‹ Les saisonsChapitre 12 sur 73 · A MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE

Avec les charmes de l'Amour

(Ou, si vous l'aimez mieux, des anges),

Vous avez eu jusqu'à ce jour

Plus de bonbons que de louanges.

Quand votre miroir aujourd'hui

Vous dit que vous êtes jolie,

Loin qu'on vous en parle après lui ,

On veut que votre cœur l'oublie.

Tout sans cesse occupe vos yeux :

Votre esprit vif est curieux ;

C'est le bon esprit à votre âge :

Il cherche un sens au mot nouveau ,

Et des objets dans le cerveau

Il place les noms et l'image :

A votre esprit pourtant, B....

Personne encor ne rend hommage.

Quand vous bâillez à quelque trait D'un certain livre fort abstrait , Votre mie aussitôt vous gronde ; Elle prétend que par projet Vous vous ennuyez d'un sujet

Qui doit ennuyer tout le monde.

On vous fait un sermon chrétien Sur votre ignorance profonde , Et jamais vous n'entendez bien Ce bon livre où Ion n'entend rien.

On est encor plein d'injustices

Sur vos mœurs, sur vos goûts naissants;

De vos vœux les plus innocents

On exige des sacrifices.

On vous apprend 1 art d'obéir :

Eh! B.... qu'en pourrez- vous faire?

Tous les cœurs voudront vous servir.

Oui , vous avez le don de plaire ,

Du sentiment , de la gaieté ,

Des grâces, de l'égalité;

Vous ressemblez à votre mère :

Vous aurez avec sa beauté

Son esprit et son caractère.

LV\ V^-A/fc/V

Volez , papillon libertin ; Aux fleurs de nos vergers le printemps vous rappelle Plus pressant qu'amoureux, plus galant que fidèle. De la rose coquette allez baiser le sein ; Qu'un goût vif et léger vous amuse auprès d'elle :

Triomphez , et volez soudain

Auprès dune rose nouvelle ; D'aimer et de changer faites-vous une loi , A ces douces erreurs consacrez votre vie. Ce sont là des conseils que j'aurois pris pour moi

Si je n' avois point vu Sylvie.

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