LA VIE DU STYLITE CLV
pereur fit construire pour 5. Daniel était tout à fait remarquable. C'était une colonne double, formée de deux piliers juxtaposés, réunis par des barres de fer et une pièce de maçonnerie dont il est difficile de fixer la position 1. Au Xe siècle, cette construction était encore debout. L'auteur de la Vie de 5. Luc l’a vue ; il l'appelle στῦλον πυργοειδῆ. C'était donc une masse assez importante, offrant l’aspect d’une tour. Un personnage considérable, Cyrus, qui était poète, y grava, en reconnaissance d’un bienfait reçu, une inscription en vers dont le texte nous est parvenu ?.
La colonne était probablement toujours surmontée d’un chapiteau, ou au moins d’un abaque assez large. Le chapiteau est quelquefois expressément désigné, comme dans la Vie de S. Luc ὃ. Nous allons voir que parfois il y avait au-dessus de la colonne un petit abri pour lestylite. Il fallait, pour le placer, un espace plus étendu que le plan terminal d’un gros pilier. Lorsque le biographe de 5. Lazare s’extasie de le voir confiné sur son τρισπίθαµος στῦλος, on peut croire que son évaluation de trois empans (0,69 m) ne porte que sur le diamètre de la colonne, sans quoi on ne voit guère comment le stylite a pu faire le moindre mouvement 4. Alypius, devenu impotent, trouva assez de place pour se coucher 5. Parfois les stylites admettent des étrangers sur leur plate-forme. Il y en a des exemples certains. Ainsi l’évêque de Séleucie fait l’ascension de la colonne de S. Syméon le Jeune, pour la cérémonie de l’ordination. Il commence par se tenir en dehors, puis il entre à l’intérieur de la grille 8.
Les textes ne disent pas toujours très clairement que les visiteurs des stylites admis à les voir de près quittent les degrés supérieurs de l’échelle et mettent le pied sur la tablette.
1 Vita S. Danielis, ο. 47, Le biographe l’appelle : τυλάριον κατὰ µέσον τῶν δύο κιόνων. La métaphrase (ο. 28) porte στυλάριο, qui a été traduit par columnella. Cette leçon rend le passage inintelligible.
2 Vita S. Danielis, c. 36. Voir notre article Une épigramme de l’Anthologie grecque (I, 99), dans Revue des Éludes grecques, t. IX, p. 216-214. Plus haul, p. ΧΧΙΧ. |
8 Vila S. Lucae, ο. 13.
4 Vita S. Lazari, ο. 235.
5 Vita S. Alypii, ο. 25.
6 Vita S. Symeonis iun., ο. 134.
Sept jours avant sa mort, Daniel convoque les frères. Tous ne peuvent arriver jusqu’à lui; mais ceux qui jouirent de cette faveur se tinrent debout au sommet de l’échelle!. Il n’est donc pas bien certain que S. Théodose, lorsqu'il fut reçu par Syméon l’ancien ?, soit monté plus haut ; et il serait peu logique de conclure de cette visite, comme l’a fait Weingarten ὃ, que le stylite ne se trouvait pas trop mal à l’aise sur sa colonne.
Il ne faut pas se livrer à de longues recherches pour savoir que la plate-forme était entourée d’une balustrade ou d’un garde-corps. À ces hauteurs, un faux pas, un accès de vertige ou de sommeil pouvait avoir des conséquences fatales. Les histoires nous parlent bien de stylites tués par la foudre 4, ou entraînés dans la chute de leur colonne 5; mais nous ne connaissons aucun exemple d’un solitaire à qui le pied manque et qui tombe de son piédestal.
Les miniatures du manuscrit connu sous le nom de Ménologe de Basile 6 ont été exécutées à une époque où la race des stylites n’était pas éteinte. Elles pourraient donc nous renseigner sur certains détails de construction des colonnes, 5 il. n’était évident que,sur bien des points, la fantaisie de l’artiste s’est donné libre carrière. Pourtant, il n’est pas sans intérêt de constater que les trois sujets qui représentent des stylites ? offrent les deux principaux modèles de clôture dont les textes font connaître l’existence. Dans le premier et le troisième, c’est une espèce de grille à jour. Le second semble reproduire une paroi en planches qui fait songer à un tonneau, ou une cuvette, d’où l’on voit émerger le buste du stylite.
1 Vita S. Danielis, ο. 95.
2 UsENER, Der hl. Theodosios, p. 10.
5 Theologische Literaturzeitung, 1890, p. 147: « Nach der Biographie des Theodoros muss doch diese Säule sehr bequem gewesen sein, denn Theodosios... findet auf der Säule auch noch raum ïhn zu küssen und lange ο μα. mit ihm zu führen. » AP. USENER, loc. cit., p. 123.
ο Plus haut, p. cxxII.
5 Plus haut, p. cxxx.
ο Bibliothèque Vaticane, manuscrit grec 1613, publié en facsimilé, avec commentaire, par M. P. FRANCHI DE’ Par Il Menologio di Basilio I1, Torino, 1907, 2 vol. in-fol.
7 Au 1 septembre S. Syméon l’ancien, et au 11 décembre 5. Daniel et S. Luc,