LE CONVERTI
La miséricorde divine avoit conduit un homme vicieux dans une société de sages dont les mœurs étoient saines et pures ; il fut touché de leurs vertus ; il ne tarda pas à les imiter et à perdre ses anciennes habitudes : il devint juste, sobre, patient, laborieux, et bienfaisant. On ne pouvoit nier ses œuvres , mais on leur donnoit des motifs odieux; on vantoit ses bonnes actions sans aimer sa personne; on vouloit toujours le juger par ce qu'il avoit été , et non par ce qu'il étoit devenu. Cette injustice le pénétroit de douleur : il répandit ses larmes dans le sein d'un vieux sage plus juste et plus humain que les autres. O mon fils , lui dit le vieillard , tu vaux mieux que ta réputation ; rends-en grâces à Dieu. Heureux celui qui peut dire , Mes ennemis et mes rivaux censurent en moi des vices que je n'ai pas ! Que t'importe, si tu es bon , que les hommes te poursuivent comme méchant? N'as-tu pas pour te consoler deux témoins éclairés de tes actions , Dieu et ta conscience?
ORIENTALES. 4i3
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