I. LES BATEAUX DANS LA NUIT
Je me suis demandé bien souvent Pourquoi ces lanternes des bateaux Qui, le soir, dans les miroitements De la Seine, s'en vont sur les eaux,
Pourquoi ces feux roug-es m'attiraient En de si flottantes et profondes Sensations qui, telles des ondes Electriques, lentes, me prenaient, —
Et pourquoi j'y sentais frissonner Des choses très jeunes et lointaines, Comme des vierges sur des fontaines Se penchant vers leur songe mouillé,
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Se penchant, se laissant fasciner Par ses lueurs qui semblent lointaines, Mais qui palpitent sous leur haleine, En appelant leur cœur et leur ànie pour les noyer, —
Et je cherchais pourquoi c'était divin de s'y noyer,
Et pourquoi ces lanternes pâlies, Glissant vers l'ombre qui les éteint, Envoyaient jusqu'au fond de mon sein Tristesse de mort, douceur de vie.
C'est que ces yeux ouverts du bateau Sont les yeux du rêve qui mourait Dans mon être où l'oubli l'endormait.
Ainsi qu'une vierye au lit des eaux.
C'est que ces yeux fuyants du bateau.
Comme une chanson de mon enfance, Et bien mieux même, étant du silence, Réclairent, ravi^'ent sur les eaux Mon jeune berceau,
Mes berceaux faits des fleurs d'espérance. Des aubes où sont des dieux nouveaux, Des lyres où chantaient mes naissances, De tout cela qu'a pris le silence...
De tout cela que là-bas enfuies Ces deux lueurs font dans mon silence Eclater comme une âme qui pense, Comme une rose double et ravie, Ravie et meurtrie :
Tristesse de mort, douceur de vie.