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NUIT D'ÉTÉ

La lerre est chaude, prêle à se tordre d'amour.

Et dans nos membres bs il s'étire un orage lourd.

Peut-être que, bientôt, tout va dire des mots sans suite ;

Carie vent sans fraîcheur aux délires invite.

Il ne parle si bas que pour ne pas crier.

Mais la lune au lointain vient de se réveiller.

Voici, dans sa blancheur qui miroite dans l'air.

Qu'elle fond l'ombre ardente et les rouges serpents-éclairs.

Et dans le sein brûlant de l'été cette vierge

Fait en calmes rayons couler l'âme des neiges.

Cette lumière vit, et j'y crois respirer

Un cygne aérien dissous en clair de lune,

Doux comme le baiser fuyant de la fortune.

Je sens des ailes impalpables m'effleurer.

Et sous les rameaux noirs, qui filtrent des murmures

Et des lueurs, je fais comme cette nature.

Ces jardins et ces bois, toute cette verdure

Qui, recueillie, écoute, accompag^ne en rêvant

Ce chant de brise, à tes clartés mêlé, ce chant,

Ton vaste chant dormant, blanc cygne épandu dans le vent.

Ces murmures et ces lueurs oij je souris.

C'est de l'amour qui chante et de la mort qui luit,

0 blanc cygne dont l'aile emplit toute la nuit.

Et qui n'es rien qu'une lumière ou qu'un esprit,

Blanc cygne que bientôt effacera le jour,

Et qui n'es rien que de la mort et de l'amour,

Clarté d'un astre éteint, fluide et frais plumage

Où les couples, lassés des feux et de l'orage,

Se plongent comme dans un baume où l'on oublie Si les caresses sont du rêve ou de la vie.

Mettez en moi tout le chant du cygne, Le chant de mort et le chant d'amour ! Et l'amour et la mort s'enlaceront, En attendant la vie et le jour.

Dans ces rayons vibrants ils s'embrassent Et se fondent en fluidités.

Car ils ne sont dans l'ombre, à voix basse. Que frissons d'une faible musique.

Que feuilles chuchotantes où luisent

Les yeux ensorceleurs de l'Amour,

Les grands yeux ouverts, bien que dormants,

Dont cette lune en sa mort nous grise.

Blanc cygne de l'amour et de la mort, blanc cygne, Je me promène dans ces soupirs, à travers tes ailes. J'ydeviensuneheureuse et candide douceur comme elles. Et nous créons la nuit, et son âme et ses belles lignes.

74 LES SAISONS FERVENTKS

C'est de nous qu'elle sort, iniînie et charmée, Avec ses chaudes ténèbres aux sourdes transes. C'est de nous qu'elle sort, magique, illuminée De ton aile qui brille et de tous mes songes qui pensent. Les tombeaux qu'elle garde au fond de son silence Vont, sous tes ailes d'air, plus douces que des yeuxde fée, S'ouvrir peut-être aussi, comme degrandes fleurs fanées, En qui s'éveille et sur les cendres se balance Une extase étonnée.

Que d'autres puisent dans la nocturne lumière

Les langoureuses lâchetés !

Mais qu'ils ne me croient pas leur frère, Moi qui n'ai pris jamais aux rêveuses clartés Qu'une fortifiante et fière volupté !

Les lunes de sommeil, si je leur entr'ouvris ma chambre, C'était pour que ma chair tout en fièvre fût rafraîchie. Et leurs longs rayons morts, je les fis couler dans mes mei Comme une eau froide, pour galvaniser ma vie.

Cet orage rentré, ce jour lourd qui couvait des laves,

Eté, m'avait trop abattu.

Je ressuscite enfin, dans la nuit calme, bleue et grave, Qui me rend ma vertu.

Aux astres sombres qui descendent ici-bas,

J'ai sans bruit aiguisé mon rêve pâle et las.

Pour qu'il devînt brillant, pur et trempé comme la lame

Que l'on garde au fourreau, mais qu'au jour de la Flamme

On sortira dans un éclair, pour les combats.

Un minuit, Obéron vit la Mort et l'Amour

S'en aller enlacés, dans la taciturne lumière.

Il les suivit longtemps, sous les bois et dans les clairières.

Quand il revint, son front portait le jour.

Le nain malicieux, volage comme l'air.

Avait la taille des héros, quand il revint.

Il partit se mêler aux combats de feux et de fer,

Car il avait surpris dans son secret tout le divin.

Il savait que TAmour et la Mort élaborent Dans leur embrassement l'Idéal et la \\e, Et qu'il naît d'eux toute grandeur et toute aurore, Et de Jésus à Dante, et de Jeanne, de lys fleurie, Jusqu'à nos cœurs battants, toute supi'ême poésie.

Mystère ! Mystère !

Il ne faut pas expliquer Tinfini.

Il vaut mieux dormir sous les nids, Sous la lune, le front dans les mousses légères, Et l'oreille collée aux tressaillements de la terre, Et l'âme ouverte à ses moissons immenses.

Il vaut mieux longuement s'endormir dans l'enfance

Des jeunes fleurs, dans leur éclosion qui luit,

Et, les yeux clos, sourire et les aimer sans bruit.

Sans bruit... car le bonheur, comme la mort, n'est que silem

Mais à l'aube, nous chanterons.

Et vers les luttes éclatantes nous irons.

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