WALDECK-ROUSSEAU
reuse, car nous avons lu (page 91), cette phrase écrite avec beaucoup de gravité :
< Lorsqu'on a été premier ministre et qn^on a. tenu la clef des fonds secrets, on ne connaît que trop exactement lé nombre très restreint des ami* tiés désintéressées et le tarif des sympathies véna^ les, >
Comment I voilà un homme qui se flatte d'être historien politique et qui écrit sérieusement — non I il ne badine pas en l'écrivant I — cette pensée politique de publiciste cantonal... On est immédiatement très inquiet sur la vertu de son esprit critique. Ah I en vérité, sa méthode scientifique ne sera jamais assez rigoureuse pour dissiper nos inquiétudes... Mais ne parlons môme pas de méthode. Disons simplement que nous ne pourrons nous fier un peu à ce livre qu autant qu'il témoignera de recherches réelles relativement étendues, suffisamment précises, qu'il nous fournira des références, quelques documents... Dans ce livre, il n*y a ni recherches, ni références, ni documents.
M. Deschamps ne cite pas une seule des biographies de Waldeck-Rousseau publiées avant la sienne ; et pourtant son premier chapitre est entièrement démarqué des brochures locales où Wâldeck-Rousseau père et fils furent célébrés amicalement. Il en a tout pris, sauf le pittoresque et l'intérêt, bien entendu. Dans toute cette dissertation verbeuse, aucune indication de sources. Parfois il cite dans les notes, au bas <j|o$
pages, les discours de Waldeck-Rousseau, mais très rarement. Et on peut dire en somme que tous les volumes, qu'il cite comme références, n'ont aucun rapport avec son sujet qui est Waldeck-Rousseau. II les cite on ne sait pourquoi, pour faire croire qu'il les a lus, pour être agréable à leurs auteurs, par légèreté d'esprit, pour mettre des notes... Il cite Georges Weill : Histoire du parti républicain en France de i S14 k 1870 \ Emile Pouvillon : Jep ; Victor Hugo : Content^ plations ; Montesquieu : t Esprit des Lois ; Alfred et Maurice Croiset: Histoire de la littérature grecque ; M* Target : Mémoire pour le cardinal de Bohan ; les Plaidoyers d'Isée ; Henry Leyret : En plein Faubourg ; Dalloz ; Joseph Reinach : His^ toire de V Affaire Dreyfus ; D' Pierre Janet : Né^ vroses et idées fixes ; Bossuet : Sermon sur Vhon^ neur du monde ; l'abbé Pichot : la Conscience chrétienne et VA /faire Dreyfus ; Anatole Leroy- Beaulieu : Les Doctrines de Haine ; plusieurs autres sermons de Bossuet ; Pascal : les Provinciales ; lieutenant-colonel Lentonnet : Carnet de Campagne ; Beaunier : Notes sur la Russie ; président Roosevelt : L Idéal Américain ; A. Gasquet : Auguste Burdeau ; Â. Chevrillon : Études Anglaises ; SuUy-Prudhomme : Poésies ; Gaston Deschamps : Sur les routes d^Asîe ;Taine; Renan; Frédéric Masson : Le Cardinal de Bernis ; j'en passe et des plus cocasses. Ce sont toutes des références pour la pompe et Postentation. Aucune n'est d'un secours quelconque à un lecteur sérieux. Naturellementi elles sont, quand il le veut^d'un
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comique discret. II cite deux études sur le Con* cordât : Tune de Emile Ghénon dans VHistoire générale de Lavisse et Rambaud ; Tautre de d'Haussonyille : L'Église romaine et V Empire. Il ajoute gaiement : « On peut conseiller aussi à MM. les Sénateurs et à MM. les Députés {sic) la lecture des Documents sur la négociation du Concordat publiés par le comte Alfred Boulay, de la Meurthe, ancien auditeur au Conseil d'État (5 vol.). » Il oublie d'indiquer le volume considérable du cardinal Mathieu sur le Concordat, volume d'autant plus intéressant qu'il est le dernier paru et qu'il est écrit du point de vue ecclésiastique.,. Gaston Deschamps a bien d'autres soucis que de donner des références exactes et complètes et utiles. Mais il excellera à écrire :
€ Waldeck-~Rousseau aimait les longues croisiez res en mer sur le yacht Marie-Louise ync me^^aiï à sa disposition un de ses amis, armateur au Havre, »
Et il rédigera en note cette référence:
€ Cf: le beau livre de M. Frédéric Masson de V Académie française: L'Impératrice Marie-Louise. Uancien président de la République Félix Faure est né au Havre. On sait d^ailleurs que M. Albert Sorel^ Véminent historien et Villustre académicien, naquit à Honfleur. »
Au reste, dans le texte même de son livre, sa documentation n'est ni moins sommaire, ni moins
fantaisiste, ni moins plaisante. Ayant dit que < la littérature marche souvent à Tavant-garde de la société », il veut attester que les romanciers ont montré Tesprit d'envahissement et de domination du clergé. Et il écrit:
< Le romancier Ferdinand F&brey lauréat de l'Académie française, écrivait cette mémorable suite d* études de mœurs ecclésiastiques dont la place devrait être marquée dans la Bibliotèque de tous les hommes d^État. Un autre écrivain^ M, Edouard Estauniéy également lauréat de l'Académie française, écrivait TEmpreinte, une forte étude sur renseignement que donnent certaines institutions . Waldeck Rousseau y dont Vesprit était très cultivé^ avait certainemenent lu ces œuvres littéraires, »
On se demande pourquoi l'auteur n'a indiqué que ces deux écrivains —, et pourquoi ces deux écrivains entre tous — , alors que la littérature romanesque sur les mœurs du clergé est si abondante et toujours si caractéristique, et pourquoi, par exemple, citant spécialement VEmpreinte d'Estaunié, il ignore Le Scorpion de Marcel Prévost qui est antérieur à ce livre et a autant de valeur documentaire que VEmpreinte. Pourquoi? Pourquoi ? Par désir de choisir arbitrairement entre toutes les œuvres significatives afin que son choix n'ait aucune signification? Pourquoi? Pourquoi? Et pourquoi cet historien a-t*il écrit Ferdinand Fabre, lauréat de V Académie française^ etc. Édov^ard Estaunié également lauréat de VAcadé^
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mie française^ au lieu d'écrire Ferdinand Fabre, écrivain estimé, Edouard Esiaunié, ingénieur des postes et télégraphes, on ne le saura jamais. Il a jugé assurément que lauréat de V Académie françaisey reproduit deux fois, était d*un bon effet. Qu'il ait jugé CO' qu'il a voulu, comme il a voulu, il serait cruel d'insister sur la méthode avec laquelle ce publiciste a exposé sa biographie de Waldeck- Rousseau.
Compensera-t-il ses faiblesses pénibles en donnant tout au moins l'histoire de Waldeck-Rousseau? Non pas. Ce livre ne contient ni la vie de Waldeck-Rousseau, ni une suite de faits, ni une série de dates. Il ne contient rien sur rien. Quand on l'a lu à plusieurs reprises, on ne connaît de Waldeck-Rousseau que ce que l'on connaissait avant de Pavoir lu. Encore faut-il dire tout ce que l'on possédait auparavant de très clair dans l'esprit devient trouble. Ce livre politique n'est en aucune manière la biographie d'un homme politique. Waldeck-Rousseau n'y est pas raconté.
Son œuvre y est-elle définie? II importera peu à la postérité de savoir combien de mois Waldeck- Rousseau fut chef de gouvernement. Il lui impor tera beaucoup de savoir avec exactitude quelle fut son œuvre. Son œuvre d'avocat? Gaston Deschamps ne saurait nous dire quelles causes il plaida. Il ne saurait davantage déterminer quelle influence on lui attribue sur la transformation de l'éloquence du barreau. Son œuvre de politique? Quand Gaston Deschamps parla de la loi sur les syndicats professionnels, je crus un moment qu'il
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comprendrait sa signification dans l'œuvre de Waldeck-Ronsseaii. Hélas! après quelques lignes, il s'égara dans un développement à la Prudhomme sur la modération politique et il oublia entièrement la législation sur les syndicats et l'importance que Waldeck-Rousseau lui attribuait. Je défie qui que ce soit de comprendre la portée de la loi sur le contrat d'association en lisant l'exposé (?) de Gaston Deschamps. Mais vous trouverez dans ce livre un récit de TaiFaire Dreyfus à frapper de stupeur M. Joseph Reinach ; et une théiorie et une histoire de la politique extérieure de la France qui ne sont pas inférieures l'une à l'autre, et que je vous recommande si vous voulez, comme l'on dit, < passer un bon moment. > Ah ! sans doute Gaston Deschamps a*t-il étudié l'orateur que fut Waldeck-Rousseau ! Etude déjà faite mais que Ton peut toujours recommencer... G. Deschamps ne consacre qu'un chapitre bref à Waldeck-Rousseau orateur. Il cite Virgile, le Forum, l'Agora, Thrasymaque de Chalcédoine, Gorgias, Eschine, Socrate, Isée, Lysias, les bronzes de Calanus, les marbres de Polyctète, Périclès, l'Acropole, Marcus TuUius Gicéron, car il ne dit pas Marcus Tullius Cicero, ni Giceron, mais Marcus Tullius Gicéron, sa villa de Tusculum, Tacite, Tibère, Galigula, Néron, M* Target, l'Affaire duGoUier, M'Doillot, M^Thilorier, M' Blondel, le plaidoyer d'Isée pour le petit-fils de Kiron, Bossuet qu'il appelle c le grand orateur Bossuet » {sic) (page 82) et il déclare que Waldeck- Rousseau n'était pas un rhéteur et que < ir. ne
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CRAIGPIAIT PAS LES CITATIONS m exteUSO^ {sîc) ».
C^est tout. Navrant!
Encore ahuri par ce pédantisme indigeste et vulgaire on espère que Fauteur n'ayant ni écrit rhistoire du politique, ni défini son œuvre, ni déterminé les caractères de l'orateur aura voulu mettre tout son savoir à établir la psychologie de l'homme. Rien. Rien. J'ai essayé moi-môme une étude exclusivement psychologique sur Waldeck- Rousseau. J'étais très curieux de...
L'homme que fut Waldeck-Rousseau n'apparaît pas dans le gâchis abominable de ces pages. On dirait une gageure. Le nom de Waldeck-Rous* seau est cité souvent avec des éloges énormes. L'homme est toujours absent. Au dernier chapitre, G. Deschamps nous confie qu'il a vu deux fois Waldeck-Rousseau ; la première fois dans le cabinet de travail de la rue de l'Université,* meublé avec une sévère élégance oii l'on sentait la marque d'un goût très sûr, les murs recouverts d'une tapisserie de haute lice qui donnait un air délicatement seigneurial à cette demeure >. Waldeck-Rousseau était vêtu d*une robe de chambre. G. Deschamps le trouva d'une suprême distinction. La deuxième fois, Waldeck-Rousseau partait pour le Midi. « Il avait un veston de voyage et un gilet blanc.» G. Deschamps le trouvai extrêmement distingué. » Il lui parla de sa candidature au Collège de France. Waldeck-Rousseau dut être très intéressé.
Brisons là. Waldeck-Rousseau aura plus tôt ou plus tard le biographe dont il eet digne. Gela m
fait pas question. Le livre lamentable de G. Deschamps ne peut qu'exciter les courages d'écrivains sérieux à accomplir un travail qui n'est pas commencé. Mais que l'on puisse publier aujourd'hui, sur un sujet notable, des livres comme celui-ci, tellement faible que l'auteur lui-môme semble par instants effaré de son propre néant et cite à tort et à travers^ avec une incoercible fatuité d'ignorant, des hommes d'État, des écrivains, des orateurs de tous les pays et de toutes les époques et cherche à se faire illusion par un Verbiage surabondant, et toujours incorrect, pompeux et niais, cela passe l'imagination.
J'ai dit que ce livre est le plus plat qui ait paru depuis quatre ou cinq années.
L'ai-je prouvé ?
8 juillet 1905.
TÂBLI! DES MATIÈRES
PairACB ..•..,. 8
Ernbst Hbllo ..••,.. 17
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iTINéRAIBB DB PaRIS A J^RUSALBlfi PAR JuiiIBIf . • . • 58
Lb Comtb db Planct, préfet. .•»..•••, 71
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IvAif Strarnik •••••••,••, •• 139
Axusià RivoiRB ••••,*•• 141
Sur Bbrnardin db Saizit-Pibrrb • 155
AHMAND MaRQUISBT, 80U8-PRiPBT, •»••,•• 170
Ernbst Tissot , 188
Wblls ,.«»•.. 200
TmSODULB RiBOT, PRIL080PHB. .«.».,,. 214
Lucie Dblarub^Mardrub , • 227
GiKrard db Nbrval 241
La Culture LirréRAiRB de M"** RécAMiBR • . • • 254
Sur la Pibrrb Blanchb, far Anatolb Frange % • • 270
384 TABLE StBS HATl&RES
EuzABBTH Browning « 382
Abel Hbrmant 204
Barbbt d'Aurbvii.i.t, gritxqub 307
François Fabi^ • • « 319
Blasgo Ibanbz .,.•.. 335
Albbrt Sabiain 340
Waldbcx-Rou89bau, par Gaston Dbsgraxps .... 308
Mayenne, Imprimerie Ch. COLIN.