L'HIVER
Quelle est donc , vous demandera-t-il d’abord, cette traînée blanchâtre, qui semble partager le ciel en deux? on dirait un léger nuage, perdu dans les profondeurs du firmament.
La Voie lactée. — Comme de toutes nos facultés, l’imagination est la plus impatiente, — elle est si voisine de l’enfance ! — c’est elle qui demandera la première à être satisfaite. Cela est vrai pour l’enfant que nous voyons grandir sous nos yeux, comme pour l’humanité dont l’âge se compte par siècles. Interrogeons les anciens, — si jeunes par leur imagination !
Voici Démocrite. « Le cercle lacté (fulaZio ? xuxXo; , lacieus circulus) est, disait-il, une lueur causée par !a condensation de la lumière d’innombrables petites étoiles, très-rapprochées les unes des autres*.» — Voilà ce que le grand maître avait trouvé sans lunette. C’est là aussi ce que découvrit celui qui, le premier, regarda le ciel avec une lunette, Galilée.
Deux mille ans séparaient le philosophe d’Abdère du physicien de Florence Dans ce long intervalle, les hommes que faisaient-ils? Ils rêvaient, ils se disputaient, quand ils ne se battaient pas. Nous savons maintenant pourquoi Démocrite riait toute sa vie.
Écoutez les rêves du passé.
1 . Voici le lexte même, d’après Plutarque (De placitis philosophant m . III . p. 537 ,t. IX, cdit. Reiske) : IIoW.ûv xai ptxpcov xac mmtyüv àtmr.oov auixçtüTtÇopivcov àXXrjXoi; auvau^affixov, Sià Tr,v irvxvuxnv.
Phaéton, fils du soleil (Hélios), obtint un jour la permission de conduire le char de son père. Distrait par le spectacle des merveilles du ciel, il abandonna le zodiaque, la route battue du soleil, de la lune et des planètes. Les constellations qu’il traverse ne peuvent supporter ce « feu vagabond. » Le char est brisé. Ses éclats dispersés embrasent le monde, et les astres les plus voisins du foyer de l’incendie perpétuent, par une lueur blanche, le souvenir de ce grand événement'.
Alcmène, redoutant lajalousie de Junon, exposa l’enfant qu’elle eut de Jupiter. Minerve, se promenant avec Junon, vit cet enfant dans un champ; frappée de sa beauté, elle supplia Junon de lui présenter le sein. L’enfant ayant trop fortement serré la mamelle, Junon poussa un cri de douleur et le jeta. Minerve le remit à sa mère et l’engagea à le nourrir. L’enfant devint Hercule, et les gouttes de lait, échappées du sein de la reine des cieux, sont marquées par la Voie lactée.
Suivant un autre mythe, ce tracé sublime , ineffaçable écriture du ciel, la Voie lactée, est le chemin qui conduit les immortels au palais et à la royale résidence du Dieu du tonnerre s .