SAINT LAZARE LE GALISIOTE CVII
manuscrit qui lui servit de modèle, et il ne reste aucun espoir de les combler jamais. Telle qu'elle nous est demeurée, la Vie de Lazare est une des pièces hagiographiques les plus considérables que le moyen âge byzantin nous ait léguées, une des plus intéressantes aussi, car elle est pleine de choses, sobre de développements et d’une allure très vivante.
Le moine Grégoire écrit peu de temps après la mort de Lazare, pendant que le frère de ce dernier, Ignace, est à la tête de la communauté, entouré d’un bon nombre de disciples formés par le fondateur lui-même. Nous sommes bien renscignés sur ses sources. D'abord il sait bien des choses comme témoin oculaire, et c’est précisément la partie la plus importante de la vie du héros qu’il connaît le mieux. Sur sa première jeunesse, il a recueilli le témoignage du prêtre Léontius, qui fut quelque temps chargé de son éducation. Ailleurs il prend soin de nommer ses garants, et il y met une exactitude scrupuleuse, de sorte que nous voyons défiler une longue série de témoins dont l'identité est parfaitement établie, et dont beaucoup vivaient encore à ce moment.
Grégoire emploie aussi quelques documents écrits. Le plus important est sans doute celui que Lazare lui-même fit rédiger dans ses derniers jours, la διατύπωσις, ou règle monastique et charte de fondation tout ensemble, qui, suivant l'usage, débutait par une sorte d’autobiographie 1. Le document est résumé dans ses grandes lignes. On ne peut douter que Grégoire n’y ait puisé les détails très précis qu'il donne sur le voyage et le séjour du saint à Jérusalem ?. Un moine du nom de Photius lui remit un mémoire dont il fit usage. Il existait peut-être une collection d'instructions spirituelles, ou d’ ἀποκρίσεις recueillies de la bouche du saint. L'auteur ne s’y réfère pas expressément, mais il est difficile de croire qu'il ait résumé de mémoire ce qu’il dit de la doctrine du fondateur. Il cite la Vie de S. Arsène, pour dire que Lazare observait de la même manière que lui 1] ἀγρυπνία 3. Ilest curieux de constater, qu'ayant à parler du genre de pénitence adopté par le saint et consistant en une sorte de lourde cuirasse dont il se revêtait,
8 Vita S. Lazari, ϱ. 225.
l’auteur se serve, sans en avertir le lecteur, des termes mêmes
de la Vie de S. Étienne le Jeune, où semblable instrument est décrit’. Le procédé peut inspirer quelque inquiétude, et il y a lieu de se demander s’il n’a pas été appliqué en d’autres passages. Il faut évidemment en tenir compte dans l’appréciation des détails. Toutefois, n'exagérons rien. L'ensemble
porte les marques certaines de l'originalité ; toute une série
de traits réalistes sont pris sur le fait, et la physionomie du stylite se détache fort nettement. Notre auteur a incontestablement un fort penchant à la crédulité, et il abuse notamment de l'intervention diabolique ; il est de ceux qui voient le diable partout. Cela ne suffit pas à le discréditer là où son imagination avide de merveilleux n’a pu influencer son jugement. A cause de l'abondance de l’information, la Vie de Lazare peut être étudiée à bien des points de vue. Nous nous attacherons exclusivement à la vie du stylite.
Le patriarche Grégoire de Chypre (f 1289), bien connu comme hagiographe, a également laissé une Vie de S. Lazare *. Avec lui, nous sommes amenés sur le terrain de la rhétorique, et le titre de Βίος καὶ πολιτεία donné à son écrit devrait être changé en ᾿Εγκώµιον. La source de ses informations est avant tout la grande biographie du moine Grégoire. Il y fait un choix, reproduit avec un médiocre souci de l'exactitude le récit de ce dernier, et donne, sur quelques points, une version qui ne concorde pas avec celle du prédécesseur.
La négligence du rhéteur n’est probablement pas la seule explication à donner de ces divergences. Il peut avoir eu entre les mains une rédaction de la grande biographie altérée par des retouches, ou combiné avec sa source principale des traditions de date postérieure. Comme il se présente à nous, le panégyrique de Grégoire de Chypre a la valeur d'un monument du culte de 5. Lazare et c’est pour cela que nous l'avons publié, d’après l'unique manuscrit qui en reste, le Barberinus VI, 22 3: il peut être négligé comme document historique.
Le manuscrit de Lavra d’où l’on a tiré la biographie contemporaine, renferme aussi un résumé, qui a les allures d'une
1 Vita ο. Lazari, c. 35.
2 BHG. 980.
3 Anal. Bolland., t. XIX, p. 107.
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