‹ Les saisons ferventesChapitre 6 sur 88 · LA VOIX DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LA VOIX DU PRINTEMPS

La voix du beau printemps qui naît, C'est le marais.

Elle ne chante qu'à l'approche de la nuit. Quand on sort de l'hiver comme d'un morne bagne, Cette voix, quand un soir on l'écoute dans la campagne, On tressaille et l'on dit : Enfin, enfin, c'est lui, C'est le printemps ! — Alors, on s'en va, recueilli. Heureux, vers les étangs et les pâtui-ages mouillés. Humant ce chant d'antan tout à coup réveillé, Intime, voilé, doux, suave comme un cœur Qui, dans l'obscurité, s'ouvre et se livre avec pudeur. Des voix, des voix, des voix palpitent dans le frais repos. Un rustre, en ricanant, dit : Ce sont des crapauds, Des têtards... — Mais la nuit, la grande nuit à l'âme astrale, La nuit davril couvant d'innombrables éclosions, Murmure autour de moi que ce sont des rayons. Qui, tombés dans cette ombre, appellent d'en bas leurs étoiles.

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