‹ Les saints stylitesChapitre 79 sur 161 · LA VIE DU STYLITE ; CLI · texte numérisé non relu

LA VIE DU STYLITE ; CLI

construction. Retenons seulement que cette colonne n'était pas très élevée. Elle n’avait que le double de la hauteur d'homme 1. Un autre grand personnage, Gelanios, qui, après avoir persécuté le saint, devint son protecteur, lui en bâtit une seconde. La troisième fut élevée tout près de celle-ci par l’empereur Léon lui-même, en reconnaissance des prières de Daniel, qui lui avaient obtenu un fils. :

Ἡ vint lui-même inspecter les travaux. Les ouvriers, dit l'historien, acclamèrent l’empereur, qui leur donna une gratification 3. Ἡ 5ο rendit ensuite près du saint, et le pria de passer en sa présence sur la nouvelle colonne qui se trouvait prête. Daniel fit placer les échelles contre les deux colonnes et des planches sur deux échelons de même hauteur, et traversa ce pont à la vue d’une foule immense, que la visite de l’empereur avait sans doute attirée.

De sa première colonne, où il passa six ans à côté de son πιαῖtre Jean, S. Syméon le Jeune monta sur une colonne de quaran te pieds ; il y demeura huit ans. Au Mont Admirable où il se rendit ensuite, il se contenta pendant dix ans d’une sorte de piédestal rocheux : βασίδιον ἀπὸ ξηρολίθων. Il ne le quitta que pour la grande colonne, 6 µέγας στὂλος, dont nous ignorons la hauteur, et au sommet de laquelle il vécut quarante-cinq années encore ὃ. Le dernier changement de colonne se fit processionnellement en grande solennité 3.

ς Luc tit bâtir lui-même sa première colonne sur le domaine paternel, près d’un oratoire de S. Démétrius. Elle avait douze coudées de haut 5. La voix du ciel qui l’envoya à Constanti- . nople lui indiqua une colonne qui se trouvait là toute prête : Πορεύου, φησίν, πρὸς τὸν πλησίον Χαλκηδόνος κίονα τὸν ἐν τοῖς Εὐτροπίου κτήµασι ᾱ. C'est probablement de cette même colonne qu’il est question ailleurs : 6 ἐν τοῖς Εὐτροπίου στόλος 7. On peut croire qu'elle avait été bâtie pour un autre stylite, et qu’elle était en ce moment inoccupée.

1 Vita S. Danielis, ο. 26.

2 Vifa S. Dantelis, ο. 44: ἔδῶκεν αὐτοῖς βιβερατικά. 3 Vita S. Symeonis iun., C. 258.

4 Vita S. Symeonis iun., C. 111.

5 Vita S. Lucae, c, 10.

6 Vita S. Lucae, ο. 10.

1 Léon Dracre, Hist., X, 10, HASsE, p.109.

CLII LES SAINTS STYLITES j [

Dans la Vie de 5. Lazare, nous assistons à plusieurs migrations du stylite, et nous le voyons occuper successivement les colonnes dédiées au Sauveur, τοῦ Zwtñoos, à la Ste Vierge, τῆς Θεοτόκου, et celle qu’il consacra sous le vocable de la Résur- rection, τῆς ᾿ Αναστάσεως 1,

Il va de soi que toutes les colonnes ne se ressemblaient ni par les dimensions, ni par les matériaux, ni par les détails de la construction. Aucun hagiographe n’a songé à l'intérêt que pouvait offrir pour la postérité une description minutieuse de la colonne de son héros. En réunissant les détails dispersés dans les sources diverses, nous parvenons à reconstruire une colonne idéale dont celle de chaque stylite approche plus ou moins, sans en reproduire tous les éléments non essentiels. La colonne-type complète se compose des parties suivantes : les degrés pour monter à la base ; la base elle-même ; le fût ; le. chapiteau ; la balustrade ; la loge ou cellule placée au sommet.

Parlons d’abord des degrés, βαθμοί. La seconde colonne de S. Daniel en était pourvue. On voit les ouvriers transporter «les pierres des degrés, la base et la. colonne 2.» Voilà les parties distinctes nettement marquées. La troisième colonne avait aussi des βαθμοί. Des pèlerins reconnaissants ou suppliants montent les degrés pour embrasser la colonne 5%. Il y avait aussi des degrés à la colonne du stylite de Palestine qui, d’après Phocas, nourrissait des lions 4. |

On se tromperait en prenant ces degrés pour une sorte d’escalier fixe conduisant à la plate-forme, et permettant aux visi-

1 Acta SS., Nov. t. III, p. 506.

3 Vita S. Danielis, c. 30.

3 Vita S. Danielis, ο. 87.

4 Plus haut, Ρ. ΟΧΧΧΙ. La colonne dont. parle Jean Moschus, au chapitre cxxix du Pré spirituel, aurait également été pourvue de degrés : Veni ad gradus columnae, dit la traduction latine, P.G., t. LXXXVI, p. 2994. Le texte grec porte ἐλδὲ εἰς τὸ xouBoëxlor, ibid., p. 2993. Une erreur assez semblable fait croire que l’on . montait par des degrés jusque chez S. Syméon le Jeune. Une phrase de Jean Phocas: ἐν κίωνι βάσεις ἔθετο, a été traduite par Allatius : In columna gradus appinxit. Le P. JANNNINCK a traduit beau-

coup mieux: In columna vestigia seu pedes posuit. Acta SS., Μαϊ t. V, p. 300.

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k . LA VIE DU STYLITE CLIII

teurs d'approcher du stylite à toute heure, à celui-ci de descendre, s’il lui en prend envie.C’est toujours au moyen d’une échelle que se fait l’ascension de la colonne. Lorsqu'il consent à recevoir un pèlerin ou un disciple, le stylite ordonne d'amener l'échelle * ; lorsqu'il refuse de la faire appliquer, il faut renoncer à l’aborder. C’est ainsi que S. Daniel empêcha le patriarche Gennade, dont il avait des raisons de redouter la visite, de monter jusqu à lui. On a vu que sa première colonne était fort basse ; le biographe nous apprend que l'échelle correspondante avait dix échelons ?. Un des stylites du Pré spirituel n’avait pas d'échelle du tout ; on lui parlait d’en bas, avec certaines précautions quand on avait des secrets à dire. Un stylite essaya de descendre au moyen de la corde qui lui servait à remonter ses provisions. Mal lui en prit, et sans l’intervention miraculeuse de S. Lazare, il eût couru le plus grand danger 3.

On a affirmé que l’échelle était dressée en permanence contre la colonne de Syméon l’ancien, parce que la Vie syriaque semble parler d’un disciple préféré du saint qui passait toutes les nuits au sommet de l’échelle 5. Mais le contexte donne assez clairement à entendre qu’il ne veillait son maître qu’en temps de maladie, explication qui offre d’ailleurs plus de vraisemblance, et pleinement confirmée par le passage de la Vie de S. Daniel que nous avons cité plus haut. Lorsque les archimandrites se furent rendus au pied de la colonne, le saint ordonna aussitôt de dresser l'échelle, et pria ses visiteurs de monter 6, Théodoret aussi dit en termes exprès πω pour faire monter un visiteur, Syméon fit apporter l’échelle 7. L’escalier en spirale par lequel fut descendu le corps de S. Daniel ne fut établi qu’à l’occasion de ses funérailles δ.

1 Parexemple Vita S. Danielis, ο. 43; Vita S. Lazari, ο. 249; voir aussi Vita S. Lucae, c. 22.

2 Vita S.Danielis, ο. 28. C’est du moins la leçon 4 manuscrit V. Les autres disent : six échelons, puis quelques-uns en plus sans préciser.

8 Ch. 129, Ῥ. G., t. LXXXVII, p. 2998.

4 Via S. re CA1DI ee

5 Vie syriaque, c. 90.

ὁ Vita 5. Danielis, ο. 8.

8 Vita S. Danielis, c. 100. Sur une peinture de Mistra, G. MILLET,

Monuments byzantins de Mistra Sete 1910), pl. 150, 3, on voit deux

Nous avons quelque peine à nous figurer des hommes graves, des personnages éminents, des évêques, des patriarches, des empereurs même, dans la position singulière et quelque peu ridicule à nos yeux où ils sont forcés de se mettre pour approcher du stylite. On comprend difficilement ces conférences spirituelles, ces ouvertures de conscience, les bénédictions, les sacrements même reçus au sommet d’une échelle. Pourtant, ce point est si bien établi par les témoignages contemporains qu'il serait superflu d’y insister.

Une considération qui n’échappera à personne, c'est que la nécessité decommuniquer avec le dehors par le moyen d’une échelle mettait des limites à la hauteur des colonnes habitables. La difficulté de la manœuvre croît singulièrement avec les dimensions de la machine ; et s’il fallait, pour approcher du stylite, mettre en mouvement une échelle d’une quinzaine de mètres, il était efficacement protégé contre les importuns.

Il n’y a pas grand’chose à dire de la base de la colonne. Celle du grand Syméon est encore debout, et nous en avons donné approximativement la mesure !. Ilest bon de faire remarquer que le mot βάσις est souvent pris dans le sens de la colonne entière. Dans la Vie de Syméon le Jeune, par exemple, la première colonne du saint est souvent désignée sous ce nom. Or, ce n’était pas un simple bloc de pierre, mais une colonne presque complète 2. Mais ailleurs il s’agit d’une base proprement dite, et l’on voit une femme déposer son enfant muet ἐν τῇ βάσει τοῦ κίονος, il s’agit de la seconde colonne du jeune stylite 8,

Le fût était d’une ou plusieurs pièces, cela va sans dire, 6 suivant la hauteur de la colonne. La grande colonne de Syméon l’ancien était composée de trois tambours, en l'honneur de la très sainte Trinité, dit la biographie syriaque 4. Celle que l’em-

saints stylites anonymes. Dans chacune de leurs colonnes est pratiquée une porte étroite, comme pour donner accès à un escalier intérieur. Inutile de dire que c’est là une fantaisie de l’artiste.

1 Plus haut, p. CL.

2 Vila S. Symeonis iun., ο. 258 et passim, La première colonne’ du Mont Admirable, qui n’était à vrai dire qu’une Dee -est qualifiée de βασίδιον..

5 Vita S, Symeonis iun., ο. 42.

4 Vie syriaque, ο. 120.

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