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LA VIE DE S. LUC LE STYLITE CIII

rien dire à personne, il gagne le mont Olympe, où il se fait recevoir dans la laure de Saint-Zacharie. Le moine Pierre, qui en était le chef, lui confia l'office de cellérier. Durant trois ans, Luc s’acquitta de cet office, sans rompre le silence qu’il s'était proposé d'observer en l’honneur du patron du couvent. La nuit il sortait ct montait dans un arbre, où il récitait tout l'office. Un pèlerin le reconnut, et parla de lui au supérieur et aux moines. Pour échapper à la tentation de vaine gloire, Luc s'enfuit durant la nuit, se dirigea du côté d’une ville que l'écrivain appelle Kotvdecov — et qui serait peut-être Τοτταῖον. Il s'arrêta à Lagaina, où il loua ses services comme porcher, employant ses gages à faire l’aumône.

Après deux ans, revenu au pays, il se creusa dans la montagne une grotte obscure, dans laquelle il s’enferma durant deux ans et demi. Les démons mirent tout en œuvre pour lui faire peur ; il les repoussait par la prière et le signe de la croix. Autre épreuve. Il fut assailli par une multitude de poux, qui ne lui laissaient aucun repos. En se grattant, il provoqua des ulcères insupportables.

Lorsqu'il abandonna la grotte, il alla se fixer auprès d’un oratoire de Saint-Démétrius, situé dans les propriétés paternelles, et y bâtit une colonne d’environ 12 coudées. Son apprentissage de la vie de stylite fut particulièrement rude. Le terrible hiver de 933/934 le surprit sur sa colonne ; mais il résista à toute tentation de se donner quelque soulagement.

Après trois ans passés là-haut, il se sentit appelé à la capitale et entendit une voix qui lui ordonnait de s'établir sur la colonne «qui est près de Chalcédoine, dans le quartier d'Eutrope ». Il obéit sans hésiter. Avec l'autorisation et les bénédictions de l’évêque du lieu, Michel, il monte sur la colonne qui lui a été montrée, et y commence contre les passions et les puissances des ténèbres la lutte sans merci qui devait se prolonger de si longues années. C'était le 11 décembre

Une bonne partie de la biographie du stylite est consacrée . ax œuvres de charité accomplies durant cette période de sa vie : guérisons de malades de toutes les classes de la société, depuis le patriarche et autres grands personnages — ainsi le magistros Basile — jusqu'aux plus pauvres artisans, délivrance de possédés, interventions de toute sorte auprès des

puissants, auprès de l’empereur lui-même. Luc n’est pas seulement un homme bienfaisant : c’est un thaumaturge et un voyant. Ses miracles, il les opère le plus ordinairement par le moyen d’eulogies, pain bénit ou eau bénite, par un lambeau de toile qui a été à son usage, un morceau de sa ceinture, une croix qu'il fabrique de sa main. Pour éloigner le démon, il faut attacher au mur, en forme de croix, des bandes découpées dans son essuie-main. Toutes ces pratiques doivent être accompagnées de prières.

Lui-même d’ailleurs était occupé, nuit et jour, à chanter les louanges de Dieu. Nous savons qu’il était prêtre ; on ne nous dit pas s’il célébrait sur sa colonne les saints mystères. Mais il est plus d’une fois question de la direction des consciences et du ministère de la confession. Un clerc, du nom d’Euthyme, qui le visitait souvent, lui confiait ses pensées les plus cachées. Il ordonne à une femme de confesser ses fautes secrètes et applique le remède de la pénitence et de la satisfaction, διὰ uetaνοίας καὶ νηστείας. « Quel est l’homme chargé de péchés, » s’écrie le biographe, « qui l’a approché et n’a pas déposé aussitôt le fardeau de ses fautes et pris le joug léger de la pénitence en même temps que de sa compassion ? » Et il énumère ailleurs, parmi les bienfaits dont il était le dispensateur, la μετάνοια pour les pécheurs. |

Dans ces passages l’absolution n'est pas expressément indiquée. Il en est d’autres, fort curieux ceux-là, où il faut la reconnaître sans hésitation, mais sous une forme pour nous inusitée. Cyrus, qui avait rang de comte, étant malade, fait prier Luc de le délivrer de son mal. Luc lui fait connaître toute la gravité de son état et envoie dire qu'il lui accorde l’absolution des fautes qu’il a commises et qu'il a confessées 1. C’est l'absolution par message. Voici l’absolution par lettre. Lorsqu'Euthyme, clerc de la Nouvelle Église, se croit sur le point de mourir, il envoie demander l’absolution par écrit, συγχώρησιν ἔγγραφον, des péchés dont il a autrefois fait l’aveu. Le saint répond : «Τα ne mourras pas cette fois. Quant à l’absolution, elle te sera donnée de vive voix quand tu viendras me trouver après ta guérison 2. »

‘À Vita.S, Lucae, ο. 28.

? Vila S. Lucae, ο, 27.

LA VIE ΡΕ 5. LUC LE STYLITE ον

C’est sans doute du haut de sa colonne, qu’à la prière du patriarche Théophylacte, Luc travailla au relévement du monastère de Saint-Bassianos !, près du Deuteron. Ce monastère, qui remonte au VE siècle, nous est connu par les Actes de Ste Matrone ?, mais son histoire dans la suite-des siècles, est des plus obscures. Au dixième siècle, il était en décadence, et sans doute menacé de disparaître sans l'intervention du stylite, qui mit tout en œuvre, παντοίῳ τρόπῳ, pour le ramener à l'état des anciens jours. Sans que nous cennaissions le détail de son action, il réussit à ce point dans cette entreprise, qu'il mérite le nom de second fondateur : νέος κτήτωρ (233, 29). C'est à ce titre qu’il y reçut la sépulture, et que sa fête continua à s’y célébrer, le 11 décembre, jour de sa mort. et date commémorative de son ascension sur la colonne d’Eutrcpe : τελεῖται δὲ ἡ αὐτοῦ μνήμη ἐν τῇ µονῇ τοῦ ὁσίου Βασιανοῦ τῇ οὔσῃ πλησίον τοῦ 4ευτέρου, ἔνθα τὸ ἅγιον αὐτοῦ σῶμα ἀπόκειται ὃ.

2 Act. SS., Nov. t. III, p. 790-813.

3 Synax. Eccl. CP., p. 299. S. Luc a une notice, très peu exacte d’ailleurs, dans le Synaxaire copte, au 17 khoïiak, c’est-à-dire au 13 décembre.

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