ACTE I
SIMONNE, Ti»emenl.
Je ne pleure pas.
NICOLAS
Tu ris peut-être !... enfin il t’épouse !... ch bien ! si tu veux savoir mon opinion, c'est une fière sottise qu'il fait là !
Je VOUS déplais donc bien, monsieur Nicolas ?
NICOLAS
Toi !... je ne t’ai seulement pas regardée.
SIMONNE
Eh bien ! regardez- moi !...
NICOLAS, se lève et la fait tourner sur elle-mènie en lui touchant le bras du bout de son bâton.
Dame ! pour ce qui est de ça, je ne dis pas !... tu n'es point laide!... tu as de jolis yeux, tu as de jolies dents, tu as toutes sortes de jolies choses!... mais additionnemoi tout ça, qu’est-ce que tu trouveras au total ?
SIMONNE
Qui sait?... le bonheur peut-être!
NICOLAS
Et puis?... Ton oncle Simonnet, le batteur en grange, qui est mort l’an dernier à la Noël, en battant mon blé, n'était point riche, n'est-ce pas ?
SIMONNE, Iritlement.
Ce n’est pas faute d’avoir travaillé toujours?
NICOLAS
Pour ça, c’est vrai!... je n’ai jamais vu d’enragé batteur comme ce vieux-là... Hé! Simonnet! que je lui disais, ne travaille point tant! ne te rends point malade!... j’aurai encore besoin de toi l’an prochain !... Ah bien oui! il ne m’écoutait mie, et le voilà défunt! (Avec colère.) Et du diable si je sais qui est-ce qui battra mon blé cette année.
SIMONNE^ plearant. '
Pauvre oncle !
NICOLAS
Eh bien! ça recommence ?
SIMONNE
Non! non... monsieur Nicolas, je ne pleure pas!
NICOLAS, i part.
C'est une \Taie fontaine que cette fille-là!... (Haut. )Enûn, son héritage ne pèse point lourd, pas vrai ?
SIMONNE
Sa maison, avec les meubles qui sont dedans et le verger qui l'entoure, voilà tout ce qu'il in'a laissé.
• NICOLAS
Pour lors, tu vois bien que mon fils est un sot de t’aimer comme il fait !
SIMONNE
Ce n’est point ma faute, je vous jure !
NICOLAS, avec colère.
C’est peut-être la mienne !... mais où diable a-t-il pris cet amour-là ? car enfin, tu as beau dire, ça ne vous tombe pas sur la tête comme une tuile!... voyons! l>arle, réponds, es-tu muette?...
SIMONNE
HONDEAU.
Âh ! monsieur Nicolas.
Ne vous emportez pas!
Tout comme nous, je gage,
Quand vous aviez notre âge,
Ou savait vous charmer,
Vous vous laissiez aimer,
Vous n’étiez pas plus sage !
Ah ! ne vous fâchez pas.
Cher monsieur Nicolas !