POINT DE SALONS DE CAUSERIES EN ANGLETERRE I
sœur de Tabbesse de Poussey,en Lorraine, fille de notre fameux comte de Gramont, et dont elle égalait la verve spirituelle. Mais très probablement le genre de réunions de causeries n'aurait pas toujours été dans le goût de Lady Montagne, trop personnelle et impérieuse. Avec tout l'orgueil de la duchesse sa mère, avec une éducation trop virile, un esprit inquiet et mécontent, une âpreté sarcastique, une liberté de penser indomptable, elle avait tous les caprices et réunissait tous les contrastes.
Belle comme le beau jour, idolâtrée, elle s'idolâtrait elle-même devant son miroir, jusqu'à quarante ans. A la fois ennemie de son sexe, elle regrettait, dès l'âge de seize ans, de ne pas être née homme, et ne se consolait d'être femme que parla certitude de ne pas être obligée d'en épouser une. Dédaigneuse à outrance, elle rougissait de vieillir, et désormais ne se montra plus qu'en masque, quand les irréparables outrages du temps eurent attaqué son visage. Aujourd'hui, elle e<)t voulu s'élever à la hauteur de la conscience publique et prendre la direction du sentiment national, et tout à Theure, anglaise pur sang, elle eût fait éclater son aversion pour les autres nations.
Elle écrivait que les françaises sont des créatures nauséabondes, « nauseous créatures », avec leurs toilettes, et cependant elle eût cru se manquer à elle-même, si elle n'eût fait venir de France jusqu'aux moindres affiquets. Il est vraiment à regretter qu'elle, ait eu un pareil caractère, car elle avait en réalité des lumières. Sa mère ne voulait pas qu'elle laissât voir un caractère littéraire. Elle avait fait brûler plus delà moitié de la correspondance de sa fille, et l'on ne connaît ses mérites d'écrivain que par un petit volume de lettres avec quelques fragments de poésie. Tout cela aurait eu le sort du reste, et il n'eut demeuré que les vers satyriques de Pope, écrits après leur brouille, si un curieux ne se fût trouvé qui avait gardé copie de quelques écrits de l'ambassadrice. Après la mort de la duchesse, sa mère, sa famille a achevé l'œuvre de destruction, par les mains de lord Bute (i). Les plus jolies lettres qui sont restéees sont celles qu'elle avait écrites de Const^ntinople. Elle avait néanmoins assez d'esprit pour dominer le rogue et injuste orgueil des siens. Elle prétendait se montrer triomphante à la pos-
(r) I. d'Israeli, curiosities of literature, p. 9 et 338 de l'édition d'Edouard Moxoa i838.