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Madame do Bassanville a donc eu raison de les faire revivre dans son livre, ces Salons d'autrefois, que rien ne nous rendra, et dont nous sommes heureux de retrouver du moins chez elle une image et un écho.
Depuis le temps où elle nous reporte, nous avons changé bien des choses : aujourd'hui c'est le fils de mon portier qui écrit la Chronique du grand monde: aussi fait-il parler les duchesses comme madame sa mère ; il tient à paraître informé de ce qui se passe là où il n'est jamais allé, et rien n'est divertissant comme les petites fantaisies qu'il se permet. Ce n'est pas sa faute : c'est celle du public, auquel, hélas ! il faut plaire ! et le public aime toujours le petit colportage de nouvelles mondaines, ce frou-frou de robes de soie et d'éventails, ce caquetage de médisance, ces aventures titrées, et ces mille bruits, et ces vagues rumeurs qui lui viennent du côté de la bonne compagnie.
Vainement nos lois, qui ne font pas nos mœurs, tendent à se démocratiser, les barrières sociales, que l'on veut abattre de temps en temps, se relèvent plus hautes et se redressent plus infranchissables : le Faubourg inaccessible n'ouvre ses portes qu'à quelques rares élus : ceux-hi mêmes y vont, mais ils n'en sont pas : nuance assez fine, qui n'échappe point pourtant à l'observateur.
Il faut tout dire : la mine est moins féconde aujourd'hui qu'autrefois : on prétend même qu'elle est à peu près épuisée.
On a tant parlé en France depuis cinquante ans que l'on n'y cause presque plus, et la causerie est l'aliment de la chronique. Nous sommes em))Ortés par un tel mouvemenl d'affaires,
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que nous ne pouvons plus guère nous arrôLer aux distractions élégantes de la vie oisive, telles que le xvii® et le xviu^ siècles les connurent et les aimèrent. Les cinq ou six révolutions qui ont passé en moins d'un siècle sur le sol de la France, ont emporté dans leur cours orageux les grandes existences sociales autour desquelles se groupaient tous ces esprits aimables et légers qui valurent à notre nation ce renom de grâce inimitable, et qui lui donnèrent ce prestige charmant dont nous recueillons parfois encore le bénéfice à l'étranger, où nous vivons toujours un peu sur la réputation de nos pères.
Je ne dis point que nous fassions mieux ou plus mal ; mais nous faisons autre chose, et à coup sûr nous sommes moins amusants : aussi nos chroniqueurs inventent bien plus qu'ils ne racontent.
Madame la comtesse de Bassanville qui voulait raconter et non pas inventer, a donc été bien inspirée en remontant à quelques années en arrière, et en se plaçant à. une de ces époques pour ainsi dire climatériques de l'histoire delà société française : elle y a trouvé le sujet d'un livre que personne n'eût su rendre ni plus aimable ni plus piquant. L'heureux àpropos de sa naissance l'avait placée sur les limites de deux mondes, au moment où lavieille société qui tombait se trouvait en face de la société nouvelle, qui s'apprêtait à lui succéder. Là, comme il arrive dans le chaos de toutes les transitions, tous les éléments se heurtent, se pressent, se confondent et bouillonnent, comme le métal dans le creuset. Il semble que dans ces moments-là le convenu existe moins, et que le naturel, si souvent chassé,, reprenne un instant le dessus. On se
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montre alors Ici que Ton est, et non point tel que Ton vent être ; les types trop souvent effacés reparaissent avec leur primitive énergie. Le peintre n'a plus qu'à choisir entre tant de modèles qui posent devant lui, et il n'est embarrassé que par Tabondance même de ses trésors.
Riche de souvenirs, madame la comtesse de Bassanvillc nous donne beaucoup et nous promet davantage ; car son curieux Yolume n'est que le début heureux d'une série. Pour commencer elle nous conduit, — et ce début indique un choix habile, — dans les salons de madame la princesse de Vaudemont, de madame de Rumfort, d'Isabey, et de M. de Bourrienne.Tous les contrastes delà société se retrouvent dans ces quatre salons. Chez la princesse deVaudemont, c'est l'ancienne aristocratie, et la fleur des pois de ce qui sera plus tard le parti légitimiste; chez M. de Bourrienne, cet ami de Bonaparte qui ne fut point le courtisan de Napoléon, ce fidèle de Joséphine qui servit loyalement Louis XVIII, comme il faut servir les rois et les femmes, — en les aimant, — chez M. de Bourrienne, disons-nous, les hommes de l'Empire et de la Restauration se donnent la main ; chez Isabey c'est le monde artiste avec son entrain, sa gaîté et ce flic-flac de l'esprit qui pétille ; chez madame de Rumfort, par une sorte d'éclectisme avant-coureur de l'autre, et incontestablement plus amusant, ces divers mondes se rencontrent, se juxtaposent, ou plutôt se combinent de manière à former un tout harmonieux, et une de ces assemblées rares que l'on nerclrouvcrait peut-être point dans une autre capitale que Paris.
Je parlais tout ;\ riioiire fie ces léniéiités des plumes aven-