‹ Les samedis littéraires (volume 2)Chapitre 13 sur 42 · VN PRÊTRE SOCIOLOGUE · texte numérisé non relu

VN PRÊTRE SOCIOLOGUE

l'individu à organiser et à gouverner tous les groupements de la vie publique et privée, puisqu'il ne l'isole théoriquement de la hiérarchie sociale que pour l'induire, et l'exercer ensuite à y prendre toute la place avantageuse à cette hiérarchie et à lui-même... Et ce sont là belles constructions de l'esprit. Ce sont là façons originales de parler... Mais si vous y cherchez une théorie, combien cette théorie est-elle plus élémentaire, plus incomplète, plus primitive que celle de la solidarité qui place les individus dans le vaste groupe de la société même et établit que l'organisation sociale ne doit pas reposer sur la lutte plus ou moins disciplinée des individus les uns contre les autres, mais sur l'accord des individus entre eux !

Mais ce sont là belles constructions de l'esprit. Ce sont là façons originales de parler... Un jour, Henri de Tourville démontra que Jésus-Christ avait, avec plus de relief, les qualités qui appartiennent aux races les mieux douées, aux races particularistes... Rêves étranges d'une imagination documentée !

En réalité, cette théorie — si théorie il y a — n'amène que la glorification — avec des précautions oratoires — de l'individualisme et même de l'individualisme exaspéré. Henri de Tourville admirait l'Angleterre au point d'écrire : « L'Angleterre me fait l'effet de n'être ni une nation, ni

un pays, mais sous les formes de la vie usuelle, une école supérieure, une sorte d'université sociale qui exerce son action sur le monde entier aussi loin qu'elle le peut et toujours plus loin. » Henri de ïourville admirait passionnément les Etals-Unis et toutes les formes de leur activité conquérante. Il eut une influence. Ses disciples en font l'aveu. Et ses disciples ont écrit les livres les plus déprimants pour la France. M. Edmond Demolins, le plus laborieux peut-être et le plus ardent des disciples de Henri de ïourville, en exaltant injurieusement pour nous la supériorité des Anglo-Saxons, a certainement écrit le livre qui, diminuant jusqu'à la réduire à rien notre confiance déjà fléchissante en nous-mêmes, nous a depuis quelques années causé le mal le plus profond. Bizarres conséquences d'une bizarre doctrine ! Qui sait si tous ces théoriciens ne subissent pas, à leur insu peut-être, l'impulsion irrésistible de leur haine contre tous les principes de la société moderne !

Henri de Tourville, cependant, conserve ses disciples étroitement serrés autour de lui. Leur nombre ne s'accroît pas. Mais ni leur ferveur ni leur fidélité ne cèdent. Et ils développent assidûment la doctrine audacieuse et faible de ce candide rêveur isolé des hommes par quelques livres qui lui cachaient tout, de ce tumultueux rêveur, qui s'écarta de la vie pour fixer les lois de la vie.

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