TT'F
ses successeurs, le décerne, du vivant même du titulaire héréditaire, à Napoléon Bonaparte. Bien des rhoses ont changé, (^e n'est j)lus à Home qu'a lieu le couronnemenL On n'a consulté ni le i)cui>le, ni les conciles. Seul, le Sénat (les Français a pronon<ré, et les soldats qui aiment leur illustre chef, son petit <*hapeau et ses gi*andes victoires, ont ratifié ses vomix après avoir sen^i ses ambitions.
Pic VII est amené à Paris. Amené est bien le mot, car le pape ne pouvait avoir pourrauteui^ du ('oncordat des élans aussi spontanés que cenx que Léon III avait éprouvés pour ('harlemagne. Il aurait fallu que le nouvel empereur l'estituât à l'Eglise les domaines que lui avait autrefois donnés Pépin le Bref, l'exarchat de Havenne et le Pentapoile,Spolèteet Bénévent.II aurait fallu surtout que Napoléon manifestât à l'Eglise l'esprit de pieuse déférence dont avaient été animés les fomlateurs du Saint- P^mpire ; qu'il professât de la servir, au lieu d'afficher insolemment sa prétention de se servir d'elle. Il était trop évident que la cérémonie du sacre n'avait d'autre but que de faire illusion à la majorité catholique du pays. Ce fut une duperie où le Pape apporta tout et ne reçut rien \
Mais malgré la décadence des symboles et son propre scepticisme, quoiqu'il eût usurpé l'office impérial par la
i. Les considérations qui triomphèrent des hésitations qu'avaient éprouvées le Pape à l'idée de couronner Napoléon, furent des plus variées. Dans le conclave qui se tint à ce sujet, le parti autrichien était opposé aux désirs de Napoléon, mais le parti italien fît observer que le nouvel empereur était d'orig'ine italienne et ajouta : u C'est a une famille italienne que nous allons imposer aux barbares pour M les gouverner. Nous serons vengés des Gaulois ».
(Voir à ce sujet la Psychologie du peuple français, par A. Fouillée, p. 234).
TROIS n£vE8
nés et non du consenlemenl des i-ois, qitoi- 'oué de ses guerres eût élé de répandre les la Révolulion et non de reconstituer une apoiéon affirma aussitôt son intention d'êlre jw de Charlemagne et d'exercer sur l'Eu- !, sinon conquise, le r6]e inlemational du I. '( Voire Sainteté est souveraine de Rome, is l'Empereur ' », écrit-il plus tard au pape ouTonné. Dans une aiii-re circonstance il nurile Pape, je suis Charlemagne, parce que irlemagne, je réunis la couronne de France Lombards, et que mon Empire confine avec >• Au cardinal Fesch il déclare: « Dites bien tllers du Pape) que je suis Charlemagne, •eur, (pje je dois être traité de même. Je fais lu Pape mes intentions en peu de mots ; s'il îcc pas, je le i-éduirai à la même condition vant Charlemagne '.» Quelques années plus ùt 18ii. Napolé^m, tenant aux populations me langage qu'aux princes de l'Eglise, de- ! à une députation du département de la Providence, qui a voulu que je relablis** le harlemagne. vous a fait naturellement ren- I llolilande et les vMIcs hanséaliques dans le mpire. »
, de la bouche même de Napoléon, l'indicadilion historique qu'il prétend continuer. Il î être simplement le Monarque absolu d'une
3 février 1806.
U rie Napoléon, l. Ht, p. 417.
te de Napoléon, t. III, p. 420.
TROIS RÉVBS
France agrandie. Il tenait avant tout à être l'Empereur, c'est-à-dire celui qui domine les princes de l'Europe maintenus sur leur trône non plus du fait de leurs droits antérieurs, mais par son agrément personnel ; il voulait être celui qui seul décide et seul exécute dans toute retendue du continent, celui qui parle et celui qui agit, celui qui juge et celui qui sanctionne \
Aussi quel soin met-il à hiérarchiser les relations qu'il entretient avec les autres souverains et à assurer par d'habiles stipulations diplomatiques la subordination de ceux-ci, pour ne pas dire leur vassalité. Lui-même, il se fait, cinq mois après son sacre, couronner roi d'Italie (26 mai 1805). L'Italie avait toujours été la dépen-damce essentielle de l'Empire qui devait à Rome son nom et son berceau. En se faisant couronner à Milan, Napoléon se ra[>proche des origines dont il a l'étrospectivement la prétention de faire procéder sa politique. Le jour où il aura un ûls, il l'appellera roi de Rome, unissant, par une supercherie de plus, l'avenir tel qu'il croit pouvoir le régler, au passé tel qu'il le reconstitue.
Mais malgré la mise en scène, la gloire des armes, le caractère épique des chevauchées victorieuses à travers l'Eui'ope, et ce rêve de suprématie européenne où l'ombre rajeunie de Charlemagne se rencontre avec les chimères de la Révolution, le titre d'Empereur sonnait faux
fi
1. Parlant de son illustre prédécesseur, Napoléon III a écrit : « La » politique de Tempereur consistait à fonder une association euro- » péenne solide en faisant reposer son système sur des nationalités » complètes et sur des intérêts généraux satisfaits. Pour cimenter » Tassociation européenne, Tempereur, suivant ses propres paroles, » eût fait adopter un code européen, une cour de cassation euro- » péenne... » (Des idées napoléoniennes , ch. V).
TROIS nÉVES
; inlcmalionat paraissait iisurpc. CtHiie les jn'olc^laticm-; (lu l'histoire? Coninalgré les faits, ([iril (Mail, de ilroil el non ail, ]>uissancc intematioiialc et sanftion [é(>n,tioiil atR'uiie (liffîniilU'' n'avait encore
ha l'énigme avec sa dêsinvollure habiui subsistait le seul titulaire aulorlst* de
; François II, de la maison d'Autrichealéon le force à abdicpicr et épou^ sa ise ', a]irès a\'oir répudié Joséphine.
une alliance i-oyaJe. Celait un acte iériale régularisant les usurpations, les ss ambitions dn Honapai-te.
lotit. Pour mieux assurer sa prépondcinale, Na|K>léon place sur tous les li'ônes mbres de sa propi'e famille. De son frère n roi de Naples: de Louis, un roi île Holle.iin i-oi tie Westidialie. Ht en 1H08. !oi-s- "«'casion favorabli' d'étendre sa dominagne oti le Saint-Empire navail ju^esquc , il destitue brutalement Ferdinand \'ll i le vieux t'haries IV avait expressément jnne sa couronne à Jérôme, qui est aloi-s 'estphatic par son beau-frèi-e .îoachim
issance internationale ainsi acquise, coml'exerce-l-il ? UrutalemenI, méchamment .
' Napoléon avait fait auparavant des avances Ji la athei-inc, sœur du Ixar. Il lui rallail à tout prii iaif. En enti-anldans la famille des Romanow, il jniissance. En entrant dans ci'llc des Hapabourg, ditions.
If-» *-»
militairemeiit. Ayant tous les atouts en mains, et pou- \anl devenir une fonction, il n'a su être qu'un despote. Pouvant être l'arbilre il n'a été que l'arbitraire. On pourrait en citer de multij)les exemples. Le plus caractéristique est celui du Blocus conlinenial.
Ce n'est pas au hasard que nous choisissons cet exemple. Parmi ceux qui ont proposé des sanctions pacifistes pour l'arbiti'age international, iJ en est qui pi'éconisent le blocus dîme partie des ports ou des côtes de l'Etat réfraclaire '. Nous avons indiqué que cette sanction ne doit i>as être rei)oussée sans examen. Mais s'il y a une nmnière légitime de l'appliquer, il y en a aussi une mauvaise que la d()<:trine pacifiste doit condamner sans réserve. Ce fut la manière de Napoléon. Elle aboutit à
Waterloo.
On sait conmient le blocus, (pii ne peut être recommandé à l'heure actuelle que comme un moyen d'éviter la guerre, eût pour effet direct, sous Napoléon, d'en provoquer deux, dont l'une fut désastreuse pour sa puissance moraJe, et l'autre pour sa puissance matérielle.
La première de ces guerres fut en effet dirigée conti-e le Pa{>e (pii refuLsait de laisser appliquer les règlements du blocus dans les Etats pontificaux. Et par ce fait la France fut privée, jusqu'à la Restauration, de l'influence politique du Pape qui, en l'état des esprits, lui était indis- {)ensable.
La seconde guerre fut dirigée contre la Russie qui ne réprimait pas assez sévèrement la contrebande anglaise dans les ports de la Baltique. Or, c'est cette campagne contre la Russie qui marqua d'abord la déroute et bien-
1. Nous avons examiné ce mode de sanction à la troisième partie.
TROIS BÉVES
lent de toutes les forces inipériaies.
ble par ses coriséquence-s indiret:le« blocus constitua donc la moins paci- . NapcJéon, avec son enlètemenl habiue toutes les puissances fussent assoaritime contre l'Angleterre. H força jui était son seul appui. Elle lui enti'a
rêve de Napoléon était, conune celui d'assurer le triomphe de la justice Révolution avait cherché à réaliser rlé, el elle n'avait réussi qu'à disperpoléon voulut grouper les peuples par spei"sa encore davantage. Sa méthode dans un sens que celle de la Révolnis l'autre, Klle demeura plus stérile ternational exige une combinaison où . libertés si chères à la Révolution et >n souhaitée par Napoléoai, En atteni, il est intéressant de constater com- 1 bnilalemenl réaliste de Napoléon avec la conception bnilalemenl idéaon. On en a une preuve convaincante de Sainte-Hélène. 1^ grand vaincu y é la constitution d'un seul corps de ! : 11 Alors peut-être, à la faveur des lellemenl repandues, devait-il être périr la grande famille européenne l'apgrès améiricain, ou celle des amphic- ;, el quelJe perspective alors de force, jouissance, de prospérité ! Quel grand lectacle 1
« Quoiqu'il en soit, celte agglomération arrivera tôt ou « lard par la force des choses; Timpulsion est donnée, et « je ne pense pas qu'après ma chute et la disparition de « mon système, il y ait en Europe d'autre gi'and équi- (( libre possible que l'agglomération et la confédération <( des grands peuples \ »
Le mot rêve y est. N'était-ce pas le rêve d'une sanction politique ?
§ 3. Le RêTe de la sainte alliance et sa sanction.
La Sainte-Alliance ! Quel anachronisme au lendemain de la Révx)lution ! Des rois foulant le sol sacré des peuples ; le droit nié ; la liberté supprimée : les nationalités détruites ; la revanche de l'absolutisme théocratique cherchant à étouffer dans son genne la démocratie naissante. Et cependant celte S a in te- Alliance, qui absorbait les nationalités dans la souvemineté des princes, fut une internationale \ Elle marqua une tendance vers l'unité de l'Europe, un effort pour reconstituer sur des principes inédits l'hégémonie continentale que n'avaient pu organiser ni les principes trop vagues de la Révolulion, ni les procédés trop absolus de Napoléon Bonaparte.
1. C'est également Napoléon I*' qui a dit : « U n'y a que deux puissances dans le monde, le sabre et Tesprit... A la longue, le sabre est toujours battu par Tesprit ».
2. Le mot est de M. Lavisse. (Vue générale sur Vhintoire pqlitique de VEurope, p. 499).
TROIS lUîVES
dos inlérêls inlornalionaiix, poussa les alliés à relourner contre les velléités (réniaiiripation de leurs propres sujels tout l'effort iju ils auraient dû rvsener pour l'organi.saUon de l'unité européenne. Despotisme et théocratie, tel fut domc le double caractère de cette internationale, do qui aurait pu dépendre si facilement rétablissement de cette sanction pO'liti(jue que le monde recherche depuis Charlemagne.
Dans la plaine de Waterloo, l'empereur Alexandre s'était rencontré avec le prince d'Orange, le roi des Pays- Bas et le prince héritier de Prusse. Un verre de vin à la main, il avait dit à ses compagnons en leur rappelant la défaite de leur ennemi commun : « Oui, c'est véritable- (( ment la belle alliance, aussi bien celle des Etats que ('. celle des familles. Fasse le ciel qu'elle soit de longue « durée !
Et l'alliance fut signée. Il n'est pas inutile d'en rappeler intégralement les termes :
(( Au nom de la Très plainte et indivisible Trinité, Leurs « Majestés l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse et « l'empereur de Ru.ssie,par suite des grands événements (( qui ont signalé en Euro{>e le cours des trois dernières « années, ayant acquis la conviction intime qu'il est « nécessaire d'asseoir la marche à adopter par les puis- « sances sur les vérités sublimes que nous enseigne (( l'étemelle religion du Dieu sauveur, déclarent solen- (( nellement que le présent acte n'a pour but que de maince tenir à la face de l'univers leur détermination inébran- <( lable de ne prendre pour règle de leur conduite que les (( préceptes de cette religion sainte. En conséquence, (( Leurs Majestés sont convenues des articles suivants :
(( Article V\ — Conformément aux paroles des
Staclloai.
H saintes Ecrilares, qui ordonnent à tous les hommes île Il se regarder comme frères, les li'ois monarques * de- 11 meureronl unis par les liens d'une fralemité véritab'c H el indissoluble, et, se considérant comme compa- H triotes, se prêteront en toute occasion et en tout lieu, Il assistance, aideel secours.
" Article 2. — En conséquence, le seul principe en 11 vigueur, soit entre lesdits gouvernements, soit entre 'i leurs sujets, sera celui de se rendre réciproquement <i service; de se témoigner, par une bienveillance inatté- •< rable, l'affection mutuelle dont ils doivent être animés; Il de ne se considérer tous que comme membres d'une << nation clirélienne ; les trois princes alliés ne s'envisai< géant eux-mêmes que comme délégués de la Provi- II dencc pour gouverner trois brandies d'une même fa- " mille, confessant ainsi que la nation chrétienne, dont » eux et leurs peuples font partie, n'a réellement d'autre 11 souverain que celui à qui seul appartient en pro[Miété « la puissance, parce qu'en lui seul se trouvent tous les Il trésors de l'amour, de la science et de la sagesse infi- (1 nis, c'est-à-dire Dieii, notre divin sauveur Jésus- 11 Christ, lie Verbe du Très Haut, Ja parole de vie.
<i Article 3. — Toutes les puissances qui voudront •: soienncllemcal avouer les principes qui ont dicté le Il présent acte seront reçues avec autant d'empressement Il que d'affection dans cette sainte alliance. »
Au milieu de cette phraséologie mystique, dominent quelques expressions d'où l'on aurait pu augurer un avenir meilleur. La réciprocité des bons offices y est invo-
I. Aui souverains île Russie, de Prusse et d'Autriche s'unirent bicDtAt Louis XVIII et les chefs d'EUls secoodaireE.
THOIS RÊVES 355
quée ; on affirme que les nations rhréliennes ne forment qu'une seule famille. On laisse l'alliance ouverte et accessible à tous ceux qui voudront y adhérer dans le même esprit de stolidarité religieuse. Les cadres jusqu'alors trop étroits des dénominations ecclésiastiques sont eux-mêmes élargis, et sous l'unique appellation de chrétiens, l'empereur orthodoxe, le roi protestant et les souverains catholiques fraternisent au nom de leur foi commune.
De tels principes ne comporlaient-ils pas la formation immédiate d'une fédération? Oui, et non. Oui, si la notion du droit des peuples s'était ajoutée à celle de la fraternité des princes. Non, si l'affirmation des liens internationaux ne concernait que les familles royales et laissait la famille humaine en dehors de sa sanction.
Or, le langage du traité de 1815 était réellement étranger à toute conception de fédération.
Sa signification véritable fut bientôt démontrée par ses actes. Son action internationale fut purement antirévolutionnaire. Elle ne s'affirma que par la répression des tendances libérales et des mouvements insurrectionnels.
On le vit aux congrès de Laybach, de Troppau et de Vérone. La Sainte-Alliance reposait sur une fiction et sur une équivoque. La fiction résultait de la mission providentielle attribuée aux souverains. L'équivoque consistait à prétendre que les calamités, contre lesquelles l'union des prinees devait défendi-e l'Europe, étaient exclusivement les soulèvements populaires, et à feindre d'ignorer qu'il y avait entre les Etats une autre cause commune que celle de la solidité du pouvoir monarchique. On s'était uni par-dessus les frontières non pas pour