‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 48 sur 60 · POINT DE SALONS DE CAUSERIES EN ANGLETERRE I4.S · texte numérisé non relu

POINT DE SALONS DE CAUSERIES EN ANGLETERRE I4.S

hommage de son opéra, dont les héros sont un vertueux voleur de grand chemin et une fille perdue méconnue. Il faut remonter aux audaces d'Aristophane pour trouver des analogies avec les licences que se permettaient quelques dramaturges anglais dans leur théâtre. L'hôtel de Queensberry n'avait vu dans la pièce de Gay qu'une comédie burlesque, un vaudeville sans conséquence, et la duchesse avait pris avec vivacité devant le Roi la défense de Tauteur. Georges lui fit intimer Tordre de ne plus reparaître à la Cour. Conséquente avec elle-même, la fière duchesse repondit et fit mettre sous les yeux du Roi une note satyrique qui a été conservée et fit du bruit dans le monde politique et littéraire du temps. En résumé la duchesse de Queensberry causait en perfection et savait donner à la conversation un tour plein de vie et de grâce, et si un salon régulier de causerie eût pu s'établir en Angleterre, c'eût été chez elle. Mais on ne constitue pas à soi seul un salon. On dit qu'elle brilla dans son regain de beauté, témoin cette épigramme d'Horace Walpole, qui joue sur une ode de Prior :

A plus d'une Quitty Pamour prêta son char pour un jour;

Mais, toujours belle, la Quitty de Prior Ta gardé pendant un siècle.

Entre toutes les femmes anglaises qui eussent pu ouvrir un salon de conversation, lady Mary Wortley Montague, dont nous parlions tout à Pheure, se serait présentée la première, si elle Peut voulu et si la famille n'y eût pas mis obstacle. Elle avait reçu une brillante éducation et avait un goût très-vif pour la littérature. Née à Thoresby, dans le Nottingham, fille du duc de Kingston, mariée en 1 7 1 2 , à Edouard Montague, qui fut ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, elle avait enrichi son esprit par de nombreux voyages, avait appris les langues orientales, avait parcouru la Tunisie, l'Italie et la France. Une femme si heureusement douée eût pu devenir le centre d'une réunion de brillants causeurs. Sa délicieuse résidence de Twickenham s'ouvrait aux personnages les plus distingués de son temps. Lord et Lady Harvey, Pope, Addison, Fielding, qui était son parent, Swift, Steele, Young et quelques autres entre les plus beaux génies, formèrent le fond de sa Société. Là se voyait la comtesse de Strafford,

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