S. ALYPIUS LE STYLITE LXXXV
rir les malades. Il donne des conseils, aplanit les différends, réconcilie les ennemis, pratique toutes les œuvres de miséricorde. Un jour, pour aider un mendiant, il jeta sa tunique du haut de la colonne, et demeura grelottant de froid jusqu'à ce qu'un des reclus s’en aperçût et vint à son aide. Sa réputation de sainteté rejaillissait sur ses disciples. C’est au point qu'on venait les arracher à leur solitude pour leur confier le gouvernement des églises vacantes.
Après cinquante-trois ans, la moitié de son corps fut paralysée. Pendant les quatorze années qui lui restaient à vivre, ses pieds lui refusèrent leur service, et il dut rester couché sur le côté. Α ces misères s’ajouta un ulcère quifit de lui un émule de Job. Lorsqu'il mourut, tout le monde voulut toucher son corps ; on eut de la peine à le soustraire à la dévotion du peuple, qui ne voulait point s’en séparer. Un énergumène fut délivré sur le tombeau du saint.
Le biographe, qui a été très sobre de détails sur les dernières années et sur la mort d’Alypius, ne nous en dit pas davantage sur le culte rendu au saint séylite. L'existence du monastère qui lui était dédié à Constantinople, montre que ce culte ne se renferma pas dans les étroites limites de sa lointaine patrie 1. Sa mémoire n’a cessé d’être en honneur dans l'église grecque, et maintenant encore, sous le nom de Stylianos, il est invoqué par les pieuses femmes qui vont lui demander les bénédictions de la maternité.
1 Une ancienne mosaïque de Saint-Marc de Venise représente d’une part S. Syméon Stylite, de l’autre S. Alypius. Boïro, La basilica di San Marco in Venezia (Venezia, 1888), p. 363.