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LA DAME DE L'HIVER

Je vis la clame de l'Hiver,

Blanche en son manteau beige.

Son corsage tendait à l'air Un gros bouquet de neige.

En ses yeux, sur la brume ouverts, \'ivait un sortilège.

Grave et stoïque, elle m'a dit :

« Je suis celle qui pense.

Tout est morne et comme maudit Sous cette bise immense.

Mais je garde le paradis Dans mon cœur en silence.

136 LES SAISONS I-ERVENTES

« Et toi, fais de même, et chantant De ta voix frêle et pure.

Garde les germes du printemps, Les fleurs de la nature !

Il reviendra, le jeune temps Où tout se transfigure.

« Ils reviendront, les tendres jours,

Dorer ta destinée.

Alors, si ton front est plus lourd,

Plus pesant d'une année, Plus douce encor sera l'amour

D'être en mai si fanée.

« Oh ! douce, douce infiniment, D'être en mai si blessée !...

Mais l'hiver noir cingle ton sang De ses flèches pressées.

Allons, ton courage en avant.

Et tes mâles pensées !

« L'hiver, pour qui ne veut périr.

C'est le travail, superbe

Comme un ciel froid où vont s'ouvrir Les étoiles acerbes.

Tandis qu'avant de refleurir Les morts gèlent sous l'herbe. »

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