‹ Les sangsuesChapitre 26 sur 32 · L’ÉTERNEL MARI · texte numérisé non relu

L’ÉTERNEL MARI

PAR

Th. DOSTOÏEVSKY

Une sorte de curiosité nous pousse à relire aujourd’hui les chefsd’œuvre du roman russe où s’exprime l’âme mystérieuse et troublée d’une race déconcertante et à les .interroger comme des documents qui la révèlent et qui l’éclairent. « Toute la révolution russe est explicable pour quia lu Dostoïevsky », écrivait-on récemment. Rien de plus juste et toutes les figures qu’elle a soudain fait surgir semblent familières à quiconque a fréquenté l’auteur des Possédés. Cette humanité singulière, sensuelle et mystique, dépravée et violente, nul mieux que ce psychologue génial n’en a pénétré le fond innombrable.

Chacun de ses romans est un document actuel. L'Eternel mari , que publie aujourd’hui la Bibliothèque Plon, n’est pas seulement l’analyse d’un cas singulier et morbide : la dépravation de Nat# lia Vassilievna, cette figure passionnée, cruelle et sensible, l’étrange indulgence de Troustsky, tout le drame où ces êtres d’exception sont aux prises, quelle lueur ne jette-t-il pas sur les mœurs de la société russe à la veille de son agonie. Et cette simple phrase de Veltchaninov n’en dit-elle pas plus long que bien des commentaires : « Ils peuvent bien bouleverser à leur gré l’édifice social, et nous corner aux oreilles tout ce qu’ils voudront, les hommes peuvent changer, les idées aussi, moi je n’en ai cure... » Voilà la bourgeoisie russe exprimée d'un trait et son étonnante passivité... Chaque page offre une révélation pareille.

Outre cet intérêt actuel, il n’est pas de roman plus aigu, d’œuvre plus vivante que ce livre de Dostoïevsky, le plus grand des écrivain* ruises, le plus émouvant des psychologues.

BIBLIOTHÈQUE PLON

Page 1