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tement, qu'il est bien lieureux s'il n'étouffe pas.
Si j'insiste là-dessus, c'est que ce genre de soirée fut trés-fréquent l'hiver dernier, sous prétexte de proverbes... Ah! jouez des proverbes, des comédies même 1 Mais qu'on puisse circuler, causer, voir ses amis, échanger des idées, avoir son esprit à soi jusqu'au jnoment où le proverbe vient mettre à votre disposition l'esprit des autres : que l'on soit dans un salon et non dans une salle de spectacle!
Pour en revenir à d'ArHncourt et à l'aimable enfantillage de sa vie, il n'eut d'original que sa constante imitation d'une autre personne, et cette personne fut Chateaubriand.
Chateaubriand avait révélé son nom au monde littéraire avec un grand éclat par le Génie du Christianisme, où les épisodes de René et d'Atala avaient excité les sympathies des esprits les plus frivoles, comme l'ouvrage eu lui-même excitait celles des esprits les plus sérieux. Les critiques avaient bien signalé des images un peu bizarres et des formes de style inusitées, mais Chateaubriand s'en servait pour buriner de belles pensées, et les inversions, les alliances de mots qu'un goût se-
vère pouvait ié}iiouver, rendaient plus vives ol plus saillantes les belles choses qu'elles exprimaient. D'Arlincourt imita en les exagérant cesexcentricités, et dans son premier ouvrage intitulé le Solitaire, il y avait ceci : n Bleu était le ruban qui d'Élodie ceignait la taille. »
Voilà où en arrivait l'imitation. 11 continua ainsi, dans ses actions comme dans ses œuvres, à imiter Chateaubriand, et disait lui-même :
— Paris ne s'occupe que des deux vicomtes... les deux grands écrivains du dix-neuviéme siècle.
Et ce qui est étonnant, c'est qu'au milieu de tout cela d'Arlincourt était nn homme d'esprit el même vraiment de beaucoup d'esprit; il causait bien, sa conversation était amusante, spirituelle, do bon goût, et toujours aimable de bienveillance pour ceux qui étaient là : de plus, il y a du talent réel dans quelques-uns de ses ouvrages. Une personne qui lirait sans prévention trouverait certainement dans l'Hrrhagnr et dans d'autres deses romans assez d'imagination, d'art, d'intérêt et de style, pour penser que l'auteur ne doit pas être mis au rang des écrivains qui ne comptent pas: el cependant il y a aussi trop de choses exa-
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gérées, fausses, ridicules et bizarres, pour qu'on ose en placer l'auteiu' au nombre des écrivains de mérite qui doivent compter... Souvent il m'a fait penser à ce vers sur quelqu'un qui reçut du ciel en intelligence :
Trop pour l'obscunté, pas assoz pour la gloire.
Il est bien entendu que d'Arlincourt fit aussi sa tragédie, et que c'est à celle-là surtout que le public se donna des joies î II y eut des éclats de rire qu'aucuiie comédie de notre temps n'a jamais su provoqiier.
Cela s'appelait le Siège de Paris !
Un des persomiages disait ce vers :
.l'habile à b montagne, et j'aime à la vallée.
On répétait : A l'avaler.
In peu plus loin celui-(n :
Mon vieux père, en ce lieu, seul à manger m'apporte.
On redisait : Seul a mangé ma porte.
— Ces gens-là ont de bonnes dents 1 s'écria un plaisant du parterre.
-l-l'-. LE SALON
Et mille cris joyeux répondirent à cet élan.
D'Arlincourt souriait :
— C'est comme Chateaubriand et comme Victor Hugo, disait-il.
Et il se frottait les mains.
Mais qui aurait eu le courage de le critiquer sérieusement? Qui aurait voulu affliger un si excellent homme? On lui donnait tant de bonheur avec un éloge, il en était si prodigue avec les autres, il savait si bien les provoquer! 11 y a des gens qu'il est impossible de ne pas louer, leur orgueil et leur vanité sont sans cesse en quête d'éloges; leurs paroles, leurs regards, et même leur silence, en sont tellement avides, qu'ils semblent toujours vous dire : « Pour mes pauvres, s'il vous plaît? » >'ous ne pouvons pas indiquer ici tous les moyens ingénieux dont se servait d'Arlincourt pour obtenir <les louanges dans les journaux. 11 y a eu dans ce genre les scènes les plus singulières. Lue fois, entre autres, il s'était lié avec un rédacteur du Journal des Débats et en avait obtenu la promesse d'un compte rendu favoiable de l'ouvrage nouveau qu'il venait de donner au public. C'était un poëme intitulé : Ismalie, on la Mort et l'A-
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mour... Ce lilre promettait, mais non pas de ces choses simples et raisonnables particulièrement en estime dans cette feuille. D'Arliiicouit, craignant de n'avoir obtenu qu'une promesse aussi fantastique que son ouvrage, ne cessa pas un seul jour de se rendre au lever de son rédacteur, de le saluer à son réveil et de lui tendre au saut du lit sa plume et ses pantoufles... Le rédacteur ne put résister longtemps à ces sollicitations quotidiennes. L'article fut rédigé un matin, et, moitié plaisant, moitié sérieux, il mêlait quelques observations nécessaires pour faire passer l'article à quelques louanges pour satisfaire l'auteur... A partir du moment où l'article fut écrit, d'Arlincourt ne quitta plus un instant le rédacteur sm'pris; il n'avait pas compté là-dessus, mais il devina sans peine qu'il fallait que l'article passât et fût inq)rimé dans le journal pour qu'il retrouvât sa liberté. Et le voilà qui est "à son tour obligé de presser le rédacteur en chef.
L'article s'imprime et va passer. C'était là où l'attendait d'Arlincourt. C'était le grand jour, le jour du triomphe, mais il fallait qu'il fût complet. En conséquence, comme on n'est jauiais mieux
servi que quand on se sert soi-même, d'Arlincouji donna ce jour-là tant d'occupation au critique et le fil inviter avec lui à un si bon diner, que c'était cruel vraiment de quitter une table succulente pour aller dans une triste imprimerie corriger l'épreuve de l'article qui paraissait le lendemain. Quoi de plus naturel que de voir l'auteur du livre auquel on rendait service rendre service à son tour au rédacteur en lui laissant savourer les mets délicieux et l'agTément de la bonne compagnie, dont il serait obligé de faire le sacrifice s'il quittait la fable pour le journal?
D'Arlincourt pouvait-il faire moins pour son ami que de lui épargner cette peine en courant luimême à l'imprimerie '? Il avait sa voiture à la porte. il s'y rendait, arrivait de la part du rédacteur, corrigeait les fautes d'impression laissées par le proie, et revenait Iieureu.v d'avoir rendu un service.
Cela était lellement naturel, que tout le monde approuva. Devant cette approl)alion générale, d'.\rlincourt ne connut plus d'autre idée que celle d'une approbation sans mélange, et, dans son entlinusiasmc louangeur, il effara de l'article tout ce
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(jiii eût énoncé ou même laissé deviner le plus léger blâme; il fit plus : il ajouta des mots plus llatleurs et substitua des êpithètes plus laudatives aux éloges restreints donnés par l'auteur de l'article. Partout où s'élait vu le mot « talent, » il mit « génie; » aux expressions faibles de « bonnes choses, » il substitua les mots plus ex[)licites de « choses sublimes, » et tout l'article, ainsi revu, corrigé et considérablement augmenté de louanges, parut le lendemain, à la grande surprise de celui qui l'avait signé.
Ce lendemain-là fut un jour de fête pour d'Arhncourt. Dès le matin, il monta en voiture (c'était à une des époques où il fut riche), et, après avoir acheté une énorme quantité de numéros du Journal des Débats du jour, il se promena chez toutes les personnes de sa connaissance, leur parla incidemment de son livre et de l'article (jui avait, disait-il, causé ce malin-là sajoieetsonétonnement, vu les restrictions habit uelles des éloges de cette feuille recommandable, où la louange, par conséquent, doublait de prix... Puis il tirait négligemment le journal de sa poche, et, après l'avoir tenu assez longtemps à la main pour laisser place aux
instances réitérées d'en faire la lecture, il mettait tant de grâce en lisant, tant d'enthousiasme et un air si pénétré dans les passages les plus louangeurs, que c'était un charme de l'entendre.
On a tant de plaisir à voir un heureux, et son bonheur était si expansif dans un pareil moment, qu'on en avait l'âme ravie.
Après avoir fini sa lecture, il ne restait que le temps nécessaire pour jouir de la satisfaction des autres et se retirait ensuite, ayant bien soin d'oublier le journal dans^ni endroit où il était sûr qu'on le letrouverait.
Mais de toutes les choses singulières que lit naïvement cet excellent homme, la plus extraordinaire, à mon avis, fut celle-ci. Après cette vie toute remplie de véritables enfantillages, occupée par les soins naïfs de cet égoïsme inoffensif, mais puéril, (|ui n'eut jamais un mot blessant pour personne, mais qui travailla sans cesse à obtenir des paroles d'admiration pour lui-même, il s'avisa, vers les derniers jours de cette paisible et radieuse existence, de vouloir éciire... quoi? Je pourrais dire encore : Devinez. Mais vous ne le pourriez pas. Kh bien, cet homme frivole qui n'avait jamais ni
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VU ai cherché un seul instant le réel, le vrai, le positif, s'avisa de vouloir écrire l'histoire.
Oui, l'histoire contemporaine, l'histoire ardente et compliquée de notre époque, où la plus ingénieuse sagacité et le plus grand esprit de justice ont peine à dire la vérité et ne peuvent le faire qu'en soulevant les passions, les haines et les vengeances.
Pauvre cher d'Ârlincourt 1 mouton révolté qui voulut un jour hurler avec les loups!
Mal lui en prit, et il eut mille chagrins pour son Histoire de la Pu'pvblique romaine. Passe encore si c'eût été la répuhlique de Brutus et de Scipion ; elle est trop loin de nous pour quil hii arrivât malheur s'il s'était trompé sur les intentions de ses héros. Mais il écrivit l'histoire de cette récente république dont les défenseurs ne se percèrent pas le cœur de leur épée, connue Caton, quand ils se virent vaincus, mais percèrent le cœur ded'Arlin- <i0urt quand ils se crurent calomniés.
On lui fit un procès en diffamation, à lui, le plus <îandide des hommes ; un procès en police correctionnelle, à lui, le plus poétique dos élégants écrivains !
11 fut atterré, et on le vit courir éperdu tout Paris ce jour-là.
Cependant il reprit courage le lendemain, et se défendit vigoureusement pendant plus d'une année que le procès alla de tribunaux en tribunaux. Mais une partie des forces qui restaient à sa vieillesse s'usa dans cette lutte et dans les trop vives émotions que lui avait causées son nouveau mariage. Tout cela avança la fin d'une vie qui n'était plus de force à résister à de violents assauts.
C'était un homnîe réellement bon, dont les prétentions pouvaient amener le sourire aux lèvres, mais ne jetaient jamais rien d'amer au cœur des autres ; il fut l'exagération des petites vanités de certains hommes de notre époque, et comme une espèce de parodie pour en faire ressortir les ridicules puérilités.
Cai' nous en avons vu plusieurs et nous en voyons encore, et cela parmi les plus grands esprits de notre époque, qui usent le meilleur de leur force et de leur temps à travailler à lem' propre slatue ; au lieu de s'occuper à produire des œuvres dignes d'admiration, ils ne pensent qu'à se faire vanter pour des œuvres médiocres et
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s'enivrent au bruit qu'ils ont eux-mêmes préparé, croyant tromper les autres comme ces enfants qui pensent s'être cachés lorsqu'il ont étendu leurs petites mains sur leurs visages !... Quand les années ont donné Texpérionce, quand la réflexion a fait connaître la vérité, comment peut-on courir après un vain bruit? La gloire elle-même perd son prix devant l'instabilité des choses de la terre ; chercher la récompense de ce que l'on fait dans le suffrage des autres, c'est se préparer des mécomptes... La meilleure, la plus belle joie du travail est dans le travail lui-même, dans la réahsation de son œuvre, la création, enfin ! Est-ce que le plaisir de rendre son idée, de l'exprimer, de la propager, ne devrait pas suffire à l'écrivain et à l'artiste, comme il suffit au rosier de produire de belles roses? Est-ce que l'arbuste qui hvre à l'air qu'il embaume les parfums de ses jolies fleurs, est-ce que l'arbre qui prodigue à tous les saveurs de ses plus beaux fruits, attend des éloges et des hommages? Il remplit sa destinée, voilà tout; et celle de l'homme n'est-elle pas aussi de jeter incessamment autour de lui les fruits bienfaisants de son expérience et les inspirations salutaires de sa pensée ?
MAROtlS DE CUSmE
Encore un des foyers brillants où je in assis aux jours heureux, qui vient de s'éteindre sans bruit , après avoir retenti souvent des noms les plus éclatants de la littérature nouvelle et de l'ancienne aristocratie. C'était un vrai gentilhomme que le marquis de Custine, appartenant à la vieille noblesse, aUié aux premières familles françaises, et tenant aux siècles passés non-seulement par l'ancienneté de sa race, mais par cet esprit d'homme du monde, fin, juste, moqueur et ingénieux, dont le prince de Ligne fut le représentant le plus fine-
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ment spirituel, Montesquieu le plus sublime interprète, et Voltaire la plus complète et la plus puissante expression.
Le marquis de Custine a écrit un assez grand nombre de volumes ; les plus remarquables sont ses voyages dans les différents États de l'Europe. Il commença ses pérégrinations par l'Angleterre^ dont il disait :
« lin y a là ni nature, ni art; tout y est industrie, l'Angleterre n'est qu'une grande boutique servie par des conunis de mauvaise humeur...
a Ici une machine qui brode, là une machine qui fait de la toile ; et ces personnages muets qu'on voit concourir à u;i but qui leur e>t inconnu font peur connue le surnaturel ; il semble que ce sont des intelligences emprisonnées dans des aiguilles, du fil et de la toile, et qui accomplissent leur temps d'épreuve dans le palais de quelque mauvaise
fée Je suis toujours tenté de tourner autour
d'un Anglais pour découvrir les contre-poids qui font mouvoir sa machine.
« Il faut étudier l'Italie pour savoir ce qu'a été le genre humain, il faut voir l'Angleterre pour devuier ce qu'il deviendra ! »
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M. de Cusline porta ce même esprit satirique «ilans quatre volumes écrits sur la Russie; mais, i^elte fois, il y eut réplique et réfutation de la part du gouvernement russe, sentinelle vigilante qui a pour consigne l'honneur du pays, et, au moindre mot qui pourrait l'effleurer, crie : « On ne passe pas ! »
La Russie est une belle, jeune et grande dame (un peu susceptible, comme toute grandeiu" d'origine récente ; sa brillante parure est neuve encore et s'embellit chaque jour; mais, dès qu'on tente de ternir son éclat destiné à éblouir le monde, on la voit se défendre et se venger.
L'Espagne est une femme encore belle, mais déjà sur le retour, et que ses conquêtes abandonnent à son grand regret, qu'elle manifeste par celle mauvaise humeur ordinaire aux femmes qui vieillissent. On n'entend au delà des Pyrénées que disputes hargneuses qui ne lui permettent pas de faire attention aux bruits du dehors. Aussi les quatre volumes de M. de Custine, intitulés l'Espagne sous Ferdinand VII, passèrent sans .soulever la moindre objection contre leur sévérité.
Quant à l'Angleterre, si elle n'avait rien dit des critiques dont elle était l'objet, c'est qu'elle est trop fière, celle belle dame, sûre de sa force, et qu'elle dit comme le Scythe devant Alexandre :
— Nous ne craignons que Dieu, et nous ne comptons qu'avec lui !
Le marquis de Custine publia deux romans assez froids ; puis il en aniva au grand œuvre, à cette pierre philosophale de l'écrivain qui ne lui donne que bien rarement l'or et l'immorl alité.
Une tragédie !
M. de Custine fit donc aussi sa tragédie.
Cette tragédie s'appelait Béatrix Cenci ; tout le monde en connaît le triste et cruel sujet. La pièce se jouait au théâtre de la Porte-Saint-Maitin, dont le directeur était toujours aux expédients. Le marquis de Custine passait pour fort riche, et plusieurs petites pièces se jouèrent dans les coulisses poiu* amener une partie de l'argent de l'auteur dans la caisse épuisée du directeur... D'abord on lui lit pnyer tous les frais de décors et de costumes qu'exigeait rouvrage; chaque jour c'était quelque nouvelle dépense, et l'on ne répétait pas la pièce sans qu'il en coûtât quelque chose au
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poëte marquis. Cependant, la veille de la représentation, il se trouva encore de nouveaux frais indispensables, lui dit-on, et, à plusieurs reprises, la bourse du grand seigneur s'ouvrit pour les acquitter, et ne se referma que tout à fait vide. Lorsque M. de Custine se retira, un acteur célèbre qui jouait dans la pièce et qui avait assisté à toutes les péripéties de cette boui'se arrivée toute rebondie, et qui s'en allait si plate, regardant son directeur avec la sauvage et malicieuse énergie de Roborl- Macaire, lui dit :
« Vous le laissez partir? mais il a encore sa montre ! »
La tragédie do Béatrix Cenci n'étnit pas sans mérite, mais la représentation en était pénible; elle fut jouée peu de fois et l'auteur n'en eut pas pour son argent.
Il y avait ainsi sur tout ce que faisait M. de Custine comme une funeste influence qui atténuait tous ses bonheurs. Bien qu'il réunit les plus grands avantages de la nature et de la société, car il était grand et beau, très-spirituel, bien élevé, extrêmement instruit, fort riche et tout à fait grand seigneur de race, de manière et de sen-
tinient, toutes ces prospérités ne l'empêchaient pas d'avoir une ànie inquiète et tourmentée qui ne lui laissait aucun repos, et il ne pouvait tenir en place, il semblait poussé par un inexplicable vertige qui l'arrachait à tout ce qui fait le bonheur des autres hommes.
Que de fois l'ai-je raillé de cette activité fiévreuse, et de ce qu'il connaissait moins Paris que Londres, Pétersbourg et Madrid ! Aussi me proposa t-il un jour un voyage dans notre capitale, que je ne connaissais guère mieux que lui, et nous commençâmes par visiter le Jardin des Plantes. Ce jardin a toujours été pour ma pensée une inépuisable source d'enseignements et de rêveries. Il s'y joint maintenant pour mon cœur un pieux souvenir de reconnaissance ! Voyez cette maison qui domine tout ce beau parc et qui produit à travers les arbres un effet pittoresque et charmant. Eh bien, ce lieu réveille dans mon âme les sympathies les plus élevées, soit dans les souvenirs de ma rieuse enfance, quand tout était espoir et joie... soit dans les années plus pensives où dominent les regrets et les chagrins. Et savez-vous ce qui distingue pour moi cotie habitation de toute autre,