‹ Les saisons ferventesChapitre 37 sur 88 · RAYONS POSTHUMES · texte numérisé non relu

RAYONS POSTHUMES

La lumière est ce soir si frêle et si légère

Et ce bois est lui-même un songe si léger,

Qui prend mon âme et qui la fond dans l'atmosphère

Dont la douceur mourante est comme un miracle étranger,

Ces rayons sans chaleur font la forêt si tendre

Qu'on ne peut pas les croire une réalité,

Mais ridéal reflet, la radieuse cendre

Du feu qui fécondait, mais qui tortura notre été.

Et je me dis qu'un jour je leur serai semblable, Irréel, doux comme eux aux couples dans les bois, Lorsque, après celte ardeur qui m'exalte et m'accable, Je ne serai plus rien, mort qui chante parfois. Que le reflet d'une âme et l'écho flottant d'une voix.

ÉCLOSIOX LYRIQUE

Les feuilles tombent dans le vent qui les attire. Des hommes, des enfants qui marchent dans le soir, Les foulent, et leurs pieds sous les clous les déchirent, Sans s'en apercevoir.

Si ces feuilles que brise un souffle et que tout blesse

Ont des sensations, Elles doivent goûter une triste et superbe ivresse; Car dans l'arrachement, c'est une éclosion,

Quand on sent que Ton est cela qui roule et tombe,

Orphelin, faible et seul, Rejeté par sa tige, et que l'automne vers les tombes Vous sème, et que l'on est soi-même son linceul.

Qu'on n'est rien désormais pour l'homme ni la bêle, Que plus rien ne vous lie à ce monde pesant, Et que l'on est enfin la feuille morte ouJe poète Qui n'obéira plus qu'au libre vol du vent.

C'est une belle ivresse, au libre et vibrant vol du vent.

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