LA DUCHESSE DE KINGSTON
On prisait fort les grands jours de madame Marie de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand, née en 1697, nièce de la dame d^honneur de la reine, la duchesse de Luynes, et parente éloignée du duc de Choiseul, alliée aux Chavigny, à la duchesse de Châteauroux, arrière-tante de Parchevêque de Toulouse, Loménie de Brienne. C'était une femme de qualités éminentes, mais de caractère bizarre qui, pour s'être attardée jadis aux intimes causeries du régent de France et du président Hénault, ne trouvait plus, à cinquante ans, qu'un vide affreux dans les commerces sans pointe de galanterie ou dHntrigue. Elle a été la Sévigné
du xYiii^ siècle, comme épistolaire, malgré ses mortels ennuis et sa moquerie jusqu'au sang pour la tirer de ses vapeurs. Elle a été, en résumé, la personnification des audaces, des corruptions et de l'esprit de son siècle. D'un revers d'éventail, elle déchirait les plus belles œuvres de l'esprit, quand c'était son humeur. Elle disait de l'Esprit des Lois: « C'est de l'esprit sur les lois, » dont la lecture abrégerait sa vie et la ferait mourir d'ennui. Elle traitait par-dessus sa cornette souveveraine, les choses de politique, de religion, de beaux-arts et de cœur, et jugeait avec une juste sévérité Marmontel, à propos de ses Contes Moraux en disant de lui qu'il n'était qu'un gueux revêtu de guenilles, Elle n'épargnait pas davantage les personnes. C'était l'esprit, mais l'esprit à outrance, le mépris profond des hommes, encore plus des femmes, une causticité qui ne s'épargnait pas elle-même. Elle n'a que des paroles dures pour J.-J. Rousseau, Bufîon, Saint-Lambert, Saurin, Helvétius, Thomas, Marmontel, D'Alembert après sa rupture avec lui, quand elle parle de leurs ouvrages. « Monsieur, écrit-elle à Walpole, soyez sûr qu'il n'y a rien de plus ennuyeux, de plus fastidieux, que tous