‹ Les salons de ParisChapitre 7 sur 23 · DU DARON GÉRARD · texte numérisé non relu

DU DARON GÉRARD

défauts ou les qualités du souverain. Louis-Philippe croyant devoir montrer des habitudes communes, tout prit à l'instant en France un air vulgaire et des idées mercantiles : ce ne fut plus le beau et le bien qu'on chercha dans les arts, mais le facile et le prompt, et ce ne fut plus la gloire, mais l'argent qui dut être le but ; les rivalités prirent donc un caractère d'envie et d'animosité participant de la bassesse du sentiment qui les inspirait. En France, un souverain qui n'aime que le beau moral et le beau matériel élève à l'instant le cœur et Tintelligence de tous les Français ; on fait alors des prodiges à la guerre, pendant que des prodiges d'un autre genre s'élèvent comme par enchantement.

Les salons de Gérard avaient donc perdu leur plus grand charme après 1850; les élégants seigneurs et les poètes distingués y étaient un peu trop remplacés par des rapins barbus et des poètes incompris ; je m'aperçus d'autant plus de ce triste changement, que des malheurs personnels m'avaient tenue loin des réunions pendant plusieurs années. Il m'arriva depuis, après \me autre révolution et une autre absence du salon d'un homme

politique, d'être témoin d'un changement qui me surprit davantage ; j'étais amie d'une femme dont le mari était au pouvoir, toujours et sous tous les gouvernements possibles. Elle me tourmenta pour venir un soir à ime réunion dans le palais que les fonctions de son mari lui faisaient occuper après 1848 comme avant... J'y allai en 1849 pour voir un peu quelle figure faisait une république, ou plutôt nos républicains. Quelle fut ma surprise ! jamais je n'avais vu plus de décorations, de plaques, de rubans et de croix de toutes les couleurs. C'était comme un assaut de signes de distinction depuis que nous étions tous égaux.

Cependant il restait encore chez Gérard des éléments de conversation plus aimable que partout ailleurs : M. Mérimée, M. le baron de Mareste et M. Eugène Delacroix y venaient toujours.

Nous avions encore M. Mazères, le spirituel auteur des Trois Quartiers et d'une foule de jolis ouvrages. 11 épousa la nièce de Gérard. Une préfecture l'enleva aux lettres, auxquelles il fut rendu par une révolution. Les destinées de notre époque ont été presque aussi mobiles que les idées de ce temps d'expériences ; car en politique comme

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