LA VIE DE S. ALYPIUS LE STYLITE LXXXIIT
en route. Après quelques jours on s’aperçut de son absence. L'évêque se mit à sa poursuite, et le rejoignit à Euchaïta, le jour de la fête de S. Théodore. Ramené dans sa ville natale, il fut consolé par une vision où il apprit que là sont les lieux saints où le serviteur de Dieu se décide à vivre pieusement. Il se mit alors à la recherche d’un endroit isolé de la ville et des champs. Ce désert paisible, il crut l'avoir trouvé dans la montagne au sud de la ville. Mais cette montagne manquait d’eau. Il alla quérir une bêche et se mit à creuser le sol. Ce fut en vain. Découragé, il s’endormit, et vit venir à lui un homme qui lui indiqua un autre endroit à creuser. Il essaya, et bientôt l’eau jaillit. Aussitôt il court chez l’évêque, et lui demande de bénir la base d’un autel. L’évêque sembla tout approuver mais en cachette il fit obstruer la source, pour forcer le saint à quitter la montagne et à descendre dans la plaine plus près de la ville.
Le saint recommença ses recherches. Il y avait aux environs de la ville un désert rempli d'anciens tombeaux, repaire des démons et terreur des hommes. Alypius ne craignit pas de s’y engager, malgré tous les efforts de ses compagnons pour le détourner de son dessein. Ils le virent monter au sommet d’un de ces monuments abandonnés, lequel était surmonté d’une colonne, portant un animal fantastique, moitié taureau moitié lion. « C’est ici, dit-il, le lieu de mon repos », . et il retourna en ville chercher une croix et un levier. Au moyen de cet instrument, il jeta par terre le lion, et le remplaça par la croix. Il vit en songe deux hommes vénérables, dont on découvrit plus tard les reliques à cet endroit. | L'évéque étant allé trouver l’empereur, Alypius fut obligé de l’accompagner, et arriva avec lui jusqu'à Chalcédoine. Tandis que l’évêque s’embarquait pour Constantinople, il trouva moyen de se cacher sous les bancs de l’oratoire de Sainte- Bassa, voisin de la mer, et s’y endormit. Sainte Euphémie, la patronne de Chalcédoïine, lui apparut en songe et lui ordon- | na de se lever et de retourner dans son pays. Le saint obéit En souvenir de cette vision, il construisit une chapelle en l'honneur de la martyre qui s'était montrée à lui. Ne possédant rien, il fut aidé par ses amis qui lui procurèrent les ressources nécessaires. Quant à lui, il était tout entier à ses pratiques d’austérité et de piété. . Il songeait dès lors 4-monter
sur la colonne. Les vieillards lui persuadèrent de s’enfermer quelque temps dans une cellule étroite, où il habita deux ans, exposé aux plus terribles assauts des démons. Ceux-ci s’enfuirent définitivement, le jour où eut lieu la dédicace de la chapelle de Sainte-Euphémie.
Il y eut dès lors grande affluence de peuple autour de la retraite du solitaire, dont l’affabilité ne décourageait personne. S’étant aperçu que ce concours faisait du tort à son âme, il se décida à monter sur la colonne. Sur le chapiteau on avait fixé quelques planches. L’espace était insuffisant pour lui permettre de se coucher ou de s’asseoir. Il restait toujours debout, semblable à une statue d’airain, luttant avec la chaleur, le froid, la pluie et les vents, luttant aussi contre les démons qui de toute manière essayaient de le troubler, et lui lançaient des pierres.
Un jour il prie sa mère de lui donner une hache, et jette par terre le petit toit qui surmontait son abri. Sa mère se lamenta d’abord en voyant ces excès d’austérité. Mais Alypius lui fit comprendre qu’il souffrait pour le Christ, et elle n’hésita plus à l’approuver. Cette vaillante femme s'était fixée auprès de la colonne, dans une tente, et se dévouait au service de son fils, donnant aux pauvres tout ce qu’elle avait, distribuant même en aumônes l'argent nécessaire à leur entretien à eux deux.
Au pied de la colonne se réunirent quelques fidèles. La première à se choisir cette retraite fut une femme de distinction, nommée Euphémie, puis Eubula qui fut la première supérieure du couvent de femmes ; peu après ce fut Marie, la sœur du saint. Ἡ y eut aussi un groupe d'hommes, et il fallut construire deux monastères l’un pour ceux-ci, l’autre pour les femmes. La mère d’Alypius s'était jointe à la communauté des religieuses, mais sans prendre l’habit. A la suite d’une vision elle se décida à le demander à son fils. Sept fois le jour et la nuit le désert retentissait des louanges divines. Le stylite se joignit à la psalmodie des reclus qui entouraient la colonne, ainsi qu'aux chœurs des moines et des religieuses des deux monastères.
Des témoins affirment avoir assisté à plus d’un prodige, notamment d’avoir vu une lumière surnaturelle descendre sur le Stylite. On lui attribuuit le don de prévoir l'avenir, de gué-