‹ Les saisons ferventesChapitre 17 sur 88 · L'AURORE D'UN SOIR DE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

L'AURORE D'UN SOIR DE PRINTEMPS

Le printemps clans mes sens ravive la tristesse

Et la douceur.

Et Tune à l'autre s'enlace comme une sœur. Souvent, quand le printemps rayonne et me caresse, La douceur se fait triste et douce la tristesse.

Et toutes deux sont souriantes Comme les larmes lumineuses d'une aurore, D'une aurore d'amour qui dans mon soir monte fervente, Parmi les brumes qui du passé s'évaporent, Parmi les voixdes nids qui depuis mon aube sont morts, Et que reprend soudain la vie, et qui la chantent, La chantent dans mon cœur, tout en soupirant d'être morts.

Mais rien n'est mort peut-être. Les morts et les vivants sont tous des Fiancés. Ils s'accouplent, divins, et c'est de leurs baisers Qu'on sent dans l'ombre, en lents frissons, les mondes naîtr

Et moi, dans ce printemps nouveau, Je sens tous mes printemps lointains qui refleurissent, Et qui sortent de terre, ainsi que d'un tombeau.

Pour se rouvrir dans les naissants calices, Puis ce sont mes espoirs fragiles et dorés. Qui, dans leurfraîcheur pure et leur candeur mystique, Râlèrent sous de lourds et gros souliers ferrés. Et mes jeunes oiseaux que l'on cloua, tout déchirés, Au pupitre oij, notarial et mécanique, Le travail bète et noir dévorait leurs ailes lyriques.

Printemps nouveau, printemps perdus.

Tous, avec leurs deuils et leurs chants. Avec les fleurs, les nids, et les regrets et l'espérance,

Et chacun avec ses nuances.

Depuis celles qui sont les nuances des mois denfance, J usqu'à celles d'automne, à ces fleurs de mai se berçant! . . . Chaque nuance est un âge dans ce printemps, Et de ces âges naît ta beauté profonde et qui pense, Cher printemps revenu, plein des visages de mon cœur, — Des anciens, des nouveaux, des cent visages de mon cœur.

PRlNTr.MPS

L'aurore dans mon soir est l'éclalanle ardeur, Mais les arbres où sont les nids demeurent sombres.

Je tends vers l'aurore mon cœur, Mais, dans le même instant, je regarde méditer l'ombre.

Le soleil du printemps ranima Tardeur dans mon sein. Mais ses dernierareHets, tombantobliquessurlamousse, Ce soir disent, parmi le crépuscule où tout s éteint. Que la flamme estcruelleetqu'autouchersa cendre estdouce.

Et je sais que c'est vrai, je le sais bien, et cependant

Mon cœur, en sa chère folie, Ne rêve, en respirant cette cendre chaude et pâlie, Que d'y faire éclater soudain, en y battant, Une flamme électrique, afin d'y rallumer ma vie...

D'y rallumer encor, d'y consumer encor ma vie.

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