LA DUCHESSE DE LUXEMBOURG
ne pensent et ne sentent plus que d'après elles. »
Dans la seconde -partie du siècle, la duchesse avait ouvert un salon fort suivi et qui eut une grande influence sur le mouvement social du temps. Elle donnait deux grands soupers, la semaine. Tout ce que la bonne compagnie possédait de personnages estime's y affluait et contribuait, sous sa présidence, à donner Tessor aux idées nouvelles et à maintenir en même temps les traditions du bon goût et de Purbanité. La Harpe venait y lire ses Barmécides: Gentil Bernard y déclamer son Art d'aimer. Jean-Jacques Rousseau lisait en particulier à la duchesse sa Julie. Les sujets les plus délicats étaient traités dans les réunions au courant de la conversation, comme aux soirées de madame Du Deffand. On décidait des opinions, des usages, des étiquettes, des questions de philosophie et de morale, et c'est de la duchesse de Montmorency-Luxembourg que Ton pouvait dire, comme la Nouvelle Héloïse, qu'un point de morale ne serait pas mieux discuté dans une société de philosophes que dans celle d'une jolie femmme de Paris.
Pierre-Victor, baron de Bésenyal, lieutenant-
colonel des Gardes Suisses, qui a donné des mémoires, a beaucoup prêté de scandaleuses aventures à la maréchale : Il est permis de se défier de ce témoignage ; mais il a consigné dans ces mêmes mémoires, une parole qui explique la considération dont jouit la maréchale à la fin de sa vie : « En France, pourvu qu'on soit opulent et qu'on porte un beau nom, non seulement tout s'oublie, mais même on peut Jouir d'une vieillesse considérée après une jeunesse des plus misérables. »
Le duc de Lévis a mieux parlé de la maréchale que le baron de Bésenval, ce témoignage est celui" auquel il faut s'en tenir :
« Jamais censeur romain n'a été plus utile aux mœurs de la république que la maréchale de Luxembourg l'a été pendant les dernières années qui ont précédé la Révolution, à l'aide d'un grand nom, de beaucoup d'audace et surtout d"une bonne maison, elle était parvenue à faire oublier une conduite plus que légère et à s'établir arbitre souveraine des bienséances, du bon ton et de ces formes qui composent le fond de la politesse. Son empire sur la jeunesse des deux sexes était absolue : elle contenait l'étourderie des jeunes