L'AMOUR ET LE POÈTE
Eau qui t'ouvres ainsi que des bras nus et brilles Comme un premier désir, comme un rire de vierge! L'Amour mutin cueillait des roses sur ta berge Et courait les offrir aux claires jeunes filles.
Je vin?. Pensif, je pris l'Amour enfant, L'Amour qui m'eût donné peut-être en ce printemps Une entre tant de mains qui tenaient tant de roses. Mais tout bas lui chantant mon cœur, tout bas chantant, Je l'emportai vers les îles, bien loin des choses...
Nous étions dans la barque et la brise où l'on va Vers les îles qui sont dans le mirage écloses. Et je chantais tout bas dans la brise qui va, Et l'Amour m'enlaçait de roses,
Il enlaçait mes bras, mon front, il enlaçait
Mes sens, ma vie entière.
Et de ces fleurs, de ces bouches il me baisait.
Et de rêve il m'envahissait.
De liens odorants il m'enlaçait, il m'enlaçait.
Une rose a suivi le souffle qui sifflait. Elle est tombée au fleuve à face de lumière.
Elle tomba comme on s'envole, et pour saisir,
Dans les eaux, vers les îles, La folle fleur, soudain l'Amour, vif de désir. S'est penché sur les flots aux trahisons mobiles.
Et, se penchant, comme elle il est tombé, Avec son rire, avec sa grâce qui lutine. J'étais lié, moi, jusqu'à l'âme. Il est tombé, Et je l'ai vu glissant sous l'eau sombre et câline.
Et je n'ai pas crié, car mes mains et mes lèvres Sont sous la chaîne des fleurs de songe mauvaises. Mon cœur appelle en vain. L'épine mord et la fleur baise. Chaque rose est un feu qui plonge en moi des fièvres.
pnlNTEMPS
La nuit est sur le fleuve. Et je vais, loin du bord. \oir, l'horizon n'a plus d'îles ni de mirages. Je dis tout bas : — L'Amour est mort ! L'Amour est mort ! Enfui sous l'onde ? Enfui par cette onde à la nage? L'Amour est mort. Pour moi du moins, l'Amour est mort.
El faisant sous les fleurs bondir, saigner mon corps. Voici qu'il vient un bruit de baisers du rivage.
Ah : qu'importe, après tout ? Le meilleur de la vie,
N'est-ce pas le désir ?
Si les roses, mordant ta chair, l'ont tant meurtrie, Ton sang, à nu sous l'épine, les a nourries, Et puis les a si chaudement épanouies Que maintenant plus rien ne pourrait les flétrir.
Car tu n'es pas celui qui prostitua sa tendresse Et la jeta, comme une gourme, au vent. Tu gardes cette vierge, ainsi qu'une déesse. Dans ton cœur lyrique et fervent.
Et Tamour, cet amour que les hommes consument, Qu'ils laissent s'effriter comme un charbon fumant, Devient, cristallisé dans ton sein qu'il allume, Le plus beau, le plus pur, le plus profond des diamants.
Solitaire, il y vit. Rien n'éteindra ses flammes closes,
Gloses dans le soir noir et lent.
Sous ta chair qui pantelle et que sucent les roses. Chaudes de sang.