PARIS
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E. SANSOT & Cie
j^, Km St'Andri-deS'Aris, s S
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Je reprends :
Ce sont des idées exposées souvent dans ma critique et que j'ai précisées dans une préface des Samedis littéraires (1). Il est bon de les répéter encore. Il est toujours utile de mesurer le chemin parcouru. Seuls, les faibles courages s'énervent s ils constatent que la route à suivre est encore bien longue. Mais, voici que nous ne pouvons pas ne pas voir le progrès des idées exprimées fréquemment dans cette critique. Maintes fois nous avons attesté que Vépoque était favorable^ sinon à V expansion totale de la nationalité française^ comme dit JVovicow, du moins à Vinfluence intellectuelle et morale de la France et plus précisément à Vex' pansionde la langue française. Nous avons presque tous en France un pessimisme débilitant. Il m! a semblé que V optimisme réconfortant nous était plus convenable. Tout, en effet, nous conseille Voptimisme. Les forces sont en nous que V optimisme développe. Les idées françaises, les sentiments français, les formes littéraires qui les revêtent, ne sont point dépréciées dans le monde. Notre décadence est imaginaire. C'est nous qui la créons en V affirmant. Prenons garde aux virtuoses du découra-
(1) Tome III.
gement qui clament dans les Iwres, les feuilles publiques et les discour scieur plaintes désespérées! Us sont malfaisants et injustes. Recherchons la vérité. Tâchons de ne pas la repousser si elle est flatteuse. Faisons à ceux qui nous rapportent la grâce de les écouter.
La question de la suprématie de la langue française est posée de nouveau, devant Vunivers. Les œuvres de Novicow et de Wells ont accompli ce miracle. O puissance des livres opportuns ! Ces ouvrages eussent été né gligés^ publiés à une autre époque. Mais ils exposaient des idées que chacun avait déjà confusément. Le mouvement allait se produire. Us Vont précipité. La question de la suprématie de la langue française est posée de nouveau devant Vunivers. Elle est Vune des questions qui seront principalement discutées dans les années à venir. Débat toujours renaissant l On ne peut douter ni de son actualité ni de sa pérennité. Mais chaque discussion sur la langue française est un progrès pour elle.
G est donc un événement notable que le Congrès international pour l'extension et la culture de la langue française (1) qui s'est tenu à Liège en le mois de septembre 1905. H ne fut ni téméraire, ni aventureux. Il a tout précisé. Un enthousiasme documenté V anima. Des recherches méthodiques concentrées en de nombreux rapports ont justifié la j
(1) M. Maurice Wilmotte, professeur à l'Université de Liège, membre de TAcadémie royale de Belgique, et M. Christian Beck homme do lettres, ont eu Tinitiative de ce Congrès. La section littéraire fut présidée par Émilo Verhaeren. Albert Mockel on fut le secrétaire.
foi de ceux qui comptent sur le règne de la pensée française^ de ceux qui ont hâte que notre littérature nationale prenne plus clairement conscience de son rôle uniçersel, de ceux qui attribuent à la critique cette grande tâche d^ adapter de mieux en mieux les aspirations de la littérature française à ' ses destinées nécessaires.,..
Soumettons-nous aux guides que ce Congrès singulier nous donna. Ils nous offrent tous une règle de çie littéraire. Ils amplifient notre œuçre. Us ennoblissent notre devoir. Ils exaltent nos forces en accroissant nos responsabilités. Écoutons ' leur çoix.
L'un constate ce fait essentiel. Notre passé intellectuel nous assure un privilège imprescriptible. « Dans les pays civilisés, la langue française est considérée^ à cause de la variété et de la richesse de la littérature, française comme la plus importante des langues étrangères pour Véducation intellectuelle et artistique. » C'est un fait. C'est une loi... H n^ appartient à personne de se soustraire à ses effets.
D* autres considèrent le présent qui développe la puissance de la France dans Vunivet^s. La France a toujours été l'éducatrice des peuples. Elle ne cesse pas de l'être. Elle l'est de plus en plus. Elle l'est au moment ou il convient qu^elle le soit. Elle l'est toujours de la façon la plus efficace.
« Chaque siècle a ses problèmes vitaux dont la solution s'impose, et peut-être suffirait-il de montrer qu'en chaque siècle la France a agité, au grand profit de tous les peuples, la question du
temps, que ses conseils furent recherchés et suivis. » (F. Mallieux). (1)
Et s'il faut préciser, les témoignages ne nous manqueront pas :
< La conscience française s'est raidie avec tant de force contre une injustice particulière voici quelques années^ qu'il sera impossible d'achever l'histoire du xix* siècle sans parler de cette « cause » unique et qu^une orientation nouvelle de la politique en est sortie, démocratique et accentuée^ balayant tous les attardés de l'ancien régime. Merveilleux exemple ou s'épanouit cet esprit philosophique des Français qui a tant de fois conquis le monde à leur pensée : de l'analyse d'une situation personnelle est sorti un jugement sur tout ce que cette « espèce judiciaire impliquait d'abus et d'erreurs sociales largement répandues, du procès à plaider une philosophie sociale est sortie. Et la preuve a éclaté que la conscience française vivait et que l' esprit français n'avait rien perdu de sa généreuse souplesse ni de ses facultés généralisatrices. » (F, Mallieux).
C'est le véritable principe de notre action universelle. L'esprit français a des facultés généralisatrices que n'a pas V esprit des autres nations. Et il applique ses facultés aux 4c questions du temps ». Il reste dans la vie pour la diriger. C'est plus qu'une aptitude. C'est une fatalité. Jamais cette aptitude, ou si vous aimez mieux, jamais cette fatalité ne fut plus sensible qu'elle ne l'est aujour-' d'hui. La même raison d'universalité que tous
(1) F. Mallibux. L'Universalité de la, L&ngne /"rançaîse. (Rapport au Congrès de Liège) .
reconnaissaient au xviii* siècle^ nous voyons que nul ne peut la méconnaître maintenant.
« Lorsqu'elle portait au monde les idées des philosophes qui affranchissaient la pensée de ses entractes et qui réalisaient peu à peu le monde actuely la langue était apprise à cause de son con-
' tenu intellectuel et des doctrines auxquelles elle se rattachait. » (R-Petrucci). (i) Et encore: < La langue française était universelle au moment ou elle représentait la culture, les idées, les aspirations propres à tout V Occident. » (R. Petrucci), Ensuite: « On peut marquer le rôle réel de la lan^ gue française dans le monde moderne par la mission libératrice et Vidéal démocratique que réalise la France contemporaine. (R. Petrucgi), Enfin : 4c comme au xviir siècle les idées qui s'agitent en France^ les conceptions qui s'jy réalisent, sont celles d'un avenir nouveau. » (R, Petrugci),
Il est même indispensable d'ajouter que, pour préparer cet avenir^ les activités françaises usent d'une force comme régénérée. Ce n'est pas une ardeur qui s^éteint, mais une ferveur ranimée que la France consacre à son travail d'élaboration de toutes les idées faites pour la rénovation du monde :
« Un jugement attentif attribue à la pensée
' française une période de rénovation. Toutes les faiblesses et tous les espoirs de la jeunesse s'y trouvent enclos. Cest ainsi que Von peut définir^ me semble-t'il, la situation actuelle de la langue. Son rôle d'expansion n'est point dans l'organisa-
(1) R. Pbtrucci. Le rôle actuel de la Lanffae française en Belgique (Rapport au Congrès de Liège).
8 LBS SAMEDIS LITTÉRAIRES
tion d'un domaine colonial mt émmM UMe période de prospérité économique. Quelle que soit V importance de ces aspects, ils sont secondaires datant la destinée qui lie à l'idéal de la société future les destinées prochaines de la langue. Elle synthétise L'ensemble de ces ejfforts. Elle est leur expression. Elle est conduite à partager leur destin. C'est pourquoi, en traçaillant à l'extension et à la culture de la langue française, ont peut avoir conscience de travailler à l'évolution de l'humanité » (R. Pbtrucci).
Au reste, un peu de lyrisme ne messied pas en un tel sujet. Ce lyrisme nous le trouverons bien vite :
€ Humanitas 1 s^écrie un rapporteur de ce Congrès précieux, Humanitas 1 vocable admirable en quoi se résume tout Veffort de civilisation latine qui voulut, non créer des spécialistes capables de donner de forts rendements utilitaires, mais des hommes faits pour tout entreprendre, tout corn.prendre et tout aimer, des hommes qui fussent non des machines à faire naître de la richesse et du savoir, mais d^harmonieux exemplaires de la race / » (L. Dumont-Wilden). (1)
Mais il faut que l'enthousiasme unisse le présent au passé. Tout à l'heure nous entendions proclamer la richesse et la variété de la littérature française rendant cette littérature profitable entre toutes pour l'éducation intellectuelle et artistique des peuples... Voici Vécho élargi de cette affirmation :
(1) L. DuMONT-WiLDBN. Le rôle de Roman dans là cnlture française. (Rapport au Congrès de Liège).
« n n^est aucune culture qui ait cette force d^uniçersel afjinement qvHa la nôtre. Tous ceux qui adoptent le beau parler de V Ile-de-France adoptent du même coup un peu de la douceur et de Vurbor
, nité des mœurs que V harmonie du paysage le plus mesuré qui soit sut imposer aux peuples mêlés
' qui Voccupèrent. » (L. Dumont-Wilden).
Le grand mot est suggéré : La culture fran^^ çaise vient de la nation la plus sociable et^ si je peux dire, la plus sociale. Aujourd'hui tout s'universalise. Et le devoir de chaque peuple approchant de la civilisation est de développer la sociabilité en même temps que de perfectionner la vie sociale. Aurore d'une puissance nouvelle pour la culture française : tout ce qui va se faire dans le monde est dans le sens de cette culture. Elle fournit pour les progrès éventuels — et inévitables — de la civilisation plus que des indications^ plus que des essais f des expériences y des exemples, des leçons. L'œuvre de Vexpansion de la langue française est corrélative à V œuvre de la civilisation contempo^ raine. Celle-là est complémentaire de celle-ci et peut'être celle-ci de celle-là.
D'autres interviennent qui mesurent les progrès des peuples à leurs progrès scientifiques et lesdéve^ loppements d'une langue nationale aux services
' qu'elle rend dans la science. Mais immédiatement ils constatent ce fait : la science constitue aujourd'hui un des plus puissants agents de propagation de la langue française.
€ On peut à la rigueur se passer de connaître la littérature ou le droit des autres pays, lors^
' que l'on fait de la littérature ou du droit. Il est
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impossible d'ignorer la production scientifique étrangère quand on fait de la science. La langue du paj's où le mouvement scientifique est le plus intense, où se rencontrent les plus hauts représentants des diverses branches de la science devient donc une nécessité pour les savants des autres pays. Par là même, cette langue se propage dans le monde. » (D' Paul Sollier.) (1)
La production scientifique de la France est donc l'une des plus intenses et certainement la mieux ordonnée de toutes^ puisque : « l'anglais tend à disparaître de plus en plus des grands Congrès internationaux, et il ne reste plus guère en présence que le français et l'allemand qui constituent vraiment aujourd'hui les deux langues scientifi-ques les plus importantes. » (D' Paul Sollier) (2)
Cette prépondérance partagée peut se transformer en une prépondérance sans partage : < H est grand temps d'agir si nous ne voulons pas nous trouver supplantés dans un avenir peut-être prochain par une langue auxiliaire universelle. Vous n'ignorez pas que c'est dans les Congrès scientifiques, en 1900, en particulier^ que cette idée s'est manifestée d'une façon précise, d'adopter une langue unique pour les relations internationales, scientifiques ou autres. Une sympathie assez prononcée s'est montrée en faveur de la langue française. Hy a là une indication à ne pas négliger. Si cette idée se réalise^ c'est certainement dans le
(1) D» Paul Sollier. La langue française considérée dans ses rfipports avec le travail scientifique et la production scientifique. (Rapport au Congrès de Liège).
monde saçant qui en a eu Vinitiatiçe qu'elle se déçeloppera.n^ (D''Paul Sollier).
Ainsiy la science ne serait plus que Vauxiliaire de la littérature pour l'expansion de la langue française. La littérature couronnerait seulement les efforts de la science. Il n^y a point là de chimère.
Tém^oignages f aérobies à V universalité de la langue française! Témoignages d'écrivains, témoignages de suçants !Tous concordent et proclament la puissance à venir du « parler de France ». J^ai voulu simplement colliger tous ces témoignages. Ce n'est point une thèse que je soutiens. Je groupe seulement des faits non contestés. Et la conclusion si modérée ne paraîtra-t-elle pas toute naturelle d'un savant dénonçant « la manie que nous avons euey à un moment surtout, de vanter la supériorité de la science allemande en rabaissant la science française, de citer à tous propos les travaux allemands en oubliant les nôtres souvent. On ne nous paya pas de réciprocité, mais on se borna à enregistrer avec empressement cet aveu d'infériorité. Nous fîmes tant et si bien qu'aujourd'hui, le public est convaincu de cette vérité qu'il n'y a de vrais et grands savants qu'en Allemagne. Et c'est dans le pays de Claude Bernard^ de Pasteur, de Charcot, à une époque où nous avons chez nous des savants comme Berthelot, Poincaré, Curie, d'ArsonvalyBranly, qu'on ose soutenir une pareille hérésie ! » (D' Paul Sollier). Le pessimisme n'est plus de saison. Il est interdit de se replier sur soi-même et de méditer tristement sur le déclin imaginaire de l'expansion française. Notre temps
nous confie non une œuvre de défense ^ mais une œuvre d'accroissement. Le rôle que la langue française a rempli dans révolution de la pensée humaine ne se resserre pas, il s'étend. Notre influence intellectuelle et morale s'épanouit. L'élite universelle est engagée plus que jamais à faire , de la langue française y sa langue.
Or, il nous appartient d'ordonner ces efforts d'expansion. Ainsi est, précisée, je l'ai dit, je le redis, la tâche normale du critique littéraire.Tout doit être étudié de ce point de vue. Il est juste de reconnaître que la mission du critique littéraire n'est plus systématiquement dénigrée. On l'attestait au Congrès qui inspire, qui dicte cette rapide Dréface : « Missionnaire d'idéal, le critique a le droit d'aller de par le monde et de parler à la masse des hommes réfractaires dans l'intérêt des penseurs! » (Gérard Harry) {\).0n se plaint seulement que la situation du critique soit inférieure à sa tâche. Cette tâche du moins lui incombe à lui surtout, presque à lui seul, d'étudier avec discipline les m,anifestations confuses de l'expansion naturelle de l'esprit français, de donner en les classant une perception plus nette de chacune d'elles et de son importance...
Et les questions se pressent. Que peuvent les littératures de terroir pour l'expansion française ? Ces littératures de terroir se développent et l'expansion française s'accentue...^ En ce moment une grande œuvre de décentralisation s'opère dans la littérature française. Si la province ne V emporte pa^
(1) GERARD Harry. Lsl littérsLtnre d&ns ses rapports avec la presse. (Rapport au congrès de Liège.)
encore sur la ville^ celle-ci commence à compter avec elle*.. Pendant ces dernières années la tendance des écrivains belges à s'inspirer de leur milieu s'est accentuée... La littérature régionale a ses écueils comme la littérature cosmopolite. Si l'une manque souvent de base, Vautre peut manquer d'intensité. Il n'en est pas moins vrai que le sol natal est un inépuisable réservoir de forces et le moins fallacieux des inspirateurs. Lorsqu'une longue série de maîtres semblent avoir épuisé tous les sujets littéraires, tari autour d'eux toutes les sources de l'originalité, c'est en province, c^est chez soi qu'il faut revenir si l'on veut être autre chose qu'un écho ou qu'un parasite. Revenir au sol natal, c'est revenir à la nature et à la vie. G est revoir le monde avec ses yeux d'enfant, c'est-à-dire avec des yeux dont aucune éducation n'a faussé la rétine. En prenant possession de son milieu, on prend possession de sa personnalité. Plus une littérature s'alimente à des régions diverses et plus elle a de chances de se renouveler et de prospérer. (Hubert Krains) (1).» Le moins qu'on puisse dire, n'est-ce pas, c'est qu'il est indispensable d'être déplus en plus attentif aux littératures régionales et de se laisser de moins en moins obséder par la masse des œuvres improvisées à Paris. Le domaine de la critique littéraire française ne saurait voir aujourd'hui le boulevard pour limite, ni Paris pour frontière. Vaction envahissante du roman n'est-elle pcùs dangereuse pour la littérature française ellemême ? Le roman jadis était un genre littéraire
(1) Hubert Krains. La littérature française en Belgique. (Rapport au congrès de Liège.)
dédaigné. .A peine V admettait-on dans Vhistoire des lettres! Il est bien çengé maintenant. Il absorbe tous les autres genres. Tout est roman. Le roman est tout. Confusion des genres et des aptitudes. Historiens^ sociologues, physiologistes y ingénieurs, écrivent des romans ; les romanciers découpent dans leurs livres des pages de traités. Gardons-nous de la décadence que cette confusion engendre et que déjà elle sj^mbolise. Mais le pouvoir du roman pour V expansion de la langue française ? « JVous pourrons considérer le roman comme un excellent agent de la diffusion de cette humanitas où nous voyons la fleur la plus belle des civilisations.'^ {h. HvyLoi^T-^iLom). Accessible, il est un mojyen de vulgurisation littéraire. H est un intermédiaire indispensable entre les hommes de peu de culture et la Beauté esthétique. Ceux qui sont les plus distraits d'elle prennent par le roman quelque curiosité d'elle... Il se peut que l'envahissement du roman français ne soit pas funeste s'il évite seulement les excès qui font frémir judicieusement les gardiens des vertus familiales.
Mais quelle forme littéraire est le plus propice à V extension de la langue française ? Le procès est engagé, les philologues échangent des arguments. « La prose française du xix® siècle est une langue vicieuse et inutilement compliquée. Pourtant la langue du xx* siècle sort de celle-là; ce serait la plus folle des chimères de vouloir la ^ ramener artificiellement à celle d'une période plus ancienne de notre histoire. Mais si Véducation ne peut arrêter ni contrecarrer l'évolution, elle a
pour mission de la diriger , car elle en est un des éléments essentiels. Or, la civilisation de notre temps exige l'emploi d'une langue abstraite, claire et facile, dont le xviii* siècle, et Voltaire en par* ticulier, a donné les premiers et les plus parfaits modèles. C'est à ceux-là que nous devons recourir, car ils peuvent encore exercer une action utile. » (Salomon Reinach) (1). Evidemment y la langue de Voltaire simple, claire, limpide, concise, fine, rapide, élégante, avenante, est la meilleure pour le développement de la culture française au dehors. Si souple, elle se prête à tous les sujets, alors que tous les sujets sollicitent aujourd'hui d'entrer dans la littérature ou s^y introduisent par violence. Et elle a cette bonne gruce d'être toujours facile, aimable, souriante et ^eomme familière. Elle plaît, elle attire, elle invite. On ne résiste pas à sa séduc' tion sans hauteur. Hélas/ beaucoup de nos écrivains seraient empêchés d'écrire seulement à la façon de Voltaire. Quelques-uns ignorent tout de la langue française qu'ils écrivent avec précipitation. N'est-ce pas une obligation essentielle pour la critique, de dénoncer ces écrivains barbares à qui l'indulgence de leurs contemporains a consenti une sorte de réputation littéraire, et d'empêcher que leur galimatias ne discrédite notre langue en se donnant pour du style français.
... Il suffit.
Tout indique que l'influence intellectuelle et
(1) Salomor RfiiifACH : N^y a^t-il pas lien de substituer dans Venseignement de la Langue française lalecture des prosateurs du XVIII* siècle à celle des prosateurs du xvii* siècle ? (Rapport au Congrès de Liège.)
morale de la culture française ne défaille pa^s^ que Vempire de la langue française ne se restreint pas. Les forces d'expansion française renaissent j plus actives, plus efficaces. Aujourd'hui, combattre la langue française^ c'est s^ isoler, c'est se diminuer. Il m'a paru profitable de réunir tous les témoignages récents qui attestent la puissance expansiçe de nos idéeSy de nos sentiments, de notre langue. H dépend de nous de les corro^ borer.