J;AUR0RE D'UN SOIR D'AUTOMNE
Ces adieux du soleil, ces lueurs du couchant,
Ces lueurs sont des voix et me disent en s'éteignant :
« Ton chant qui va dans l'ombre éveiller de grands rosiers noirs,
Pour que la vie enfin, ta vie y puisse éclore,
Oh ! ton chant nostalgique et bleu, c'est bien le soir.
Mais c'est aussi, fervente et chaude encor, l'aurore.
« Le soir est sur tes yeux aux intimes lueurs.
Le soir est sur tes veux, mais une aurore est dans ton cœur. />
Soleil qui, dans les airs et sur terre, es sans cesse
L'adorable don de toi-même.
Toi qui fais tout, les fleurs, les hommes, la jeunesse, Tes rayons en mourant m'enseignent un devoir que j'aime
Tes rayons dans ma chair impriment
Qu'il faut brûler, qu'il faut éclore En clartés, en pensers, en frais bouquets, en chants sublimes. Et que le grave soir ne plonge l'astre dans l'abîme Que pour l'y retremper et nous le rendre, sur les cimes, En aurore.
Si je les connais trop, ces splendides aurores,
Ah ! si les aubes sont trop vieilles, Tu dis que c'est à moi de les rajeunir dans mon être. La jeunesse en nous meurt afin qu'une autre y puisse naître, Et nous devons, comme un levant tout plein d'abeilles. Etre toujours un ciel où monte une merveille.
Que le soleil, aux horizons crautomnc, Avant de s'engloutir, me jette à longs Ilots des rayons ! Un Eden inconnu pousse en mon sein profond. Mon printemps, n'ayant pu fleurir, en moi bouillonne.
Et son désir d'éclosion, Enfermé dans mon cœur, implore encor l'automne.
Le printemps le plus doux est celui qui s'ouvre en automne.
Les printemps les meilleurs sont ceux qui naissent en automne,
Et la plus douce aurore est celle qui brille au couchant, Et lesderniersbcauxjoui's que l'arricre-saison nous donne
Sont les plus caressants.
C'est durant ces jours-là que pieux je recueille
Tout ce qui va mourir, Les ailes et les Heurs, les nuances, les feuilles Palpitantes de souvenirs.
Je prends à tout cela son âme. Et puis, qu importe Si la terre, comme un noyé, sombre au sommeil. Le feu sacré, le feu de la vie encor veille. Et pour qu'il règne au fond de l'hiver mort, j emporte. Nature, en mon sein ton soleil.
0 reine, au dernier soir, je te dirai : Nature, Ton soleil fut en moi. mais n a pas fait germer Les jardins de victoire, et, sous la terre obscure, Voici qu'on va dans les ténèbres l'enfermer.
Je le perds et n'ai pu, comme le font les roses Qui sont belles, ou les poètes qui sont grands, Eclore vif de lui dans une apothéose.
Et je demeure l'isolé, même en mourant.
Et je ne saurai pas si lui qui fut mon âme,
Il réchauffe l'éternel froid, s'il est fécond.
Et si, montant de moi, cherchant le jour, sa ilamme
Fait jaillir en fleurs d'or sur ma tombe mon nom.
AITOMNE 13î
Certe, il auréola parfois, durant ma vie,
Les exils où tous deux nous étions prisonniers.
Et sa clarté sera peut-être rajeunie,
Sous mes obscurs tombeaux, de loucher le dernier.
Du moins, le voici pur comme l'aube première, Pur et clair, comme au ciel le voit l'éternité. Dans mon âme il n'a rien perdu de sa lumière, Ni dans mon sein rien abdiqué de sa fierté.
Caché dans ce corps faible, il fut l'instinct candide Qui me voulait semeur, penseur, poète, enfant. J'ai brûlé solitaire avec sa llamme avide. Si nul cœur n'en germa, qu'importe maintenant!
Que t'importe. Nature où s'endort ma paupière ! Je ne fus qu'un foyer captif qui, consumant L'aurore entre des murs, ne laisse que poussière. Mais ma voix fut la voix des beaux rayons vibrants.
Elle a gémi, puis la tristesse en moi s'est close. Ce noble soir dans la sérénité se fond. Un éclair au loin rit comme une bouche rose. Orage, adieu !... je vous revois de l'horizon.
Car le temps m'a conduit à ce point qui fut l'horizon.
Je suis à mon natal horizon, qui s'étonne En s'éteignant avec les souvenirs crété, Les rêves de printemps et les reflets d'automne, Ces suprêmes reflets où merveilleux rayonne Le mirage des fruits que je n'ai pas goûtés,
La chute du soleil ne fut jamais farouche. Au moment d'expirer, je ferai comme lui. Et quand le chant des oiseaux las aux nids se couche, Je transfigurerai les rayons éteints sur ma bouche, Nature, et j'ofl'rirai leur sourire encore à ta nuit, Mon sourire encore à ta nuit...
Et des hommes, plus tard, verront cette aurore en ma nu
HIVER