MÉDECIN
C'était un médecin. C'était un médecin suisse. Or il est, presque entré dans la littérature et qui plus est dans la littérature française. Il avait beaucoup de clients qui devenaient ses amis. Il avait beaucoup d'amis dont il faisait ses clients. Il était habile. Il était même savant. Sa réputation était universelle et le nom de Tronchin voltigeait sur les lèvres défleuries des vieux écrivains du xvnf siècle.
Que peut-il rester au ,\x^ siècle de la gloire d'un médecin du xxnf ? Que peut-il rester de son œuvre ? Peu de chose assurément, mais un souvenir ailcndri et peut-être amusé. Au surplus, si Tronchin adroit et prudent est une des personnalités caractéristiques de la bourgeoisie cosmopolite du xvni" siècle, les vicissitudes de sa vie heureuse témoignent que les mœurs des médecins n'ont pas beaucoup changé depuis ce temps et que leur science n'a pas beaucoup progressé.
Un de ses descendants, Henry Tronchin, vient de consacrer à Théodore Tronchin une biographie bienveillante mais érudite, chargée de documents qui pour être inédits disent cependant quelque chose, claire et bien ordonnée comme la vie de Théodore Tronchin lui-même. Que ce bio-
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-i-aphe pieux et fier, mais sincère, nous aide à iïieux connaître son héros qui fut Thonnètc homme dans toute sa banalité triomphante, Thomme de bien dans toute sa beauté heureuse !
On dit que le cosmopohtisme se développe dans le monde contemporain. Est-ce exact ?
\'oyez cependant Théodore Tronchin, la vie qui ressemble à la vie de beaucoup d'hommes de son époque est essentiellement d'un cosmopolite. Il ne conçoit pas une vie enclose en une cité. Chaque pays est son pays. Son cosmopolitisme se diversifie sans efforts et sans drames, tout naturellement, le cosmopolitisme est sa manière dèlre. Théodore Tronchin naît à Genève, fils de banquier. Après ses premières études, il court cherrher fortune auprès de lord Bolingbroke son paent. Ce Genevois se forme à l'Université de ' "ambridge. Il a du goût pour la médecine. Il .art en Hollande pour devenir l'élève du grand iiédecin Boerhaave. En Hollande, Tronchin se onsidére comme dans sa patrie, car la Hollande si prolestante comme Genève, la religion crée pour lui des liens plus puissants que les liens nationaux. Au reste, l'Université de Leyde où professe Boerhaave est un carrefour de l'univers qui étudie ou qui s'applique à penser. Le cosmo-
politisme foncier de Tronchin ne peut qu'y prospérer. Jeune docteur en médecine, Tronchin ne se propose pas de retourner à Genève. Il se fixe à Amsterdam, Il ne quittera quelques années plus tard Amsterdam que parce que la décadence morale de la Hollande lui est importune. Le voici à Genève, médecin à Genève. Alors de tous pays viendront les malades, car la gloire de Tronchin est étendue et les humains qui veulent guérir n'ont pas de préjugé national. Tronchin est à Genève, mais il n'y restera pas. Il émigré à Paris aussi aisément qu'il avait quitté Genève pour étudier à Londres, Amsterdam pour pratiquer à Genève. Au surplus, ce sont toujours de fortes idées générales qui déterminent ses émigrations successives. Il a des idées de cosmopolite protestant. J'entends que les principes d'une morale sévère le conduisent dans un pays plutôt que dans un autre. Il ne dit pas : ubi bene, ibi pairia. Il dit : ma patrie se trouve où règne la vertu.
Lorsque en 1753 il envoie ses deux fils à Genève, où il les rejoindra bientôt, Tronchin écrit :
« Trois raisons m'ont engagé ù les laire partir. La première est la peur que fai de certains principes de religion qu'on inspire aux enfants de leur âge. La seconde raison, qui est une suite de la précédente, est le dépérissement des mœurs. Et comment pourraienl-elles subsister sans le