‹ Les saisons ferventesChapitre 16 sur 88 · LES DARDS DE VIE · texte numérisé non relu

LES DARDS DE VIE

J'ai travaillé beaucoup, et je n'ai pas pu vivre. Tout a touché mon cœur, rien n'a touché ma main, Quand j'étais jeune et que la nature était ivre. Alors, je me suis clos dans un songe astral et lointain.

Oh ! viennent maintenant tous les dards des abeilles,

Les essaims des printemps, des étés, des automnes,

Et qu'ils brisent le lourd charme qui m'emprisonne.

Et qu'ils s'enfoncent dans mon cœur et qu'ils y sonnent,

L'assiégeant, le criblant de morsures vermeilles,

Pour que ce cœur ne soit qu'un élan éperdu,

Et se torde en battant sous les radieuses blessures.

Sous la cuisante volupté de la torture,

Sous les aiguillons d'or, gonflés de soleil répandu !

Car je suis las de tes sourds coups dans ma poitrine,

Dans la tombe où tu vis, cœur enseveli tout vibrant.

Il faudra qu'elle s'ouvre aux abeilles divines,

Même si tu devais au dehors lancer tout ton sang.

Et cette tombe où la solitude te mine,

Cette tombe où, sans fin, pèse la nuit du cauchemar,

Sera la ruche ardente et bourdonnante de la vie,

Et tu seras la rose immense qui, flétrie,

S'y mourait d'ombre et se réveille au feu des dards,

Ah ! la rose de chair à vif et d'âme intense.

Qui se contracte dans la splendide souffrance.

Pour projeter vers la lumière et dans les airs

Son pollen qui dormait, captif, nocturne, amer,

Son trésor fécondant, afin qu'il ensemence

D'inépuisable amour les vents de mon désert.

Page 1