MADAME DE SIMIANE ET DE SERAN
autrui parce qu'elle avait un cœur adorable, une âme élevée, un grand bon sens et un tact parfait.
On avait, encore -les salons de madame Filleul où brillaient un des intendants des menus plaisirs, Cury, de toute la finesse de son mordant esprit, et la ravissante comtesse de Séran, de tout l'éclat de sa jeune beauté et de son enjouement naïf. Ces belles qualités lui avaient valu la faveur du Roi auprès de qui elle faillit recueillir la succession de madame dePompadour: mais Louis XV, étonné devant sa vertu, sut se contenter d'une admiration innocente, d'unentretien aimable et doux et d'une correspondance contenue ; illarespectaittroppour tenter jamais d'être plus que son pur amii. Là se voyait aussi la spirituelle Julie, devenue plus tard la femme du marquis de Marigny, frère de madame de Pompadour. A ces soupers personne ne songeait à faire montre d'esprit. C'était le moindre souci de l'hôtesse et des convives, et cependant on y en dépensait beaucoup et du meilleur (i).
Après ces sociétés et celles de Thôtel deBrancas, dont la chronique scandaleuse répandit le bruit que la vieille duchesse épousa l'ex-jésuite Cerutti ; on eut les salons et les soupers de la duchesse de
(I) Mémoires de Madame de Genlis.
Gramont, du duc de Choiseul-Gouffier, de la marquise de Broglie, de la marquise de Gambis, de la marquise de Caraman, de la princesse de Bouillon, de la maréchale de Mirepoix, de la gaie et originale marquise de Livry, si vive et déterminée qu^m jour elle lança d'un bout à Pautre d'un salon à la tête d'un discuteur, sa mule, une vraie pantoufle de Cendrillon (i).
On peut citer encore la comtesse de Lamassais, femme d'esprit dont la maison était comptée parmi les plus agréables de Paris. On y voyait parfois la duchesse de Bourbon, madame de la Reynière, madame de Melfort, la baronne d'Oberkirch et la comtesse de Genlis, avec sa harpe, qui la suivait partout.
On avait aussi les sociétés de la marquise de Duras, qui, suivant Marmontel, donnait assez l'idée de Junon par sa noble sévérité, et par un caractère de beauté, qui n'avait rien de svelte. A côté d'elle, trônaient l'éblouissante madame de Villaumont, la belleduchesse de Brionneetlajolie comtesse d'Egmont, fille du maréchal de Richelieu et qui en avait toute la vivacité d'esprit avec
(i) Mémoires de Mamontel, t. !="■.
LA MARQUISE DE DURAS 8l
un merveilleux prestige et l'air de la volupté (i). Si la comtesse de Brionne, tout inférieure en attraits qu'elle fûtàraadamedeVillaumont, n'était point Vénus même, c'estqu'elle n'avaitpas la grâce, le piquant, le je ne sais quoi de madame d'Egmont, sans lesquels il n'y a pas de Vénus au monde (2).
On prisait aussi les soupers de la duchesse de Vaujours-la-Vallière, au château de Montrouge. En paraissant dans le monde, elle avait jeté par sa beauté un tel éclat qu'elle avait arraché ce cri au duc de Gesvres, bossu comme Esope: « Nous avons une reine! » Elle réusssit pendant toute la durée du siècle, à remplir son salon par la plus belle compagnie. Son indolence, son amabilité naturelle avec de bonnes manières de maîtresse de maison suffirent à lui attirer la vogue. C'était en réalité une femme toute charmante. Elle était fille. du duc d'Uzès. Elle fut mariée au fameux bibliophile, dont le catalogue de bibliothèque
(1) Son esprit n'était l'objet d'aucune discussion. Il parait qu'il n'en était plus de même de sa beauté plus expressive que classique. Madame Necker dit quelque part:» il n'est pas surprenant que Jean-Jacques Rousseau soit amoureux de madame d'Egmont, car sa beauté est paradoxale, d On dit, en effet, que le paradoxal et trop sensible genevois avait conçu de vifs sentiments pour cette dame.
(2) Mémoires Je Marmontel, t. l".
forme neuf volumes, voluptueux, emporté, qui donna à sa femme Pexemple du désordre de mœurs. Devenue veuve en 1780, elle mourut en 1793. Voltaire avaitfait d'elle leportrait suivant: Etre femme sans jalousie Et belle sans coquetterie, Bien juger sans beaucoup savoir, Et bien parler, sans le vouloir.
N'être haute ni familière, N'avoir point d'inégalité :
C'est le portrait de Lavallière; . Il n'est ni fini ni flatté.
Autre portrait de cette duchesse, tracé par une femme, la marquise de Gontaut : « Une femme belle et aimable, galante sans coquetterie, vertueuse sans sagesse, simple avec dignité, douce par humeur et polie par bonté, sans défauts dans l'esprit ni dans le caractère, et enfin qui serait parfaite, si elle avait autant d'éloignementpour le vice, qu'elle paraît avoir de penchant pour la vertu. » A peine mariée, elle disait à son mari : « Vous avez de bien beaux livres, mais comme M. de Richelieu porte mieux que vous son épée, — On voit bien, madame la duchesse, répondait le duc, qu'il y a six mois que nous sommes