SOIR D'ETE
Le soleil s'est couché comme une volupté.
Comme un grand cœur rie feu par l'ombre convoité,
Il s'est couché, splendide, au bleu lit de Tété.
Et tout le crépuscule en est encor hanté.
Et les nuages sont, féeriques, des lumières
De sang divin, de chairs idéales, si claires
Que c'est, dans l'air ému de leur extase d'or.
Comme si l'ineffable épousait ce décor,
Et comme si, rayons de la mélancolie.
Brillaient au ciel tous les sourires d'Ophélie,
En un charme trop vierge, hélas ! qui flatte et fuit
L'un et l'autre baiser du jour et de la nuit.
Et mon âme, aspirant le divin qui repose
En ces roses de l'ombre et ces ombres de rose,
Mon âme, en qui descend la nuit pour rémouvoir,
Rêve, en réfléchissant et ce rose et ce noir.
Que le soleil a brûlé vive une déesse,
Pour que vapeur, encens, radieuse tristesse,
Sa chair, semant Tamour, se fondît dans le soir.