LA VIE DE S. LUC LE STYLITE CI
teur de la Vie abrégée ait ajouté les indications chronologiques. Ἡ n'a certainement pas complété, au moyen de recherches personnelles, les lacunes de son texte par rapport au lieu de naissance et aux parents de $S. Luc.
Sous la lecon défectueuse des manuscrits, on retrcuve aisément la forme primitive : ἐκ γῆς ἀνατολῶν, θέματος ᾿Ανατολικῶν, χωρίου ᾽Αττυοκώµη, βάνδου {άμπης]. Les recherches de Ramsay permettent de reconnaître ᾽Ατυοκώμη ou ᾿Ατυοχώοιον bourgade’ de Phrygie, entre Medele et Orta-Keuï ; elle était du ressort de la garnison (βάνδον) de Lampé ?. Les deux localités appartenaient au thème des Anatoliques, de même l’évêché de Sébaste # (Sevasli), qui d’après la Vie, devait être voisin du lieu natal de S. Luc. 4 Cette topographie est trop précise pour n’avoir pas été fournie par une source écrite, et l’on peut en dire autant des noms du père et de la mère du saint, et de l'identification très exacte du patriar- ΄ che Théophylacte avec le fils de l'empereur Romanos. Nous connaissons assez les méthodes de travail des abréviateurs pour affirmer que cette source n’est autre qu'une recension de la Vie de S. Luc qui contenait tous ces détails. N'oublions pas que nous jugeons l’œuvre du disciple anonyme d’après un seul exemplaire ; qu’il en a existé d’autres ; que l'allure habituelle de la tradition manuscrite des pièces hagiographiques permet de supposer que plusieurs de ces exemplaires diffèrent par des variantes importantes, par des lacunes, par des additions. L'existence d’une recension plus complète sur certains points que celle qui nous reste est attestée par les résumés, et nous pouvons affirmer que de la Vie de S. Luc on a possédé au moins deux recensions et une Vie abrégée, comme c'est le cas de celle de S. Daniel. Dire pourquoi le texte qui nous reste a été amputé serait très hasardeux. Ce ne sont pas les intentions de l’auteur que nous devons chercher à déméler ici, mais celles des copistes ou des reviseurs.
1Cf. VANDERSTUYF, t. ο., p. 184.
3 Ramsay, The Cities and Bishoprics of Phrygia, p. 227. Sur Βάνδον, voir Act. SS., Nov. t. III, p. 248.
3 RAMSAY, t. c., p. 981.
4 Vila S. Lucae, c.7.
$ 2. Esquisse de la vie de S. Luc.
S. Luc naquit en 879 à ᾿Αττυοκώµη, dans le thème des Anatoliques. Ses parents, Christophe et Calè, étaient riches et inscrits au rôle de l’armée. La guerre contre les Bulgares éclata, lorsqu'il avait 18 ans ; il fit la campagne. Ilse lia avec deux soldats, disciples d’un stylite, et commença, sous l’influence de leurs bons exemples, l’apprentissage de la vie ascétique. Les troupes impériales ayant été mises en déroute, à Bulgaraphygos, Luc se décida à embrasser la vie religieuse. Il alla trouver le stylite dont ses amis lui avaient souvent parlé, et se mit à pratiquer toute sorte d’austérités, se chargeant de chaînes et ne mangeant qu’une fois tous les huit jours.
Après six ans de ces exercices, il reçut la prêtrise. Aussitôt nous le retrouvons à l’armée, sans que l’on puisse savoir exactement en quelles conditions il l’a abandonnée, ni comment il y est revenu. Il semble y avoir passé six ans en qualité d’aumônier. Le biographe fait remarquer qu’il n’était pas au régime de la troupe, mais que ses parents pourvoyaient à son entretien : ses ressources passaient aux mains des soldats pauvres. Lui-même continua ses jeûnes, se contentant, pour toute nourriture, une fois par semaine, des saintes espèces et de quelques légumes. Une grande famine ayant éclaté dans son pays, il partit en secret et, à l’insu de tous, fit ouvrir aux pauvres les réserves de provisions faites par ses parents. Il distribua ainsi 4000 boisseaux de blé, sans compter les fourrages pour les animaux. Ce ne fut qu'après coup qu'il mit ses parents au courant de ses largesses. Ceux-ci l’approuvèrent. Il savait recourir à d’autres moyens de procurer des ressources aux pauvres. Un jour il fit croire à son père qu’il désirait s’assurer la possession de l’évêché de Sébaste, alors vacant. Il lui fallait 100 pièces d’or, que le père s’empressa de lui donner, mais qui furent immédiatement dépensées en aumônes. Le biographe, qui ne semble choqué ni du stratagème ni du marché simoniaque, proposé comme une pratique habituelle, se borne
à dire qu’au lieu d’un évêché terrestre, c’est la « métropole
céleste » que le saint ambitionnait.
Un jour il se décida à quitter son pays et sa famille. Sans