SUR LA PIERRE BLANCHE '1 1 I
France devient un peu grossier parce qu'il devient militant : « Je ne fais pas de différence entre ces deux expressions : elles sont identiques. Ce que les hommes appellent civilisation, c'est l'état actuel des mœurs et ce qu'ils appellent barbarie ce sont les états antérieurs. Les mœurs présentes on les appellera barbares quand elles seront des mœurs passées , Je reconnais sans difficulté qu'il est dans nos mœurs et dans notre morale que les peuples forts détruisent les peuples faibles. C'est le principe du droit des gens et le fondement de l'action coloniale... > Et il explique sans délicatesse : « La fureur coloniale... n'est qu'une des mille formes de cette concurrence tant vantée par nos économistes. Comme l'état féodal, l'état capitaliste est un état guerrier. L'ère est ouverte des grandes guerres pour la souveraineté industrielle. Sous le régime actuel de production nationaliste, c'est le canon qui fixera les tarifs, établira les douanes, ouvrira, fermera les marchés. Il n'y a pas d'autre régulation du commerce et de l'industrie. L'extermination est le résultat fatal des conditions économiques dans lesquelles se trouve aujourd'hui le monde civilisé... >» Croyez-vous ?
Mais comme cela nous est indifférent qu'Anatole France déteste la pohtique coloniale, et ses conséquences déplorables ! Il exprime avec pureté des arguments banaux. Eh quoi ! tant de grâces dépensées pour exposer une fois de plus des idées que bien des hommes, qui ne se flattaient pas de penser profondément, ont exposées maintes fois I
Si, du moins, il nous enrichissait de certitudes nouvelles ! Si, pour nous fortifier dans les convictions anciennes que nous pouvions avoir touchant la politique coloniale — cette politique si dangereuse ! — il apportait des raisonnements originaux ou des constatations inédites ! Mais non, il consent à répéter seulement ce qui fut déjà dit. Il reprend seulement les anciens discours de Clemenceau...
Et il est tellement empêché de nous prêcher une foi nouvelle ! Il ne sait véritablement quelles doctrines il professe. 11 hésite parmi toutes les doctrines. Tenez ! constamment ses héros, ses amis discutent de la guerre. Ils en parlent même un peu trop. Ils parlent bien, avec une précieuse harmonie. Mais ils s'écoutent parler. Môme ils se répètent avec une extrême complaisance. Eh bien! si nous ne savions pas qu'Anatole France, depuis quelques années, emploie généreusement ses loisirs à vouer dans des meetings la guerre à l'exécration des hommes, nous nous demanderions à bon droit si Anatole France n'est pas un partisan déguisé de cette guerre dont il dit tant de mal...
C'est qu'il a l'air de rire de ses propres arguments. II les tourne, il les retourne dans tous les sens jusqu'à ce qu'il ait trouvé, semble-t-il, leur sens comique. Il se joue de ses arguments. Il se joue de nous. 11 se joue de lui. Il n'est pas extrêmement sérieux.
Philosophique badinage dont il ne peut se départir longuement! Cet apôtre n'a pas la foi. Il