‹ Les salaires au XIXe siècleChapitre 27 sur 66 · LE BUDGET DE L'OUYRIER · texte numérisé non relu

LE BUDGET DE L'OUYRIER

Epoques. Revenu moyen. Prix normal Prix de 15 h. Rapport du

de l'hect. de blé. de blé. revenu au prix

de 15 hect.

1700 180fr. 18fr.85 283fr. o"^63

Cette méthode pèche par deux inconvénients d'ordre opposé. Et d'abord elle donnerait lieu à penser qu'avant 1813 une famille ouvrière, loin de pouvoir vivre avec son revenu, ne pouvait même acheter la totalité de sa consommation en pain, et cependant, malgré la misère que nous avons constatée, une famille moyenne ne devait pas mourir de faim. Mais mangeait-elle du pain de froment ? il est permis d'en douter ; le seigle et les autres céréales inférieures devaient remplacer pour elle le blé, et puis, outre que la plupart des salariés devaient trouver la nourriture chez leurs patrons, — l'usage de nourrir les ouvriers ayant, à notre sens, précédé celui de ne pas les nourrir, — outre cela, ne peut-on pas supposer qu'une partie de leur pain provenait de ce que les Anglais appellent extra-earnings, c'est-à-dire de gains particuliers, comme le glanage, dont la coutume n'a pas disparu de nos campagnes, pas plus que le droit n'en a disparu de nos lois (1) ?

En second lieu, cette méthode est entachée d'un autre vice : le pain est sans doute le principal besoin du prolétaire, mais il n'en est pas le seul : la hausse ou la baisse des autres objets de consommation usuelle ne saurait lui être indifférente. Pour se rendre compte du détail des dépenses, peut-on établir un budget-type, et indiquer approximativement le montant de chacun des chapitres ?

(1) Loi du 6 octobre, 28 septembre 1791, coDcernant les biens et les usages ruraux et la police rurale, titre 2, art. 22.

Nous ne le pensons pas (1) : chaque famille varie dans sa composition , dans sa manière de vivre, dans ses ressources ; est-il dès lors permis d'établir quelque chose de précis ? Le mieux encore est de procéder, comme Tout fait MM. Engel Dollfus, Grad, Walker ; cette méthode, à laquelle M. Leroy-Beaulieu adonné son approbation, consiste à étudier les budgets de plusieurs familles ouvrières, à les rapprocher et à en tirer une proportion.

L'enquête décennale de la Société Industrielle de Mulhouse en 1878 fournit, sur les dépenses des ménages d'ouvriers, des renseignements exacts. M. Engel Dollfus, qui en fut le rapporteur, a étudié avec soin seize familles ; il avait choisi à dessein seize ouvriers ayant tous au moins trois enfants, mais appartenant à différentes catégories, depuis un simple manœuvre^ dépensant annuellement 1,000 à 1,200 fr. par an, jusqu'à un imprimeur au rouleau, dont le budget dépassait 3,000 fr.

La dépense totale se décompose, suivant lui, de la façon suivante :

Logement 15 p. 0/0

Vêlement 16 —

Nourriture 61 —

Dépenses diverses 8 —

C'est la conclusion à laquelle adhère également M. Grad (2). Le D"^ Engel, de Berlin, donne des proportions à peu près semblables.

(1) M. Othenin d'Haussonville, dressant le budget d'un ouvrier non marié à Paris, donne les chiffres suivants :

Logement de lOO à 150 fr.

Nourriture de 550 750

Vêtement de 100 150

Dépenses diverses de 100 150

850 à 1.200 fr.

La dépense est accrue d^une moitié en plus par la présence d'une femme, et d'un tiers par enfant. (Revue des Deux-Mondes^ 15 avril 1883,'.

(2) Economiste français, 6 novembre 1880.

M* Picoty dans sa brochure sur les Logements ouvriers^ s'exprime ainsi

I£ BUDGET DE l'OUYRIER. J25

Quant à la nourriture, qui compose en moyenne les six dixièmes de la dépense totale, il faut en distinguer les éléments divers. MM. Dollfus et Grad trouvent les proportions suivantes :

Pain 33 p. 0/0

Viande 14 —

» Lait 13 —

Epicerie 24 —

Divers 16 —

Le pain représenterait donc 33 0/0 de la dépense en nourriture, soit 20 0/0 en chiffres ronds de la dépense totale d'un budget ouvrier.

La moyenne de 61 0/0 pour la nourriture et de 20 0/0 pour le pain varie suivant les divers ménages. C'est ainsi que M. Dollfus a constaté qu'un manœuvre de la teinture, ayant 3 enfants, et dont le budget était assez exigu, consacrait à l'achat du pain 48 0/0 de la sonmie totale aflfectée à la nourriture, soit 35 0/0 des dépenses de toutes sortes. Dans le même ordre d'idées, l'on a trouvé un des seize ménages dépensant pour sa nourriture 72 0/0. La proportion du pain varierait donc entre le cinquième et le tiers des dépenses totales, et celle de la nourriture, des six dixièmes aux trois quarts. — Si, au heu de rechercher les proportions de la dépense en pain, nous voulons produire des chiffres absolus, l'Enquête nous apprend que la somme totale dépensée pour l'achat de cette denrée a varié entre 260 f r . et 600 f r . , ce maximum ayant été atteint par un ouvrier père de cinq enfants, dont trois déjà adultes.

Ces diversités montrent bien que l'on ne peut établir ici de proportions certaines, ni donner des chiffres fixes.

p. 112 : « On calcule généralement que le loyer doit représenter le u sixième du salaire du chef de famille; en d^autres termes, que le salaire « d'une journée doit payer le loyer de la semaine. »

Il est, en effet, bien évident que, suivant les pays, les localités, les professions et les usages, les éléments du budget ouvrier se modifient. Le paysan mange beaucoup de pain ; l'ouvrier des villes, moins. Le loyer est proportionnellement plus cher à Paris. La nourriture de r Allemand est plus grossière que celle du Français. — Il y a également un facteur important qui agit ici sur la part respective de ces divers éléments : c'est le revenu. M. Fr. Walker (1), de même que le D*" Engel, de Berlin, affirme que^ si Ton prend pour type les plus faibles salaires, 225 à 300 dollars (1,120 à 1,500 fr.), la nourriture formerait 62 p. 100, le vêtement 16 p. 100, Thabitation 12 p. 100, le combustible et l'éclairage 5 p. 100, les dépenses diverses (éducation, impôts, soins de médecin, etc.) 5 pour 100 ; sur les salaires intermédiaires, soit de 450 à 600 dollars (2,250 à 3,000 fr.), l'on trouverait 55 pour la nourriture, 18 pour le vêtement^ 12 pour le logement, 5 pour le combustible et l'éclairage ; il resterait 10 pour les dépenses diverses. Sur les plus forts salaires, 750 à 1,125 dollars, ou de 3,750 à 5,625 francs, le prélèvement de la nourriture ne serait plus que de moitié; l'habillement prélèverait encore 18 p. 100; le loyer, le combustible et l'éclairage, les mêmes proportions que dans l'hypothèse précédente, mais il resterait 15 0/0 de dépenses diverses, parmi lesquelles une part plus forte pour l'éducation et les dépenses de pur agrément.

Le rapport du prix de la nourriture de l'ouvrier au taux du salaire est donc en raison inverse de l'élévation de celui-ci : plus le salaire est haut, et moins grande est la proportion de la dépense totale consacrée à la nourriture.— M. G. MulhaÛ donne le tableau suivant (2) :

(1) The Wages question^ page 117.

(2) Progress ofthe World, 1880, p. 65.

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