‹ Les salons de Paris et la société parisienne sous Louis-Philippe 1erChapitre 3 sur 7 · SOIS I.OUIS-I'IIILII'PE I · texte numérisé non relu

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rue pour domain; je voudrais avoir le plus de jeunes gens possible; non pas de ces jeunes gens inutiles qui croiraient se manquer à eux-mêmes en risquant une contredanse, mais des danseurs, de vrais danseurs. — Oui, madame, je vous ai compris; de ces jeunes gens qui ne vont pas seulement au bal pour absorber des sirops ou jouer à l'écarté. — C'est cela précisément; amenezmoi donc le plus de jeunes gens que vous pourrez dans ces conditions-là. — Ils deviennent de plus en plus rares tous les jours, madame. — Je le sais, je le sais ; mais vous n'en aurez que plus de mérite. Adieu, je compte sur vous. » J'ai salué, et ma première pensée a été pour toi, mon cher.

« — Tu es bien bon!

« — Pas du tout ; mais c'est que tu remplis parfaitement le programme de madame D.... Tu as encore des illusions à Tcndioit de la danse; lu po.-sédes un jarret d'enfer; tu es suffisamment réservé en fait de gâteaux et de glaces. Tu étais donc désigné d'avance, dans ma pensée, à lliouneur que l'on })rélend te faire.

« — J'accepte ta proposition; mais tu viendras me prendre.

« — C'est convenu; je serai ici à huit heures et demie précises, et nous ferons notre entrée à neuf lieures.

(En 1831, n'arrivaient à dix heures au bal que les gens qui voulaient faire une immense sensation. Aujourd'hui, on arrive à minuit.)

« — A propos, et quel genre de toilette?

« — Joli petit ordinaire. Ah! dame! nous n'allons pas au bal chez la duchesse de Berry.

« — C'est compris; à ce soir!

« — A ce soir, et surtout ne me fais pas attendre.

« Ludovic est venu me prendre comme il me l'avait annoncé, et notre fiacre nous débarquait à neuf heures, rue de Provence, chez madame D, . *

« Nous sommes montés au troisième étage : une porte enlre-baillée, par laquelle une lumière inusitée se répandait sur l'escalier assez mal éclairé, d'ailleurs, nous a donné accès dans une anlicliambre tout encombrée de manteaux et de

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pardessus que plusieurs bonnes très-affairées rangeaient et dérangeaient à chaque instant. Cette pièce d'entrée était ornée des deux gravures si connues reproduisant les tableaux d'Horace Vernet, intitulés le Cheval du trompette et le Chien du régiment. On prit nos manteaux; on nous donna un petit carton portant un numéro d'ordre que nous devions représenter en les réclamant au moment du départ. La porte du salon, qui s'en^r'ouvrait de temps en temps, laissait arriver jusqu'à nous les accords plus ou moins mélodieux d'un piano, d'un violon et d'un flageolet, orchestre plus que suffisant pour les dimensions de l'appartement de madame D..., nous entrâmes.

« Dans un salon à papier jaune, à meubles recouverts de satin de laine couleur boulon d'or, deux rangs de banquettes supportaient, s'épanouissant dans des toilettes d'une fraîcheur douteuse, sur le devant, une rangée de jeunes filles ou, pour parler plus exactement, de demoiselles (car il y en avait quelques-unes qui avaient déjà, dans le livre de la vie, entamé les pages de la

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vingtième armée); par derrière, une ligne de mamans, velues dans un goût plus ou moins sévère, ornées parfois de bonnets aux rubans versicolores dont l'éclat attirait bien involontairement le regard; ayant aussi parfois le cou entouré d'un boa, sorte de fourrure très à la mode en ce ilionient, et qui affecte la forme d'un serpent « se « déroulant en replis tortueux. »

« Ici j'ouvre une parenthèse pour te redire, à propos de boa, un bon mot qui n'est pas encore trop vieux :

«' Une assez jolie femme, récemment mariée à un homme qui n'a inventé ni poudre, ni pommade, comme disait un coiffeur bel-esprit, mais qui gâte un peu les agréments de sa personne par le ton des Précieuses de Molière, criait assez haut, il n'y a pas longtemps, à la fin d'une soirée : « Mais où est donc ma bête? Avez-vons vu ma « bêle? »

« Elle voulait parler de son boa.

« — Alfred, ta femme te demande! » eut le courage d'aller dire au mari un ami par trop mauvais plaisant. »

(( Ceci dit, je continue.

a Cette double rangée de banquettes s'étendait non-seulement dans le salon jaune, mais encore dans une salle à manger assez grande, pour permettre le développement des contredanses et surtout le passage tourbillonnant du (jalop, qui devient de plus en plus à la mode et que dans le principe on appelait la (jalope. Cette dénomination a cours peut-être encore en province; mais, à Paris, on ne l'emploie plus. Elle serait trouvée trop rococo^ mot que cet biver a vu également éclore.

« Dans une chambre à coucher bleu-tendre, des tables de jeu se trouvaient disposées, et c'était là que paraissaient s'être réfugiés tout d'abord les maris et les pères. Il y avait une table d'écarté et une table de bouillotte. Cette dernière était déjà garnie de son personnel. L'autre, vers laquelle bien des regards se tournaient à la dérobée, n'allait pas tarder à attirer un public trop nombreux pour la satisfaction de la mailresse de maison.

« Celle-ci, rayonnante au milieu de toutes ces

splendeurs, félicitée tout haut, mais enviée et dénigrée tout bas par une quantité de commères charmées d'avoir une occasion de produire leurs filles et d'arriver peut-être ainsi à les bien caser, locution fort usitée en pareil cas, la maîtresse de maison, disais-je, s'est avancée vers nous dès qu'elle nous a aperçus :

« — Ah ! monsieur Ludovic, c'est bien aimable de ne pas nous être venu trop tard.

« — Madame, je vous présente...

« — Monsieur serait bien aimable aussi d'inviter pour cette contredanse une charmante jeune fille que j'aperçois là-bas sur sa banquette.

« Et elle me conduisit immédiatement à la charmante jeune fille. C'était réaliser le dicton si connu : Aussitôt pris, aussitôt pendu.

« Pendant que j'invitais la danseuse désignée et que je cherchais un vis-à-vis, madame D... élait retournée vers Ludovic.

« — Et vos autres amis, disait-elle, j'espère qu'ils vont venir?

« — Certainement, madame, certainement, et tous sont dans les condilions exigées par votre

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programme : Naïveté de la jeunesse; jarret d'enfer; jamais faim ni soif.

« J'avais pris place avec ma danseuse à laquelle sa mère, une femme maigre, coiffée d'un turban, avait crié : « Mâtliilde, prends garde d'accrocher « ta robe! » En face de nous figurait un jeune romantique, habit noir, gilet noir très-ouvert et en pointe, pantalon semi-collant s'arrètant audessus de la ciieville, cheveux relevés et barbe pointue à la Henri III. Ma danseuse, assez jolie, mais très-gauche, paraissait sortir de pension. Répondant par oui et par non aux banalités que l'on échange d'ordinaire en pareil cas, elle ne me semblait pas susceptible de provoquer un dialogue vif et animé, et, dès-lors, mon attention pouvait sans inconvénients se porter tout autour de moi, mes observations aller leur train. Toutes les variétés de la demoiselle se trouvaient représentées dans ce salon, excepté, bien entendu, la fille du duc et pair. Il y avait là la pensionnaire de quinze ans que les enfants de la maison et tous les collégiens qui honorent la soirée de leur présence ne laissent pas un instant à sa place;

la cliercheuse de mari, aux yeux langoureux, pâle, se levant indolemment de sa banquette, cliercliant à mettre le plus d'esprit qu'elle peut dans sa conversation avec ses danseurs, et parvenant avec une certaine habileté à leur faire dire, sans qu'ils se doutent du piège, quel lieu habitent leurs parents, s'ils sont rentiers, propriétaires ou fonctionnaires publics, et s'ils passent l'été à la campagne ; la virtuose, piano et chant, qui entoure son cou d'une écharpe, afin d'éviter quelque enrouement désastreux; joie et gloire de sa famille, elle ne saurait trop se ménager, car elle fait les délices du faubourg Poissonnière; la bonne fille, qui danse comme quatre, rit aux éclats de ce que lui dit son cavalier, le pousse quand il oublie que c'est à lui de figurer, se jette sur les plateaux et renverse les verres de sirop sur elle ; la muse coiffée en Gérés avec une foule d'épis d'or et d'argent, robe prétentieuse et sale, gants qui ont servi quinze jours ; elle se défend de danser, mais finit par accepter l'invitation qu'on lui adresse, ne manque pas de vous demander si vous préférez les Méditotlons

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aux Orientales, et parvient à vous faire savoir qu'elle assistait avec madame Taslu à la dernière représentation de Maiion Delorme; la vieille fiUe, enfin, type particulier d'aigreur, d'envie et de vanité que le grand Balzac a si profondément étudié, si bien dépeint. 11 ne faut que la plaindre, car, après tout, ce n'est pas sa faute.

« Elles femmes mariées? quelles étonnantes variétés dans l'espèce! Mais pourtant ces variétés diverses peuvent et doivent se classer, se grouper, pour mieux dire, par grandes catégories : la femme prude et réellement vertueuse, catégorie assez restreinte, il faut bien l'avouer; la femme qui aime la plaisanterie comme un enfant qui joue avec le feu, mais sans tomber dedans ; celle qui, au bal, est toujours suivie des yeux par un monsieur à moustaches et à l'air farouche, qui n'est pas son mari; la dévote qui porte une robe très-montante, mais qui n'en pense pas moins qu'avec le diable il est des accommodements ; la grande et maigre dont la toilette excentrique a pour effet de la faire paraître plus longue et plus maigre; la petite femme replète qui se

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couvre de bijoux et porte un oiseau de paradis. Je ne parle pas des femmes hors d'âge et qui peuvent dire en commençant un récit, comme cette spirituelle vieille : « Dans le temps que j'étais « femme ! »

« Et les hommes I Ah ! Ton voyait bien qu'une révolution avait passé parla! Un monsieur, capitaine de la garde nationale, arriva en uniforme, sous le prétexte qu'il était de service et n'avait pas voulu manquer l'invitation; en réalité, parce qu'il trouvait que l'uniforme l'avantageait et qu'il voulait produire avec éclat ses épaulettes neuves. Les conversations politiques ne faisaient pas défaut et, tout en dansant, j'y prétais l'oreille.

« — Je vous dis que le licenciement et le désarmement de l'artillerie de la garde nationale amèneront une révolution nouvelle. Bastide et Trélat ne sont pas dos gens avec lesquels on puisse jouer ainsi.

« — Allons donc! vous autres républicains, vous n'êtes qu'une infime minorité au milieu de nous qui sommes disposés à soutenir, quand même, le roi de notre choix.

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« — Comme Bourbon?

« — Quoique Bourbon, comme dit M. Dupin.

« — En attendant, prenez garde aux ides de mars. Nous sommes plus forts que vous ne le pensez.

« — Essayez ; nous vous recevrons à coups de fusil.

« L'interlocuteur républicain était un grand jeune homme coiffé à la malcontent^ vêtu d'un habit noir boutonné jusqu'en haut. Le partisan du gouvernement nouveau était un monsieur gros et gras, à figure réjouie, portant un vaste gilet blanc et un habit bleu à boulons d'or.

« D'un autre côté, c'était une conversation artistique ; là, on ne parlait pas des ides de mars, mais de l'ouverture en mai du nouveau Salon de peinture. On diccutait Ingres, Horace Vernet,Delaroche ; on se demandait si leurs œuvres à la future exposition seraient nombreuses ; on se prenait aux cheveux à propos de Delacroix, que l'on contestait et que l'on défendait avec une égale ardeur.

« Ailleurs on disait :

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« — Il parait que Balzac prépare un roman qui sera intitulé : la Peau de chagrin.

« — (Ju'cst-ce que cela veut dire, la peau de chagrin? demanda une grosse dame en minaudan t.

« — Parbleu! reprit un loustic de salon, c'est bien simple, et il lit à cette question une réponse telleque je juge inutile de la reproduire, plaisanterie au gros sel qui annonçait assurément une éducation très-distinguée ou un sans-façon bien grand : elle fut accueillie par des rires approbateurs.

« — Ce diable de Gustave a toujours le mot pour rire, dit un des assistants. C'est égal, ajouta-t-il, je préfère bien Paul de Kock à Balzac. Au moins, avec le premier, on sait tout de suite à quoi s'en tenir, tandis qu'avec l'autre il faut être le plus souvent deux heures à chercher ce qu'il veut dire. Il a surtout de longues descriptions du cœur humain qui sont assommantes. Il emploiera trois pages à vous expliquer comment une femme élernue.

« — J'adore cela, dit un jeune blond.

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« — C'est possible; mais je suis désolé de ne pas partager votre avis.

« — Jules Janin va aussi publier Barnave.

« — Bar... quoi?

« — Barnave.

« — Ahl ail!... fil l'autre.

« Et il se leva prudemment pour aller à la table d'écarté où on criait : « Un rentrant ! »

« Je me dirigeai aussi de ce côté; la partie semblait animée. Sept ou huit messieurs étaient groupés de chaque côté; il y avait bien, ma foi, trente-cinq francs sur la table.

« — Il manque cinq francs ! cria-t-on.

« — Je les fais! eus-je l'imprudence de répondre.

« Le mot était à peine lâché que la maîtresse de maison fit signe à son mari, qui avait l'œil sur tout, de venir me relancer.

« — Ah ! jeune homme, me dit-il, ce n'est pas bien de délaisser les dames pour le tapis vert.

« — Mais, monsieur, je ne les ai pas délaissées du tout. Je suis un peu fatigué... voilà la raison.

« La muitresse de maison intervint.

« — Monsieur, dit-elle, \'ous n'avez dansé que neuf contredanses, trois valses et deux galops avec mesdemoiselles*** et mesdames ***.

« Je fus épouvanté de cette mémoire spéciale ; j'inclinai la tête, et je répondis :

« — C'est vrai, madame.

« — Eh bien ! alors, vous ne devez pas vous dire fatigué. A votre âge !

« — Je crois bien, dit le mari, à voire âge, j'en dansais trente sans me sentir aucunement las,

« — Tenez, reprit sa terrible femme, vous voyez bien, là-bas, cette dame avec une robe écarlate? Eh bien! vous me feriez un sensible plaisir en allant l'inviter.

« Pendant ce dialogue, ma pièce de cinq francs avait passé dans le camp ennemi.

« Conduit ou plutôt entraîné par mon bour^ reau, je me dirigeais vers la dame écarlale. Le monsieur à habit bleu et à boutons jaunes m'arrêta par le bras.

« — Monsieur, il y a un bal au profit des Polonais; vous souscrivez, n'est-ce pas?

« — Eh! monsieur, vous voyez bien que je n'ai pas le temps !

« Ce mot me sauva. Je courus à la danseuse désignée; je la fis figurer avec une ardeur passionnée qui dut bien l'étonner sans doute, mais qui évidemment la charma. Dès que je l'eus ramenée à sa place, je me glissai dans la pièce voisine, sous le prétexte de respirer un peu, et, par le fait, je respirai tout à fait, car je m'élançai à la porte sans être aperçu. Je tendis fébrilement le numéro de mon pardessus à la camériste, qui, pleine d'intérêt pour moi, me crut malade cl s'empressa de me le trouver. Comment descendis-je l'escalier? Je n'en sais vraiment rien; mais ce qu'il y a de bien cerlain, c'est que le traître I-udovic l'avait descendu avant moi, me laissant dans cet affreux guêpier.

« Voilà, mon cher, nos plaisirs de l'hiver de 1831. Deus uobis hxc otia fecit.

« Ma foi, j'appelle Deus la révolution de juillet 1830. Je me trouve trop poli; il y a des nuances. «

Cette lettre intime adressée alors à un ami et

pour le sans-façon de laquelle je dois cerlainement réclamer toute l'indulgence du lecteur, n'en présente pas moins un tableau assez complet des salons de celte époque transitoire. *

L'Exposition de peinlure, dont on se préoccupait déjà, à bon droit, ne ressembla pas aux Expositions Irop multipliées de notre temps actuel. Elle renferma un grand nombre de tableaux et de sculplures hors ligne, et qui sont restés comme des chefs-d'œuvre des maîtres qui les produisirent.

Le gouvernement de la Restauration avait lait beaucoup pour les arts, et, bien conseillé par les hommes spéciaux qui l'entouraient, notamment par le comte de Forbin et M. de Caillcux, M. Sos- Ihcnes de la Rochefoucauld, qui avait les beauxarts dans ses attributions, sut bien distinguer les artistes d'un vrai talent, et eut la main heureuse en fait de commandes ou d'achats. C'était un galant homme dans toute l'extension du terme que cet honnête vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld, et il est triste de penser que ses (jualités et ses mérites relatifs l'aient moins po-

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pularisé que sa fameuse ordonnance sur les jupons des danseuses de l'Opéra. Tel est le monde et sa justice distributive.

Bien traités et largement récompensés par le gouvernement qui venait de tomber, les artistes, à l'exception de quelques enthousiastes, ne \irent pas d'abord sans une certaine inquiétude la révolution qui venait ainsi menacer leurs intérêts et, pour un grand nombre, froisser leurs sympathies. Mais le gouvernement nouveau était disposé à suivre les errements de celui qui l'avait précédé; et d'ailleurs, précisément parce qu'il était nouveau, il avait de nombreuses commandes à faire. Ainsi, à l'Exposition de 1851, il y avait une grande quantité de tableaux de circonstance. A celle de 1827, on n'avait vu qu'un seul portrait du roi Charles X; mais, cette fois, on ne comptait pas au Louvre moins de douze portraits du roi Louis-Philippe et de dix bustes de ce prince. M. le duc d'Orléans était également reproduit plusieurs fois, soit en colonel de hussards, soit en artilleur de la garde nationale, le mousqueton à la main. Puis venaient les grandes

scènes politiques : Louis-Philippe prêtant serment à la nouvelle Charte; Louis-Philippe passant, en compagnie du général la Fayette, une revue de la garde nationale ; la toile de Delaèroix représentant la Liberté guidant le peuple aux barricades ; enfin des scènes épisodiques telles qu'un Bivouac dans la cour du Louvre, l'Enterrement des victimes de Juillet, etc., etc.

II y avait un contraste assez piquant entre les tableaux de ce genre et ceux qui, commandés par l'ancienne liste civile, reproduisaient des scènes de la Restauration, telles que le Combat de Navarin, la Prise d'Alger, ou le Dévouement de l'héroïque Bisson. D'un côté, le drapeau blanc; de l'autre, l'étendard tricolore qui lui avait si inopinément et si rapidement succédé. Les porlrails particuliers présentaient aussi une mêlée assez curieuse : M. de la Fayctttî, Adolphe Nourrit, quatre fois reproduit; le maréchal Soult, l'avocat Déquevauvilliers, lieutenant-colonel dans la garde nationale ; le célèbre Quiroga, Debureau,M. Agier, Labbey de Pompiéres, madame Anatole de l'Opéra, le comte de Flahaul, mademoiselle Minette,

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le maréchal Maison, M. Cousin, mademoiselle Léonline Fay, M. de Laborde, le duc de Fitz-James, et tant d'autres bien surpris de se trouver ainsi rapprochés et confondus.

L'Exposition avait été ouverte au mois de mai. Le roi Louis-Philippe la visita plusieurs fois. C'était après quatre heures que ces visites avaient lieu. Le roi, dès le premier jour, païut enchanté et disait à toutes les personnes qui, ministres, généraux ou hauts fonctionnaires, étaient témoins de sa vive satisfaction :

— Vous devez être content ; quelle magnifique Exposition !

11 avait bien raison ; chacun devait ressentir un mouvement d'orgueil national en parcourant ce Salon de 1831. On va en juger :

Paul Delaroche, ce peintre sage, habile dans le choix de ses sujets, suffisamment coloriste, suffisamment dessinateur, dont les tableaux iront toujours en augmentant de valeur, Paul Delaroche avait là ces deux charmantes toiles vulgarisées par la gravure et connues sous le nom de Richelieu et de Mazarin. On sait avec quel esprit

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de composition, avec quel éclat de couleur ces deux tableaux étaient exécutés. Ils ont passé depuis dans la galerie Pourtalés. Une autre toile fort importante de Delaroche attirait vivement l'attention, et à bon droit, assurément : c'était le CromweU ouvrant le cercueil de Charles F'', peinture large, d'un ton vrai, à laquelle on n'aurait pu reprocher qu'un peu de froideur. Cela tenait à ce que l'artiste avait dessiné la ligure de son Olivier CromweU d'après un plâtre moulé sur nature, et que la ressemblance cherchée dans la mort donne toujours un résultat identique, par rapport à la vie, à celui que donnerait le plus beau clair de lune par rapport à la lumière du jour. Delaroche exposait encore cette année-là son charmant tableau des Enfants (VÉdouard.

Léopold Robert avait au Salon son magnifique tableau des Moissonneurs, et jamais peut-être peinture n'avait aussi bien fait comprendre l'Italie que celle toile éclatante avec ses femmes brunes et sévères, ses tètes si expressives, ses terrains calcinés dont les contours se découpaient si nettement sur l'azur du ciel. Ary Scheffer était

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représenté au Salon par sa splendide Marfjuerite. Horace Vernet exposait, avec une ou deux toiles officielles, le portrait de sa fille, non mariée encore, et qui devait être un jour madame Paul Delaroclie. Celait un superbe portrait, exécuté avec un art et un goût infinis, et le peintre y avait habilement surmonté une difficulté suprême, celle de peindre le personnage en pleine lumière, sans ombre aucune.

Depuis, les traits de mademoiselle Horace Vernet, devenue la femme du grand artiste, ont été reproduits sous un costume d'emprunt dans la belle peinture murale de l'hémicycle du palais des Beaux-Arts, ainsi que ceux de son amie d'enfance, la belle et sympathique duchesse de Fitz- James, morte si déplorablement, brûlée, à sa villa de Saint-Germain.

Gudin exposait en 1851 quelques-unes de ses meilleures marines. On admirait alors avec quelle variété de tons il passait du ciel et de la mer d'Afrique aux brumes des climats septentrionaux. Les tableaux du Gudin d'alors ne ressemblaient guère à ceux du Gudin d'aujourd'hui. Il y a pour

les peintres comme pour les artistes dramatiques un moment où il faudrait se retirer de la

lice pour demeurer entouré de son auréole et

♦ conserver tout son prestige. Camille Roqueplan

avail, lui aussi, de fort belles marines au Salon

de 1851. De plus, il avait exposé de charmants

pastels.

Il serait trop long d'énumérer toutes les œuvres remarquables que réunissait cette Exposition de peinture et de sculpture, où Foyatier avait son Spartacus, Dantan des bustes superbes, Antonin Moyne ses Démons luttant sur un cheval.

Ah! le roi Louis-Philippe avait raison d'être contenl. On pouvait l'être à moins.

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