AU VAISSEAU DE PARIS
Je t'évoque, vaisseau, dans les soirs d'avril enchantés, Tandis que des reQets sur les eaux de ton fleuve dansent,
Vaisseau superbe, ballotté
Entre Athène et Byzance,
Même quand j'ai vécu si loin de toi, dans le servage.
Je n'avais qu'à fermer les yeux.
Pour monter sur ta proue et faire un clair voyag-e. Emporté sur des flots au rythme libre et pourtant sage.
Et bien que puéril, ce rêve était délicieux.
Enfant, adolescent, je jouais avec ta mâture,
Avec tes flancs bleus et dorés.
Tu me semblais un dieu, qui dans une bonne aventure M'attirait, m'entraînait vers des miracles ignorés.
Moi, je n'ai jamais vu les infâmes débris
Ni le limon que tu soulèves ; Car mon imagination t'a trop chéri.
C'est qu'autrefois dans ce Paris, Par une nuit d'avril où couvaient les printemps du rêve,
A l'heure où les baisers se font plus affinés, Pour couler plus subtils, un peu las, jusqu'au fond des veines, A l'heure où tant de cœurs, dans le silence abandonnés. Ecoutent mieux battre leur peine.
Marqué pour un destin douloureux et doux, je suis né Sur les bords de ta Seine.
Et maintenant, dans ces beaux soirs, dans ces lumières
Où mon enfance refleurit En feux rouges, verts, bleus, en flammes printanières
Qui, volant comme des esprits, Réveillent mes lointains, mes sensations les premières,
0 Paris, auprès de ton fleuve Où me sourit encor le reflet'de mes jeunes ans, Paris, tu es toujours, malgré les maux et les épreuves,
Mon éternel printemps,
Le navire de fée où, comme une âme toujours neuve, S'évoque mon rêveur, vibrant et candide printemps.
IMUNTEMPS 39