‹ Les saisons ferventesChapitre 67 sur 88 · L JEUNE CHANSON, VIEIL AIR · texte numérisé non relu

L JEUNE CHANSON, VIEIL AIR

Te chanter? — sur quel ton, trop criarde voiture

Du noble parvenu Ploutos, Qui de puant benzol te soûle et, pour pâture,

Te donne quelquefois nos os ; Toi qui t'en vas grognant comme un porc, ou flûtante.

Gloussant des airs de mirliton, D'une petite voix ironique et perçante,

Qui se moque du piéton; Toi dont la roue a l'insolence d'une patte,

Et lance avec tant de dédain Au front suprême de Virgile ou de Socrate

La fange de monsieur Jourdain ;

A TRAVERS LES SAISdNS FERVENTES 177

Toi qui semblés poursuivre, en la vaine vitesse,

Un rêve follement prir.

Ne sachant pas qu'il a pour asile livresse

Du poète qui marche à pié ; Toi qui, près des grands trains emportant dans leur [souiric

Des mondes en guise de queues, N'es qu'un petit Poucet laid, taquin et maroufle,

Avec tes bottes de cent lieues ; Toi qui... Mais l'Apostrophe, à courir à ta suite,

Sent s'éculerson vieux soulier, Va dit qu'il vaudrait mieux, le renvoyant bien vite

A l'ïambique centenaire de Barbier, Te laisser au braillard qui, pour beu;:;Ier la rime En trépignant, se tape à la place du cœur, IlélasI et ne voit pas que cynique est ton crime D'insulter la beauté, sans avoir même la grandeur.

Pourrais-je te chanter à la moderne, en rythmes libres?

Mais ton maître rechignerait.

Le vers libre est pour lui trop suspect d'anarchisme. Comme la bombe, il sort de ces « sages limites »

Que Méphisto, sous un masque crerniite, Fixa pour nous, comme un céleste arrêt. N'allons pas faire explosion chez Turcaret ! ]\Iais toi-même, toi son auto, tu t'émancipes, Et derrière le porc, le tigre parfois apparaît.

De Turcaret, parfois, tu passes à Cartouche.

Leur différence ? Le premier A le soleil superbe et l'autre a la nuit louche,

Pour détrousser et pour tuer.

Après avoir, dans la lumière et dans la gloire, 1

Promené les rois de l'argent, — Ah 1 nos rois, nos seigneurs, nos maîtres ! — ton histc

Dans les ténèbres va changeant.

Vers la case lointaine où le vieux thésaurise,

Tu portes le meurtre masqué, Puis tu te sauves, lâche, ainsi qu'une surprise, En qui, muet et noir, le tonnerre s'est embusqué.

( lui, je sais ; quelques fils de Ravachol dédaignent

Celle couarde obscurité, l^l,le jetant parmi l'humain bétail, le saignent

Et le foudroient dans la clarté.

Mais quand du tripoteur, de la gueuse enrichie,

Tu vas vrombir aux rouges mains De la rageuse, avide et crâneuse anarchie, Ce n'est rien : tu n'as fait que changer de gredins.

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