BACHAUMONT ET GRIMM II
bruits publics, ce n'est pas moins, à tout prendre, un recueil de bonne foi, dont les mémoires du temps et les documents inédits ont le plus souvent confirmé les rapports, qui s'est pu tromper, mais n'a pas trompé sciemment. Bachaumont qui, de fort aimable qu'il avait été, était tombé, à la fin de sa vie, dans l'insignifiance d'une médaille effacée, n'a réellement rédigé que les quatre premiers volumes du recueil et moitié du cinquième. 11 mourut plus qu'octogénaire, le 28 avril 1771, quelques mois avant Madame Doublet de Persan, plus âgée que lui de treize ans (i). Les Mémoires furent continués par Mairobert, Après la mort de ce dernier arrivée en 1779, ce fut d'Angenvillequi tint la plume, et la tint si vertement jusqu'en 1787, que le gouvernement lui fit faire un tour à la Bastille.
La correspondance de Grimm, plus complète de douze ans que les mémoires de Bachaumont, de vingt que la correspondance de La Harpe, de vingt-sept que Métra, reflète les derniers rayons du grand siècle et s'éclaire des premières lueurs d'une époque de renouvellement politique et litté-
(i) Louis Petit de Bachaumont, né en 1690, mort en 1771, Madame Doublet, née en 1677, morte en 1771.
raire. Grimm écrit quand régnaient Fontenelle et Montesquieu, où brillaientVoltaire, d'Alembertet Buffon, et termine où se lève Mirabeau.
Encore quelques jours, et Touragan balayait tout, le génie avec le papilottage du siècle, la vieille monarchie d'autre fois, avec le petit carnaval de marionnettes qui riaient presque toujours et ressemblaient assez à des hommes. Aux causeries nonchalantes, aux jeux du théâtre et de Tesprit, de Tamour et du hazard, avaient succédé les clameurs frénétiques, Porgie des paroles, le besoin de conserver avec la soif d''acquérir, et l'échaffaud dressé pour abattre ce qui avait été riche, vertueux ou grand sur la terre, en attendant que la lie retombât au fond par sa propre grossièreté et laissât surnager les grands principes reconquis.
Quant aux nouvelles à la main, elles ont été disséminées aux trente-deux vents du ciel. On en retrouve un certain nombre de numéros épars. Les plus recherchés sont ceux dont la date est antérieure à celle des mémoires secrets, un grand nombre de ceux qu'on rencontre ne sont malheureusement que des chroniques scandaleuses, dont parfois Tindécence révolte et où se reconnaît la