‹ Les salons de conversation au dix-huitième siècleChapitre 55 sur 60 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

qu'a été au vrai le XVIII' SIÈCLE. CONCLUSION ?

Sous Louis XVI, en dépit du chef de l'Etat et de sa pure et délicieuse reine, la cour ne donnait pas toujours un bon exemple, et le comte d'Artois avait une société mêlée un peu vive qui ne le corrigeait pas de sesjeunesses, comme disait Louis XVI. Elle se corrîposait de Condorcet, de Ducis, homme de cœur par excellence, de Moreau, historiographe trop peu historien, du spirituel Boufflerssi connu, de Saint-Lambert, du marquis de Montesquiou, et d'autres beaux esprits aussi peu intolérants en matière de religion (i). Et puis les Aspasies chez qui ces athéniens achevaient leur rhétorique, n'avaient pas toutes

(i) Mémoires de Condorcet,Ces mémoires ont été compilés par le marquis de laRochefoucault-Liancourt,fils du célèbre philantrophe.

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le ton de mademoiselle Contât. C'étaient la Duthé, la Dervieux, les plus célèbres courtisanes du temps, pour qui le théâtre n'était qu'un piédestal ; c'étaient la Guimard et la Sophie Arnould, convives des déjeuners de la Duthé, que, pour la vanité de se voir sourire par le jeune comte d'Artois et par le duc de Chartres, Madame de Genlis, « dont la vertu ne voulait pas, dont le vice ne voulait plus, » vantait le plus qu'elle pouvait. Femme étrange que cette femme de tant d'esprit et de bon sens dans le goût, mais qui mêlait le romanesque à la mode avec la religion, et, qui écrivait des traités d'éducation chrétienne dans les loisirs de ses amours!

«En général, à cette époque, nous l'avons déjà dit, l'esprit de la haute classe, emporté sur l'Océan des doutes et des licences, faisait naufrage à travers tous les éblouissements des sens, et une philosophie dissolvante avec séduction, quand elle n'était pas cynique. Les liens de la famille, cette force première de la société, se relâchaient chaque jour davantage. L'autorité paternelle s'affaiblissait. Les liens du mariage ne serraient plus ni les cœurs ni les volontés, à peine si l'on s'imposait encore entre parents les devoirs de

décenceiJGressét peignait son époque en disant :

« La parenté m"'excède. Ces liens et ces chaînes Des gens dont on partage ou les torts ou les peines, Tout cela préjugés, misères des vieux temps, Chacun n'est que pour soi... »

La vie se revêtait d^une teinte romanesque, qui tjop souvent égarait les imaginations. « En tout », comme Ta si bien fait observer la vicomtesse de Noailles, « Tétat exquis, mais factice de la société déplaçait les affections comme les principes. On, portait généralement plus de dévouement dans les liaisons de choix que dans les relations de devoir et de la nature. «

« La morale qui allait diminuant, parce qu'elle ne s'appuyait pas sur la religion, s'égarait avant de s'anéantir. Les vertus philosophiques, bien plus commodes à pratiquer que les vertus chrétiennes, en ce qu'elles laissent le choix des sacrifices, abusaient les âmes généreuses et tranquillisaient celles qui ne l'étaient pas. La société abondait en gens qui manquaient du nécessaire en fait de principes, mais qui se pairaient d'un admirable superflu (i). » L'impression des idées démocrati-

(i) Vie de la frincesse de Poix, p. 3j.

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ques allait bientôt substituer un ordre légal à Tancien arbitraire et forcer les hautes classes à se mettre sur la défensive en améliorant leurs mœurs ; Fheure n'allait pas tarder à sonner pour amener une conclusion.

\ La philosophie spéculative qui prête tour à tour ses livrées à la vérité comme à Terreur, achevait son œuvre au milieu de l'ébulition des esprits, au milieu d'orgueilleuses puérilités, de conversations hardies, neuves, folles ou sensées, f Alors, Fesprit de réforme vint à éclater. Que d'heureux génies ! que d'éclairs de raison illuminaient les discussions ! que de pensées grandes, utiles, fécondes ! que de sentiments nobles, élevés, en dépit des abaissements 1 et quelle révolution de géants pour conclusion !

(Quel charme dans les commencements de cette terrible révolution où les intelligences distinguées, les âmes généreuses de toutes les classes se réunissaient dans le désir du bien ! Le goût ancien y était l'interprète élégant des idées nouvelles^/

Les imaginations vives se flattaient de voir se réaliser les plus belles chimères ; on se dépouillait avec satisfaction de ce qu'on croyait abusif.

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pensant naïvement que les masses auraient la générosité de comprendre et de respecter. Enfin, comme Fastrologue de la fable, on tombait dans un puits, en regardant les astres (i). »

Néanmoins, n''exagérons pas contre le xvai« siècle. En tout temps et en tout pays, il y eut une partie corrompue de la société. Ce n'est pas à dire qu'il faille y voir toute la nation. Le tort capital de la Régence et du règne qui suivit c'est que la corruption et le dévergondage des esprits ont été plus contagieux parce que les exemples du scandale partaient de plus haut : « Le poisson puait par la tête, » dit le proverbe oriental. L'abandon de certaines princesses d'Orléans et de Condé restera pour ces cours un stigmate fatal. Mais en résumé, pour bien comprendre une pareille société composée de classes diverses, coinmuniquant peu ensemble, il faudrait entrer successivement dans l'examen scrupuleux de toutes ces classés dont chacune eut ses vices, mais eut également ses vertus.

Encore une fois, ne nous hâtons pas de tout jeter avec la paille des impies. Il fut encore des

(I) Vie de la princesse de Poix, par la vicomtesse de Noailles.

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justes pour trouver grâce devant celui [qui punit et qui pardonne, des justes qui relèvent le siècle de son bagage d^ihiquifés, d'athéisme, d'imprudentes utopies.

Le prince de Ligne fait observer « qu'on avait alors laissé l'athéïsme aux académies et aux antichambres, et que, dans un salon, personne n'aurait osé se montrer esprit fort. » Et ailleurs il ajoute : « L'incrédulité est si bien un air que si l'on en avait de bonne foi, je ne sais pourquoi on ne se tuerait pas à la première douleur de corps ou d'esprit. On ne sait pas assez ce que serait la vie humaine avec une irréligion positive. Les Athées vivent à l'ombre de la religion, » (i) Madame Necker, dontle témoignage ne saurait être suspect, dit, en l'un de ses écrits, qu'en dépit des mœurs du temps, elle avait trouvé à Paris des cœurs d'élite capables de fonder la plus honorable amitié. Si ce ne sont pas ses propres paroles, c'en est le sens. Encore une fois la littérature dégradée ne fut pas toute la littérature, la société gâtée n'était pas toute la société. La Cour n'était pas tout Versailles et tout Paris, toute la bour-

(1) Les pensées et lettres du prince de Ligne, publiées par la baronne de Staël.

geoisie était loin d'être entamée. Paris n^étaitpas toute la nation. « Le respect des mœurs était encore tout entierdans une petite ville de province (i).» Les villes parlementaires faisaient autant de centres de civilisation, de nationalités, de lumières, polissant Tesprit français dans leurs entretiens, que continuaient leurs correspondances. L'art, les sciences, les lettres y jetaient un vif éclat (2). Et cela remontait bien haut; on y avait compté des bibliothèques incomparables, des réunions littéraires et de causeries qui rivalisaient avec les salons et bureaux d'esprit les mieux famés de la capitale. La bibliothèque de quarante mille volumes et de manuscrits du président Bouhier, fondée par son grand père, augmentée par lui et actuellement à Troyes, attire encore les étrangers dans cette ville. La bibliothèque de Claude Garasse de Pridiane, en Nivernais, qui fut célèbre dans le xvi" siècle, celle du président de Mazaugues, à Aix ; les collections du marquis d'Aiguilles, dans la même ville, le cabinet Crozat,

(1) Mémoires du comte Beugnot. Tome I". p. Sg.

(2) M. Foisset de Dijon, a bien démontré dans son livre, publié en 1842, sur le président de Brosses, ce qu'était une grande ville de province au xviii" siècle, pour les choses de l'intelligence et des mœurs.

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à Toulouse, attestent tout ce que le goût avait de pouvoir dans les anciennes provinces. Là, comme dans la capitale, se trouvait et se perpétuait, au xvni« siècle, un côté de noblesse et de haute bourgeoisie, intelligent, éclairé, laborieux et sain. A la vérité peut-être, ce que Ton y rencontrait le plus souvent était cet ensemble de qualités qui {omV honnête homme, Thomme accompli selon le monde ; cette honnêteté, que le chevalier de Méré avait placée au-dessus de tout et que prônait à son tour la philosophie du xvin^ siècle. Mais on trouvait aussi des hommes qui savaient faire un pas de plus et ne mettaient point la morale en dehors de la religion, qui voulaient soumettre la sensation au sentiment, le sentiment à l'idée, ridée au devoir, épurer la Société par Findividu ; on trouvait des chrétiens qui, au lieu de sacrifier les autres à soi pour être heureux, voyaient le bonheur dans l'abnégation et le sacrifice. Différentes des femmes du siècle de Louis XIV, même les plus légères, qui finissaient, au déclin de la beauté, par un retour à Dieu, la plupart des femmes du siècle de Louis XV préférèrent de se poser en philosophes près des libres penseurs ; mais il en est encore, même à la Cour, qui,

fidèles aux échos des saints lieux, savaient échapper à la contagion, honorer leur vie par de saintes oeuvres, fortifier leur âme par de saintes lectures, s'assurer la paix intérieure par la foi, qui , sachant éviter l'imprudence du paysan d'Horace, attendant que le fleuve se fut écoulé pour passer Peau :

Rusticus expectans dum defluit amnis,

n'attendaient pas l'heure de leur fin pour revenir à Dieu, et mettaient dignement un intervalle entre la vie et la mort, comme l'avait fait, sous la couronne de lys et d'épines, Marie Leczinska, cette martyre cachée entre le trône et l'oratoire. Voilà une princesse modèle, qui aussi simpleque la fille d'Alcinoûs, ne connaissait de fard que l'eau et la neige, et cependant, à l'exemple du peu estimable Soulavie, on a osé l'attaquer, parce que, dans sa pureté religieuse et sa dignité de femme et de reine, le coeur lui levait alors que Louis XV se hasardait à approcher de l'alcôve royale avec la corruption avinée qu'il ne portait que trop souvent dans ses plaisirs faciles.

Louis XIV avait usurpé à son profit la dignité de la nation, Louis XV ne se soucia ni de cette

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dignité ni de la sienne propre. Son esprit ne lui servait qu'à voir ses vices et ses fautes, non à les réparer. Il avait sucé avec le lait la morgue des grands et le mépris pour les petits, et il se souvenait trop de ce mot imbécile de son gouverneur, le maréchal de Villeroy, qui lui montrant de la fenêtre du palais de Versailles la foule assemblée, lui avait dit : •( Tout ceci est à vous. )> Mais quelque vigueur d'âme se gardait encore au milieu des camps et prouvait avec gloire que Tesprit des Catinat et des Villars, avait laissé de vieilles traces. » C'est le temps du dévoûment héroïque du chevalier d'Assas etdu comte de Plélod). Les

Ci) Louis-Robert-Hippolyte deBréhan, comte de Plélo, issu d'une vieille famille bretonne, petit neveu delà marquise de Sévighé, alliô aux Phélypeaux, beau-frère du comte de Maurepas, né en 1699, mort en 1734, vendit sa charge militaire et devint ambassadeur en Danemark. Quand Stanislas Leczinski, pour la seconde fois roi de Pologne, en 1733, fut assiégé par trente mille russes dans la ville de Dantzig, il quitta son poste diplomatique pour courir à son secours avec quinze mille français et força trois retranchements; mais accablé parle nombre, la jambe cassée d'un coup de feu, le ventre criblé de coups de bayonnettes, il mourut au front de bataille. Il eût triomphé si le faible gouvernement du cardinal de Fleury n'eût pas envoyé au roi des secours insuffisants. — Il aimait les lettres, et l'on a de loi quelques poésies. Il fut marié en 1722, à une demoiselle de Lavrillière, et cette union de deux cœurs d'élite devint un modèle d'amour conjugal, à cette époque de mœurs abandonnées. De ses nombreux enfants, une seule fille a survécu, qui fut mariée au duc d'Aiguillon.

L'impératrice Anne avait fait placer dans sa chambre le portrait de ce héros.

qualités relatives de Fleury, en rendant un repos nécessaire à la France, en la gouvernant comme une famille, en rétablissant ses finances, lui avaient permis de se relever de ses pertes, plût à Dieu qu'il n''eût pas laissé dépérir notre marine devant l'orgueil de l'Anglais, cet allié grondeur et intéressé, allié sous la condition de tout recevoir et de ne rien rendre ou de rendre le moins possible ! Il y a toujours une dupe dans les amitiés. Plût à Dieu qu'il n'eût pas envoyé mourir dans la prison de Ham, le brave Jacques Cassard, qui en 1/03, avait nettoyé la Manche des corsaires et réprimé l'Anglais dans la Méditerranée, Cassard, le plus grand homme de mer de son temps, au témoignage de Duguay-Trouin! plut à Dieu enfin que les irrésolutions et les faiblesses de son grand âge ne lui eussent pas laissé entreprendre la guerre de 1761 contre Marie-Thérèse, guerre imprudente et odieuse, entreprise pour dépouiller l'héritière delà maison d'Autriche de la succession paternelle et dont le souvenir devait amener des conséquences si funestes ! Du moins on a vu Etienne- François duc de Choiseul, pacifier la Martinique, relever la prospérité de Saint-Domingue, créer des écoles militaires, réunir la Corse à la France,

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et négocier le pacte de famille. En un mot, lui et Vergennes, à part la paix apparemment inévitable de 1763, que conclut le premier, œuvre honteuse qui livra notre beUe colonie du Canada; avaient d'abord soutenu la dignité nationale à la hauteur du sentiment de Tancienne aristocratie, dédaignant pour le pays les mesquines vanités, et cherchant sa prépondérance dans les profonds intérêts sociaux, dans les vues politiques, dans la réalité des faits et des résultats.

Le traité de Belgrade avait jeté sur la jeunesse de Louis XV comme un reflet du grand siècle de Louis XIV. Et plus tard on vit des ambassadeurs, même de simples commis penchés sur leurs bureaux s'animer d'un zèle éclairé pour le bien public, se sacrifier pour la personne et les intérêts du roi et faire revivre les grandes qualités qui avaient fait Fhonneur et la gloire de la vieille époque des grands souvenirs et des fortifiants exemples.

Affectant, d'un côté, de n'estimer que la guerre et que le plaisir, la bravoure et la grâce, de ne savoir que la vie facile, d'ignorer que le travail est un des plus riches capitaux d'une nation, la noblesse d'alors, ce composé de tous les con-

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trastes, laissait radministration aux bourgeois, les arts aux gens qui n''étaient point nés, la fécondation du sol aux manants. Mais en retour, quand elle n'exerçait pas son privilège de se faire tuer sur les champs de bataille, on la voyait, à son insu, ouvrière de l'esprit, s'associer par toutes les élégances du langage parlé, par ce tact fin et délicat que perfectionne Tusage du grand monde, aux progrès de la langue écrite, et conserver le rôle que lui avait assigné Molière, sous le règne précédent (i).

j| Mêlée à tous les philosophes ; ouverte, par mode et par goût, à toutes les philosophies, elle ne s'en tint pas à cette action sur la langue, elle prit une part active au mouvement duxvin" siècle vers les idées sociales, et il n'était point rare, comme nous l'avons dit, que les plus graves entretiens se tinssent dans les boudoirs.» Ce fut aussi le temps du mépris railleur de toute autorité, du cynisme dans les croyances, du culte public des passions, du décri des bienséances, de l'abaissement des âmes, si élevées dans le siècle précédent. Mais que si une foule de plumes licencia Voir la critique de l'Ecole des femmes : « Sachez, Monsieur Lysidas, que les courtisans ont d'aussi bons yeux que les autres...»

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cieuses mit la nudité des tableaux à la place de la délicatesse du sentiment ; que si Ton eut l'audace de Voltaire, ce grand esprit, à la fois le coupable du xviii« siècle, Voltaire souillant à plaisir un des plus nobles et des plus touchants souvenirs de la France, celui de la pucelle d'Orléans, et supprimant la religion d"'un trait de plume, on eut le Voltaire des histoires, le Voltaire avec sa philosophie généreuse, ses révoltes contre Farbitraire et Tinjuste, ses verves de pure éloquence, son horreur de la phrase, son culte idolâtre de toutes les finesses de la langue, son bon sens suprême, assaisonné de Tesprit le plus séduisant peut-être qui ait existé ; on eut le véritable grand homme du xvm^ siècle, le président de Montesquieu, qui, après avoir comme dit Chateaubriand, laissé tomber contre la «religion des traits qu'il dirigeait contre nos mœurs, a magnifiquement réparé cette erreur dans son livre sur les lois et sur la grandeur et la décadence des Romains; sentant que^ pour élever un monument durable, il fallait en creuser les fondements dans un terrain moins mouvant que la poussière de ce monde. Que n'eut-on pas encore ? On eut là voix de Massillon, le parfum de savoir et de vertu du

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bon Rollin qui faisait venir à lui les petits enfants pour les édifier autant que pour les instruire, avec cette élévation de cœur, cette candeur et chasteté de langage, qui tiennent toujours à la chasteté de Tâme. On eut, en même temps que l'armée savante des austères Bénédictins, Thistorien de TEglise, Claude Fleury ; on eut Télévation et la délicatesse des tendances naturelles de Vauvenargues allant à la morale par les voies chrétiennes en dépit des velléités acquises de scepticisme ; on eut le burin immortel et inflexible de Saint-Simon ; la pureté de Paul et Virginie (i); la grandeur de Buffon relevant de Tordre qui régit la nature, peintre majestueux comme elle et qui semblait moins Tobserver que la deviner.

I II restait encore des* salons où les femmes apportaient le tribut de leur grâces, ce charme indéfinissable qui est comme le sourire de Fesprit, qui prête un tour galant et fin, sans cesser d'être honnête, allie la souplesse à Paménité,' une nuance de malice, tempérée de raillerie légère, à

(0 On pourrait citer aussi le Génie du Christianisme, si voisin duXVIII' siècle par la date de son apparition, puisqu'il vit le jour en 1802 ; mais la Révolution a passi entre les deux, et c'est une frontière naturelle qui empêche de confondre les deux époques.

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une bienveillance presque attendrie| ce qui permettait au prince de Talleyrand de dire un jour ; « Celui qui n'a pas vécu avant 1789 ne connaît pas la douceur de vivre. » On eut encore le salon de l'honnête marquise de Lambert ; les réunions de la duchesse de Luynes, dont nous avons déjà mentionné la sagesse, qui mettait de la coquetterie dansTamitié, etqueTamitié sauva de Famour. On eut la ravissante Madame de Flamarens, un exemple de vertu qui sut échapper aux obsessions du duc de Richelieu, dont la fortune altière se faisait un jeu de toutes les honnêtetés avec ce qu'un poète a si bien nommé les éternels serments d'un jour. On eut la délicieuse comtesse de Sabran dont la beauté,commenous Pavons dit, avait fait rendre les armes à Louis XV, et dont la vertu la fit respecter ; on eut les sociétés de PHôtelde Beauvau où se déployaient toutes les grâces et les finesses de la conversation, avec un parfum de moralité exemplaire. On eut la marquise de Créquy qui trempait sa plume dans les grandes eaux de la foi ; on compte aussi Pun des plus charmants esprits des salons de Chanteloup, Pabbé de Barthélémy, Pauteur trop négligé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce. On eut

les dimanches de Tabbé Morellet dont la maison respirait l'odeur des temps antiques. On vit briller enfin Tintégrite profonde d'une pléiade d'hommes aux fortes études, aux mœurs austères, tels que les Daguesseau, les Caumartin, les Machault, les Turgot, les Lamoignon, les Malhesherbes, les Trudaine, esprits sages et utiles, grands citoyens, à la fois philosophes spéculatifs, magistrats éminents et, à des degrés divers, hommes, sachant au besoin, s'élever au-dessus de la lettre morte et remonter aux véritables sources de la morale et de Téquité, du droitetde la justice. Non, le siècle de pareils hommes, celui de l'Encyclopédie qui, malgré ses défauts et quelques unes de ses tendances, constitue un des beaux monuments de l'esprit humain, ne fut pas le plus méprisable des siècles. Les abeilles sorties des entrailles des taureaux immolés par Aristée ne sont pas mortes de leur putréfaction. Encore une fois, si ce siècle fut celui de l'excès des plaisirs, du dénigrement et de l'ironie, s'attaquant aux choses respectables, il fut en même temps le siècle de l'esprit et le fécond générateur des idées nouvelles : '< Siècle ardent et sincère, dit M. Guizot, siècle de foi et de désintéressement, bien supérieur

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