‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 29 sur 60 · LA DUCHESSE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE LA VALLIÈRE

mariés.» L'une des plus jolies femmes du xvni" siècle, comme aussi Tune des plus aimables et qui, dans sa - vieillesse , fut Tobjet d'un charmant impromptu que voici, de madame d'Houdetot :

La nature, prudente et sage,

Force le temps de respecter

Les charmes de ce beau visage,

Qu'elle n'aurait pu répéter.

Elle était en effet devenue la plus jolie femme de soixante ans qui ait jamais existé. Jusques là elle ne s'était refusée à personne. Aussi, « M. de Barbançon qui avait été très beau, dit Champfort, possédait un très joli jardin que madame la duchesse de la Vallière alla voir. Le propriétaire, alors très-vieux et très-goutteux, lui dit qu'il avait été amoureux d'elle à la folie, madame de la Vallière lui répondit : « Hélas, mon Dieu ! que ne parliez-vous ? Vous m'auriez eue comme les autres. »

L'époque de sa jeunesse n'était pas loin de celle où le duc d'Aumont et le duc de Mazarin vivaient et mouraient chez des danseuses, où d'Argenson se créait un sérail dans l'abbaye de Notre-Dame du Traisnel ; c'était celui où la femme du Polignac

dit Vlmhécile disait à son mari : « Je suis grosse, vous savez que ce n'est pas de vous; mais je ne vous conseille pas de faire du bruit, car s'il y a procès à cet égard, vous perdrez : vous savez bien qu'elle est la loi dans ce pays : tout enfant né dans le mariage appartient au mari. Ainsi, cet enfant est bien à vous; d'ailleurs je vous le donne.» Et cette madame de Polignac avait une rivale digne d'elle dans la dévergondée madame de Nesle, avec laquelle elle devait se battre au pistolet, dans le bois de Boulogne, pour. « ce grand veau de Soubise » comme l'appelle madame d'Orléans dans ses mémoires (i).

On soupait aussi chez madame de Broglie, chez madame de Crussol, chez madame de Bussy.

Les soupers du baron de Breteuil, ministre de la maison du Roi et de Paris, étaient fort recherchés. On y voyait très-bonne et très-amusante compagnie, au rapport de la baronne d'Oberkirch. (2) « C'était dit-elle, l'endroit où il se racontait le plus d'anecdotes et d'histoires de toute espèce.

(!) Mémoires, fragments historiques et correspondances de Madame la duchessj d'Orléans, princesse palatine. Edition Busoni, p. 255.

(2) Mémoires, t. 2, p. m.

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Breteuil recevait assez volontiers les poètes, les gens d'esprit, même les artistes. «

Le baron d'Holbach dont on suivait également beaucoup les sociétés, qui se réunissaient régulièrement les dimanches et les jeudis, s'entourait des plus marquants entre les gens de lettres surtout les libres - penseurs ; Diderot, l'abbé Raynal, Helvétius, le baron de Grimm, lequel avait aussi toutes les semaines son petit dîner de garçon, et Jean-Jacques-Rousseau, avant qu'il se fût fait sauvage; Volney, qui s'appelait alors £omgirais, Barthe, Venelle, Rouelle et ses disciples, Roux, Darcet, Duclos, Saurin, Suard, BouUanger, Marmontel, Saint-Lambert, La Condamine, Ghastellux, de Margency, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et ancien ami de madame d'Epinay. Tous les étrangers de mérite qui venaient visiter ou habiter Paris s'y faisaient recevoir : Hume, Wilkes, Sterne, Galiani, Caraccioli, le lord Shelburne, le comte de Creutz, le comte de Veri, ambassadeur de Sardaigne, Grisi, Garrick, Franklin, le prince héréditaire de Brunswick, Priestley, le colonel Barré, membre des Communes d'Angleterre, le baron de Dalberg, depuis électeur de Mayence.

Ce salon du baron d'Holbach était parfois amusant quand Texcellent conteur Galiani prenait la parole. Diderot proposa un jour de nommer un avocat de Dieu. On choisit, Tabbé Galiani fut nommé. Il s'assit et commença ainsi : « Un jour, à Naples, un homme de la Basilicate prit devant nous six dés dans un cornet et paria d'amener rafle de six. Il l'amena du premier coup. Cette chance était possible. Il l'amena sur le champ une seconde fois ; je dis la même chose. Il mit les dés dans le cornet trois, quatre, cinq fois, et toujours rafle de six. Sangue di Bacco ! m'écriai-je, les dés sont pipés, et ils l'étaient.»

On eut aussi les journées de campagne de la charmante comtesse de Tessé, de la marquise de Mauconseil, l'amie du duc de Richelieu, et celles de la comtesse de Valbelle, le salon de la baronne de Staël, heureuse de retrouver son ruisseau de la rue du Bac, salon que son amie la vicomtesse de Noailles contribuait à illuminer.

La duchesse de Kingston, en son hôtel de la rue Coq-Héron, qui s'appelait autrefois l'hôtel du Parlement d'Angleterre, réunissait la société la plus brillante, la plus curieuse en grands seigneurs, en artistes, en gens d'esprit de toutes les

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