‹ Les samedis littéraires (volume 3)Chapitre 11 sur 15 · SUR LA PIERE BLANCHE 2/J · texte numérisé non relu

SUR LA PIERE BLANCHE 2/J

[)Our l'avenir de l'humanité, et si nous n'avons pas foi en ces plans, c'est parce que Anatole France a pris soin de diminuer tout d'abord notre penchant à croire.

Enfin, lorsque Anatole France veut dessiner pour nous la cité future et nous faire faire, une fois de plus, le voyage de Cabet en Icarie, lorsqu'il nous montre les progrès de toutes sortes accomplis en quelques siècles, le collectivisme réalisé... nous croyons qu'il raille.

On pourrait même se persuader, après avoir lu ces évocations du passé et ces divinations de l'avenir, qu'Anatole France se désintéresse complètement du passé et de l'avenir, et que, avec la même amabilité et la même sérénité que dans ses livres d'autrefois — oh ! nous ne sommes pas hommes à les oublier ! — il se joue de nous, pour nous amuser nous-mêmes !

Pourtant il a subi, dans une certaine mesure, l'influence de son époque. Il a suivi, s'il ne l'a dirigé, le mouvement des esprits. Jadis, il ne délestait peut-être pas une seule idée. Toutes lui étaient sympathiques justement parce qu'elles étaient des idées. Maintenant il a des haines intellectuelles. Il ne serait sans doute pas très capable de nous dire exactement ce qu'il pense ; mais il nous dit ce qu'il ne pense pas.

Son scepticisme indulgent persiste par moments, El Anatole France écrira: « Si je n'étais pas con-

ciliant avec mes propres idées, si j'accordais à un seul système une préférence exclusive, je ne saurais plus tolérer la liberté des opinions, et l'ayant détruite en moi, je ne la supporterais pas volontiers chez les autres et je perdrais le respect qu'on doit à toute doctrine établie ou professée par un homme sincère. Aux dieux ne plaise que je voie mon sentiment prévaloir, à l'exclusion de tout autre et exercer un empire absolu sur les intelligences. »

Il dit mais il lui arrive d'oublier ce qu'il a dit. Il a une foi négative, sinon une foi positive. Il ne saurait donner une règle de vie, mais il tient pour stupides ceux qui obéissent à certains préceptes et acceptent certaines vérités ou acceptent pour des vérités certaines erreurs...

Ainsi, le croiriez-vous, Anatole France est l'adversaire intransigeant de la politique coloniale. Il transcrit en prose ornée les rudes discours que prononçait autrefois M. Clemenceau. Et il expose, sur ce sujet aujourd'hui très important, des idées sans nuances. C'est à quoi il est parvenu. Il hait vigoureusement quelques-unes des idées que les partis politiques acceptent pour guides. Il s'attache à l'actualité. Il s'enchaîne à l'actualité. C'est pourquoi il déteste la politique coloniale. Et il n'est pas libre de la détester nonchalamment. Il faut qu'il en débatte avec violence, comme dans une polémique : « La politique coloniale est la forme la plus récente de la barbarie ou, si vous aimez mieux, le terme de la civilisation. » Vous ne comprenez pas? C'est que le paradoxe de

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